Enfin, au milieu de la foule sortie de la ville par un pont jeté sur l'une des branches du fleuve, on remarque des symptômes d'un prochain changement dans l'état des esprits: un individu adresse un discours à ceux qui l'entourent; sa harangue a pour but d'encourager ses compatriotes à se soumettre au joug de Rhamsès le Grand; on lit en effet, au-dessus du bras de l'orateur, le commencement d'une inscription ainsi conçue: «Je célèbre la gloire du dieu gracieux, parce qu'il a dit....» Le reste est détruit.

J'ai voulu, en entrant dans tous ces détails, donner une idée des bas-reliefs historiques dont on décorait les grands monuments de l'Égypte, de ces compositions immenses que je me plais à nommer des tableaux homériques ou de la sculpture héroïque, parce qu'ils sont pleins de ce feu et de ce désordre sublimes qui nous entraînent, à la lecture des batailles de l'Iliade. Chaque groupe, considéré à part, sera trouvé certainement défectueux dans quelques points relatifs à la perspective ou aux proportions, comparativement aux parties voisines; mais ces petits défauts de détails sont rachetés, et au delà, par l'effet des masses, et j'ose dire ici que les plus beaux vases grecs représentant des combats pèchent précisément (si péché il y a) sous les mêmes rapports que ces bas-reliefs égyptiens.

Sur le haut de cette grande paroi on a sculpté un long bas-relief, mutilé au commencement et à la fin, représentant Rhamsès le Grand célébrant la panégyrie du grand dieu de Thèbes, le double Hôrus, ou Amon générateur. Comme j'aurai l'occasion de décrire une fête semblable existant dans tout son entier au palais de Médinet-Habou, je me contenterai de dire que c'est ici qu'existe une série de statuettes de rois rangées par ordre de règne; ce sont: 1° Mènes (le premier roi terrestre); 2° un prénom inconnu, antérieur à la dix-septième dynastie; 3° Amosis; 4° Aménothph Ier; 5° Thouthmosis Ier; 6° Thouthmosis III; 7° Aménothph II; 8° Thouthmosis IV; 9° Aménothph III; 10° Hôrus; 11° Rhamsès Ier; 12° Ousereï; 13° Rhamsès le Grand lui-même. Cette série ne donne que la ligne directe des ancêtres du conquérant; ainsi Thouthmosis II est omis, parce que Thouthmosis III (Moeris) était fils d'une fille de Thouthmosis Ier.

De nombreux bas-reliefs représentant des actes d'adoration du roi Rhamsès aux grandes divinités de Thèbes couvrent trois faces des piliers formant la galerie devant le pylône; sur la quatrième face de chacun d'eux on voit, sculptée de plein relief, une image colossale du roi d'environ trente pieds de hauteur. Voici les légendes les mieux conservées des quatre qui subsistent encore:

«Le dieu gracieux a fait ces grandes constructions; il les a élevées par son bras, lui, le roi soleil, gardien de justice, approuvé par Phré, le fils du soleil, l'ami d'Ammon, Rhamsès, le bien-aimé d'Amon-Ra.

«Le dieu gracieux dominant dans sa patrie l'a comblé de ses bienfaits, lui, le roi soleil, etc.

«Le bien-aimé d'Amon-Ra, le Dieu gracieux, chef plein de vigilance, le plus grand des vainqueurs, a soumis toutes les contrées à sa domination, lui, le roi soleil, etc., le bien-aimé de la déesse Mouth.»

Ainsi, ces inscriptions rappellent tout ce que l'antiquité s'est plu à louer dans Sésostris: les grands ouvrages qu'il a fait exécuter, les bonnes lois qu'il donna à sa patrie, et la vaste étendue de ses conquêtes.

Les piliers ornés de colosses qui font face à ceux-ci et les colonnes qui formaient la seconde cour du palais du côté droit se font aussi remarquer par la richesse des tableaux religieux qui les décorent. Les piliers et les colonnades qui formaient la partie gauche de la cour sont entièrement détruits.

Je ne m'étendrai point sur les intéressants bas-reliefs qui couvrent la partie gauche du mur du fond du péristyle; je me hâte d'entrer dans la salle hypostyle dont environ trente colonnes subsistent encore intactes, et charmeraient par leur élégante majesté les yeux même les plus prévenus contre tout ce qui n'est pas architecture grecque ou romaine.