On entrait ensuite, dit l'historien grec, dans la salle hypostyle du monument d'Osimandyas par trois portes ornées de deux colosses.—Tout cela se trouve exactement au Rhamesséion, immédiatement aussi après le second péristyle. Après la salle hypostyle de l'Osimandyéion venait un espace désigné dans les traductions sous le nom de promenoir.—Dans le Rhamesséion, une salle décorée des barques symboliques des dieux succède à la salle hypostyle.

Ensuite, a dit Diodore, venait la bibliothèque; et c'est effectivement sur la porte qui, du promenoir du Rhamesséion, conduit à la salle suivante, que j'ai trouvé des bas-reliefs si convenables à l'entrée d'une bibliothèque.

La salle de la bibliothèque est presque entièrement rasée; il n'en reste que quatre colonnes, et une portion des parois de droite et de gauche de la porte: sur ces murailles on a sculpté des tableaux représentant le roi faisant successivement des offrandes aux plus grandes divinités de l'Égypte—à Amon-Ra, Mouth, Chons, Phré, Phtha, Pascht, Nofré-Thmou, Atmou, Mandou; et, en outre, la plus grande partie de la surface de ces parois est occupée par deux énormes tableaux divisés en de nombreuses colonnes verticales dans lesquelles sont trois longues séries de noms de divinités et leurs images de petite proportion; c'est un panthéon complet; le roi, debout devant chacun de ces tableaux synoptiques, fait nommément des libations et des offrandes à tous les dieux ou déesses grandes et petites; et c'est encore ici un rapport avec le monument d'Osimandyas. On voit dans la salle de la bibliothèque, dit en effet la description grecque, les images de tous, les dieux de l'Égypte; le roi leur présente de la même manière des offrandes convenables à chacun d'eux.

Cette comparaison des ruines du Rhamesséion avec la description du monument d'Osimandyas conservée dans Diodore de Sicile, a été déjà faite, et avec bien plus de détails encore, par MM. Jollois et Devilliers dans leur Description générale de Thèbes, travail important auquel je me plais à donner de justes éloges parce que j'ai vu les lieux, et que j'ai pu juger par moi-même de l'exactitude de leur description; mais j'ai dû reproduire rapidement ce parallèle dans cette lettre, par le besoin de mettre à leur véritable place quelques faits nouveaux que j'ai observés, et qui rendent si frappante l'analogie du monument décrit par les Grecs avec le monument dont j'étudie les ruines. Les deux savants voyageurs que je viens de citer ont mis en fait leur identité, d'autres l'ont combattue: pour moi, voici ma profession de foi toute simple:

De deux choses l'une: ou le monument décrit par Hécatée sous le nom de monument d'Osimandyas est le même que le Rhamesséion occidental de Thèbes, ou bien le Rhamesséion n'est qu'une copie, à la différence des mesures près, si l'on peut s'exprimer ainsi, du monument d'Osimandyas.

Ici se terminent les débris du palais de Sésostris; il ne reste plus de traces de ces dernières constructions, qui devaient s'étendre encore du côté de la montagne. Le Rhamesséion est le monument de Thèbes le plus dégradé, mais c'est aussi, sans aucun doute, celui qui, par l'élégante majesté de ses ruines, laisse dans l'esprit des voyageurs une impression plus profonde et plus durable. J'aurais pu passer encore bien du temps à son étude sans l'épuiser; mais d'autres monuments de la rive opposée du Nil, où est toujours Thèbes, m'arrachent à ces merveilles.... Et je pense à la France.... Adieu.


QUINZIÈME LETTRE

Thèbes, le 18 juin 1829.