L'une des dernières salles du palais, d'un caractère plus religieux que toutes les autres, et qui a dû servir de chapelle royale ou de sanctuaire, n'est décorée que d'adorations aux deux Triades de Thèbes par Aménophis; et dans cette salle, dont le plafond existe encore, on trouve un second sanctuaire emboîté dans le premier, et dont voici la dédicace, qui en donne très-clairement l'époque, tout à fait récente en comparaison de celle du grand sanctuaire: «Restauration de l'édifice faite par le roi (chéri de Phré, approuvé par Ammon), le fils du Soleil, seigneur des diadèmes, Alexandre, en l'honneur de son père Ammon-Ra, gardien des régions des Oph (Thèbes); il a fait construire le sanctuaire nouveau en pierres dures et bonnes à la place de celui qui avait été fait sous la majesté du roi Soleil, seigneur de justice, le fils du Soleil AMÉNOPHIS, modérateur de la région pure.»
Ainsi, ce second sanctuaire remonte seulement à l'origine de la domination des Grecs en Égypte, au règne d'Alexandre, fils d'Alexandre le Grand, et non ce dernier, ce que prouve d'ailleurs le visage enfantin du roi, représenté, à l'extérieur comme a l'intérieur de ce petit édifice, adorant les Triades thébaines. Dans un de ces bas-reliefs, la déesse Thamoun est remplacée par la ville de Thèbes personnifiée sous la forme d'une femme, avec cette légende:
«Voici ce que dit Thèbes (Toph), la grande rectrice du monde: Nous avons mis en ta puissance toutes les contrées (les nomes); nous t'avons donné KÉMÉ (l'Égypte), terre nourricière.»
La déesse Thèbes adresse ces paroles au jeune roi Alexandre, auquel Ammon générateur dit en même temps: «Nous accordons que les édifices que tu élèves soient aussi durables que le firmament.»
On ne trouve que cette seule partie moderne dans le vieux palais d'Aménophis: car il ne vaut la peine de citer le fait suivant que sous le rapport de la singularité. Dans une salle qui précède le sanctuaire, existe une pierre d'architrave qui, ayant été renouvelée sous un Ptolémée et ornée d'une inscription, produit, en lisant les caractères qu'elle porte, une dédicace bizarre, en ce qu'on ne s'est point inquiété des vieilles pierres d'architrave voisines, conservant la dédicace primitive; la voici:
1re pierre moderne. «Restauration de l'édifice faite par le roi Ptolémée, toujours vivant, aimé de Ptha.»—2e pierre antique. «Monde, le Soleil, seigneur de justice, le fils du Soleil Aménophis, a fait exécuter ces constructions en l'honneur de son père Ammon, etc.»
L'ancienne pierre, remplacée par le Lagide, portait la légende: «L'Aroëris puissant, etc., seigneur du monde, etc.» On ne s'est point inquiété si la nouvelle légende se liait ou non avec l'ancienne.
C'est aux quatorze grandes colonnes de Louqsor que finissent les travaux du règne d'Aménophis, sous lequel ont cependant encore été décorées la deuxième et la septième des deux rangées, en allant du midi au nord. Les bas-reliefs appartiennent au règne du roi Hôrus, fils d'Aménophis, et les quatre dernières au règne suivant.
Toute la partie nord des édifices de Louqsor est d'une autre époque, et formait un monument particulier, quoique lié par la grande colonnade à l'Aménophion ou palais d'Aménophis. C'est à Rhamsès le Grand (Sésostris) que l'on doit ces constructions, et il a eu l'intention, non pas d'embellir le palais d'Aménophis, son ancêtre, mais de construire un édifice distinct, ce qui résulte évidemment de la dédicace suivante, sculptée en grands hiéroglyphes au-dessous de la corniche du pylône, et répétée sur les architraves de toutes les colonnades que les cahuttes modernes n'ont pas encore ensevelies.
«La vie! l'Aroëris, enfant d'Ammon, le maître de la région supérieure et de la région inférieure, deux fois aimable, l'Hôrus plein de force, l'ami du monde, le roi (Soleil gardien de vérité, approuvé par Phré), le fils préféré du roi des dieux, qui, assis sur le trône de son père, domine sur la terre, a fait exécuter ces constructions en l'honneur de son père, Ammon-Ra, roi des dieux. Il a construit ce Rhamesséion dans la ville d'Ammon, dans l'Oph du midi. C'est ce qu'a fait le fils du Soleil (le fils chéri d'Ammon-Rhamsès), vivificateur à toujours.»