Quant à la destination de cette belle salle, à la disposition des colonnes et à la forme des chapiteaux qui les décorent, je laisserai parler sur ces divers points la dédicace elle-même de la salle, sculptée, au nom du fondateur, sur les architraves de gauche, en très-beaux hiéroglyphes.

«L'Aroëris puissant, ami de la vérité, le seigneur de la région supérieure, et de la région inférieure, le défenseur de l'Égypte, le castigateur des contrées étrangères, l'Hôrus resplendissant possesseur des palmes et le plus grand des vainqueurs, le roi seigneur du monde (soleil gardien de justice approuvé par Phré), le fils du soleil, le seigneur des diadèmes, le bien-aimé d'Ammon, RHAMSÈS, a fait exécuter ces constructions en l'honneur de son père Amon-Ra, roi des dieux; il a fait construire la grande salle d'assemblée en bonne pierre blanche de grès, soutenue par de grandes colonnes à chapiteaux imitant des fleurs épanouies, flanquées de colonnes plus petites à chapiteaux imitant un bouton de lotus tronqué; salle qu'il voue au seigneur des dieux pour la célébration de sa panégyrie gracieuse; c'est ce qu'a fait le roi de son vivant.»

Ainsi donc, les salles hypostyles, qui donnent aux palais égyptiens un caractère si particulier, furent véritablement destinées, comme on le soupçonnait, à tenir de grandes assemblées, soit politiques, soit religieuses, c'est-à-dire ce qu'on nommait des panégyries ou réunions générales: c'est ce dont j'étais déjà convaincu avant d'avoir découvert cette curieuse dédicace, parce que, observant la forme du caractère hiéroglyphique exprimant l'idée panégyrie sur les obélisques de Rome, où ce caractère est sculpté en grand, je m'étais aperçu qu'il représentait, au propre, une salle hypostyle avec des sièges disposés au pied des colonnes.

C'est à l'entrée de la salle hypostyle du Rhamesséion, à droite, qu'existe un bas-relief dans lequel on a représenté la reine mère du conquérant. Elle se nommait Taouaï; une belle statue de cette princesse existe aussi au Capitole. J'en avais copié les inscriptions, mais des fractures pouvaient donner lieu à quelques incertitudes; elles sont levées par le bas-relief que j'ai sous les yeux.

On trouve du même côté un grand tableau historique, décrit ou dessiné par tous les voyageurs qui ont visité l'Égypte; le seul dessin exact que l'on puisse citer est celui que M. Caillaud a publié dans son Voyage à Méroé. J'en ai fait prendre une copie plus en grand, et j'ai transcrit moi-même les légendes, qui sont intéressantes, quoique incomplètes sur plusieurs points. C'est encore ici un grand tableau de guerre, mais qui se partage en deux parties principales. Dans une vaste plaine, le roi Rhamsès vient de vaincre les Schéto, qu'il a mis en pleine déroute. Deux princes sont a la poursuite de l'ennemi; ces fils du roi se nomment Mandouhi Schopsch et Schat-kemkémé. C'étaient le quatrième et le cinquième des enfants de Rhamsès. Les vaincus sont encore des peuples de Schéto (des Bactriens?); ils se dirigent vers une ville placée à l'extrémité droite du tableau, où s'ouvre une nouvelle scène. Quatre autres fils du conquérant, les septième, huitième, neuvième et dixième de ses enfants, appelés Méïamoun, Amenhemwa, Noubtei et Setpanré, sont établis sous les murs de la place; les assiégés opposent une vigoureuse résistance; mais déjà les Égyptiens ont dressé les échelles, et les murailles vont être escaladées. Une fracture a malheureusement fait disparaître la première partie du nom de la ville assiégée; il ne reste plus que les syllabes.... apouro.

Des tableaux religieux, exécutés avec beaucoup de soin, existent sous le fût des grandes et des petites colonnes de la salle hypostyle; on y voit successivement toutes les divinités égyptiennes du premier ordre, et principalement celles dont le culte appartenait d'une manière plus spéciale au nome diospolitain, annoncer à Rhamsès les bienfaits dont elles veulent le combler en échange des riches offrandes qu'il leur présente. Ici, comme dans la sculpture des piliers et des colonnes de la seconde cour, reparaissent en première ligne les divinités protectrices du palais, auxquelles ce bel édifice était plus particulièrement consacré: celles-ci prennent toujours un titre qui se traduit exactement par résidant ou qui résident dans le Rhamesséion de Thèbes; à leur tête paraît Amon-Ra sous la forme du roi des dieux, ou sous celle de générateur; viennent ensuite les dieux Phtha, Phré, Atmou, Meuï, Sev, et les déesses Pascht et Hathôr. Chacune d'elles accorde au Pharaon une grâce particulière. Voici quelques exemples de ces formules donatrices, extraites des galeries et des colonnades du Rhamesséion:

«J'accorde que ton édifice soit aussi durable que le ciel (Amon-Ra).

«Je te donne une longue suite de jours pour gouverner l'Égypte (Isis).

«Je t'accorde la domination sur toutes les contrées (Amon-Ra).

«J'inscris à ton nom les attributions royales du soleil (Thôth).