On voit que le fait seul de la consécration de ce troisième sanctuaire à la déesse Thmeï y a motivé la représentation de la psychostasie, et qu'on a trop légèrement conclu de la présence de ce tableau curieux, reproduit également dans la deuxième partie de tous les rituels funéraires, que ce temple était une sorte d'édifice funèbre, qui pouvait même avoir servi de sépulture à des membres très-distingués de la caste sacerdotale. Rien ne motive une pareille hypothèse. Il est vrai que les environs de l'enceinte qui renfermé ce monument ont été criblés d'excavations sépulcrales et de catacombes égyptiennes de toutes les époques. Mais le temple d'Hathôr et de Thmeï n'est point Je seul édifice sacré élevé au milieu des tombeaux; il faudrait donc aussi considérer comme des temples funéraires le palais de Sésostris ou le Rhamesséion, le temple d'Ammon à El-Assasif, le palais de Kourna, etc., ce qui est insoutenable sous tous les rapports et formellement contredit par toutes les inscriptions égyptiennes qui en couvrent les parois. Mon opinion est fondée sur l'examen attentif et détaillé des lieux. Je n'ai pas encore fini à Thèbes, si même on peut réellement finir au milieu de tant de monuments.....
DIX-HUITIEME LETTRE
Thèbes (Médinet-Habou), le 30 juin 1829.
On peut se rendre à la grande butte de Médinet-Habou soit en prenant le chemin de la plaine, en traversant le Rhamesséion, l'emplacement de l'Aménophion (Memnônium), et les restes calcaires du Ménéphthéion, grand édifice construit par le fils et successeur de Rhamsès le Grand; soit en suivant le vallon à l'entrée duquel s'élève le petit temple d'Hathôr et de Thmeï.
Là existe, presque enfouie sous les débris des habitations particulières qui se sont succédé d'âge en âge, une masse de monuments de haute importance, qui, étudiés avec attention, montrent, au milieu des plus grands souvenirs historiques, l'état des arts de l'Égypte à toutes les époques principales de son existence politique: c'est en quelque sorte un tableau abrégé de l'Égypte monumentale. On y trouve en effet réunis, un temple appartenant à l'époque pharaonique la plus brillante, celle des premiers rois de la XVIIIe dynastie; un immense palais de la période des conquêtes, un édifice de la première décadence sous l'invasion éthiopienne, une chapelle élevée sous un des princes qui avaient brisé le joug des Perses; un propylon de la dynastie grecque; des propylées de l'époque romaine; enfin, dans une des cours du palais pharaonique, des colonnes qui jadis soutenaient le faîte d'une église chrétienne.
Le détail un peu circonstancié de ce que renferment de plus curieux des monuments si variés me conduirait beaucoup trop loin; je dois me contenter de donner une idée rapide de chacune des parties qui forment cet amas de constructions si intéressantes, en commençant par celles qui se présentent en arrivant à la butte du côté qui regarde le fleuve.
On rencontre d'abord une vaste enceinte construite en belles pierres de grès, peu élevée au-dessus du sol actuel, et dans laquelle on pénètre par une porte dont les jambages, surpassant à peine la corniche brute qui surmonte le mur d'enceinte, portent la figure en pied d'un empereur romain dont voici la légende hiéroglyphique, inscrite dans les deux cartouches accolés: «L'empereur Csesar Titus Elius Hadrianus Antoninus Pius.»
Le même prince est aussi représenté sur l'une des deux portes latérales de l'enceinte, où il est en adoration devant la triade de Thèbes à droite, et devant celle d'Hermonthis à gauche. C'est encore ici une nouvelle preuve de ces égards perpétuels de bon voisinage que se rendaient mutuellement les cultes locaux.