Les bas-reliefs qui couvrent le bandeau et les jambages sont d'un relief tellement bas qu'il est évident qu'on les a usés avec soin pour en diminuer la saillie; j'attribuais ce travail au temps et à la barbarie, qui a certainement agi sur plusieurs points de ces surfaces, lorsque, ayant fait déblayer le bas des montants de cette porte, j'ai lu une inscription dédicatoire de Rhamsès le Grand, dans les formes ordinaires pour les dédicaces des portes; mais il y est dit, de plus, que cette porte a été recouverte d'or pur. J'ai étudié alors les surfaces avec plus de soin. En examinant de plus près l'espèce de stuc blanc et fin qui recouvrait encore quelques parties de la sculpture, je m'aperçus que ce stuc avait été étendu sur une toile appliquée sur les tableaux, qu'on avait rétabli sur le stuc même les contours et les parties saillantes des figures avant d'y appliquer la dorure. Ce procédé m'ayant paru curieux, j'ai cru utile de le noter ici.
Mais les deux tableaux qui ornent cette porte offrent un intérêt bien plus piquant. Le bandeau et le haut des jambages sont couverts d'une douzaine de petits bas-reliefs représentant le roi Rhamsès adorant les membres de la triade thébaine: ces divinités tournent toutes le dos à l'entrée de la porte en question, parce qu'elles sont seulement en rapport avec la première salle et non avec la seconde, à laquelle cette porte sert d'entrée. Mais au bas des jambages, et immédiatement au-dessus de la dédicace, sont sculptées deux divinités, la face tournée vers l'ouverture de la porte, et regardant la seconde salle, qui était par conséquent sous leur juridiction. Ces deux divinités sont, à gauche, le dieu des sciences et des arts, l'inventeur des lettres, Thôth à tête d'Ibis, et à droite la déesse Saf, compagne de Thôth, portant le titre remarquable de dame des lettres présidente de la bibliothèque (mot à mot, la salle des livres). De plus, le dieu est suivi d'un de ses parèdres, qu'à sa légende et à un grand oeil qu'il porte sur la tête on reconnaît pour le sens de la vue personnifié, tandis que le parèdre de la déesse est le sens de l'ouïe caractérisé par une grande oreille tracée également au-dessus de sa tête, et par le mot sôlem (l'ouïe) sculpté dans sa légende; il tient de plus en main tous les instruments de l'écriture, comme pour écrire tout ce qu'il entend.
Je demande s'il est possible de mieux annoncer que par de tels bas-reliefs l'entrée d'une bibliothèque? Et à ce mot, la controverse qui divise nos savants sur le fameux monument d'Osimandyas, si connu par sa bibliothèque, et sur ses rapports avec le Rhamesséion. se présente naturellement à ma pensée.
Dès les premiers jours, en lisant au milieu des ruines du Rhamesséion la description que Diodore nous a conservée du monument d'Osimandyas, je fus frappé de retrouver autour de moi et dans le même ordre les parties analogues et presque les mêmes détails du grand édifice dont Diodore emprunte à Hécatée une notice si complète.
D'abord, l'ancien voyageur grec place le monument d'Osimandyas à dix stades des derniers tombeaux de ce qu'il nomme les [Greek: pallakidas tou Diou], les concubines de Jupiter (Ammon).—Nous avons trouvé, en effet, à une distance à peu près égale du Rhamesséion, une vallée renfermant les tombeaux, encore ornés de peintures et d'inscriptions, d'une douzaine de femmes, mais de reines égyptiennes, dont le premier titre dans leur légende fut toujours celui d'épouse d'Ammon.
Le monument d'Osimandyas s'annonçait par un grand pylône de pierre variée ([Greek: lithou poikilou]).—Le premier pylône du Rhamesséion, dont les massifs sont en grès rougeâtre et la porte en calcaire blanc, a quelque analogie avec cette expression.
Ce pylône donnait entrée dans un péristyle dont les piliers étaient ornés de figures colossales; on passait de là à un second pylône bien plus soigné que le premier, sous le rapport de la sculpture, et à l'entrée duquel se trouvait le plus grand colosse de l'Égypte, d'un seul bloc de granit de Syène.—Tout cela se rapproche du Rhamesséion, à quelques différences de mesures près; mais l'exactitude des anciens copistes, transcrivant les quantités de ces mesures, est-elle certaine? Là existent encore aujourd'hui les immenses débris du plus grand colosse connu de l'Égypte; il est en granit de Syène: ce sont là des traits remarquables.
Dans le péristyle qui suivait le pylône, dit Hécatée, on avait représenté le roi, qu'on appelle Osimandyas, faisant la guerre aux révoltés de Bactriane, assiégeant une ville entourée des eaux d'un fleuve, etc.—C'est la description exacte des bas-reliefs encore existants sous le deuxième péristyle du Rhamesséion; et si l'on n'y voit plus le lion combattant avec le roi contre les troupes ennemies, ni des quatre princes commandant les divisions de l'armée, c'est que les murs du fond du péristyle sont détruits et qu'il n'en subsiste pas la huitième partie. Il est vrai qu'on voit ailleurs, sur les monuments d'Égypte, des rois assiégeant des villes entourées par un fleuve: cela existe réellement à Ibsamboul, à Derri, sur les pylônes de Loùqsor et au Rhamesséïon; mais tous ces monuments sont de Rhamsès le Grand, et reproduisent les événements de la même campagne.
Sur le second mur du péristyle, dit la description du monument d'Osimandyas, sont représentés les captifs ramenés par le roi de son expédition; ils n'ont point de mains ni de parties sexuelles: et, sur le mur de fond du péristyle du Rhamesséion, j'ai mis à découvert, par des fouilles, les restes d'un tableau dans lequel on amène des prisonniers au roi, aux pieds duquel sont des monceaux de mains coupées.
Sur un troisième côté du péristyle du monument d'Osimandyas étaient représentés des sacrifices et le triomphe du roi au retour de cette guerre.—Au Rhamesséion, le registre supérieur de la paroi sur laquelle est sculptée la bataille représente la fin d'une grande solennité religieuse à laquelle assistent le roi et la reine, et ce tableau commençait, sans aucun doute, sur le mur de fond du côté droit du péristyle.