Le fondateur du palais de Louqsor, ou plutôt des palais de Louqsor a été le Pharaon Aménophis-Memnon (Aménothph III), de la XVIIIe dynastie. C'est ce prince qui a bâti la série d'édifices qui s'étend du sud au nord, depuis le Nil jusqu'aux quatorze grandes colonnes de 45 pieds de hauteur, et dont les masses appartiennent encore à ce règne. Sur toutes les architraves des autres colonnes ornant les cours et les salles intérieures, colonnes au nombre de cent cinq, la plupart intactes, on lit, en grands hiéroglyphes d'un relief très-bas et d'un excellent travail, des dédicaces faites au nom du roi Aménophis. Je mets ici la traduction de l'une d'elles, pour donner une idée de toutes les autres, qui ne diffèrent que par quelques titres royaux de plus ou de moins.
«La vie! l'Hôrus puissant et modéré, régnant par la justice, l'organisateur de son pays, celui qui tient le monde en repos, parce que, grand par sa force, il a frappé les Barbares; le roi SEIGNEUR DE JUSTICE, bien aimé du Soleil, le fils du Soleil AMÉNOPHIS, modérateur de la région pure (l'Égypte), a fait exécuter ces constructions consacrées à son père Ammon, le dieu seigneur des trois zones de l'univers, dans l'Oph du midi; il les a fait exécuter en pierres dures et bonnes, afin d'ériger un édifice durable; c'est ce qu'a fait le fils du Soleil AMÉNOPHIS, chéri d'Ammon-Ra.»
Ces inscriptions lèvent donc toute espèce de doute sur l'époque précise de la construction et de la décoration de cette partie de Louqsor; mes inscriptions ne sont pas sans verbe comme les inscriptions grecques expliquées par M. Letronne, et qu'on a chicanées si mal à propos; je puis lui annoncer à ce sujet que je lui porterai les inscriptions dédicatoires égyptiennes des temples de Philae, d'Ombos et de Dendérah, où le verbe construire ne manque jamais.
Les bas-reliefs qui décorent le palais d'Aménophis sont, en général, relatifs à des actes religieux faits par ce prince aux grandes divinités de cette portion de Thèbes, qui étaient: 1° Ammon-Ra, le dieu suprême de l'Égypte, et celui qu'on adorait presque exclusivement à Thèbes, sa ville éponyme; 2° sa forme secondaire, Ammon-Ra générateur, mystiquement surnommé le mari de sa mère, et représenté sous une forme priapique; c'est le dieu Pan égyptien, mentionné dans les écrivains grecs; 3° la déesse Thamoun ou Tamon, c'est-à-dire Ammon femelle, une des formes de Néith, considérée comme compagne d'Ammon générateur; 4° la déesse Mouth, la grand'mère divine, compagne d'Ammon-Ra; 5° et 6° les jeunes dieux Khous et Harka, qui complètent les deux grandes Triades adorées à Thèbes, savoir:
| Pères. | Mères. | Fils. |
| Ammon-Ra. | Mouth | Khons |
| Ammon générateur. | Thamoun. | Harka. |
Le Pharaon est représenté faisant des offrandes, quelquefois très-riches, à ces différentes divinités, ou accompagnant leurs bari ou arches sacrées, portées processionnellement par des prêtres.
Mais j'ai trouvé et fait dessiner dans deux des salles du palais une série de bas-reliefs plus intéressants encore et relatifs à la personne même du fondateur. Voici un mot sur les principaux.
Le dieu Thoth annonçant à la reine Tmauhemva, femme du Pharaon Thouthmosis IV, qu'Ammon générateur lui a accordé un fils.
La même reine, dont l'état de grossesse est visiblement exprimé, conduite par Chnouphis et Hathôr (Vénus) vers la chambre d'enfantement (le mammisi); cette même princesse placée sur un lit, mettant au monde le roi Aménophis; des femmes soutiennent la gisante, et des génies divins, rangés sous le lit, élèvent l'emblème de la vie vers le nouveau-né.—La reine nourrissant le jeune prince.—Le dieu Nil peint en bleu (le temps des basses eaux), et le dieu Nil peint en rouge (le temps de l'inondation), présentant le petit Aménophis, ainsi que le petit dieu Harka et autres enfants divins, aux grandes divinités de Thèbes.—Le royal enfant dans les bras d'Ammon-Ra, qui le caresse.—Le jeune roi institué par Ammon-Ra; les déesses protectrices de la haute et de la basse Égypte lui offrant les couronnes, emblèmes de la domination sur les deux pays; et Thoth lui choisissant son grand nom, c'est-à-dire son prénom royal, Soleil seigneur de justice et de vérité, qui, sur les monuments, le distingue de tous les autres Aménophis.