On arrive enfin à l'édifice le plus antique, celui dont les propylées de l'époque romaine, le pylône des Lagides, la chapelle de Nectanèbe et le pylône du roi éthiopien ne sont que des dépendances; ces diverses constructions ne furent élevées que pour annoncer dignement la demeure du roi des dieux, et celle du Pharaon, son représentant sur la terre.
Ce vieux monument, qui porte à la fois le double caractère de temple et de palais, se compose encore d'un sanctuaire environné de galeries formées de piliers ou de colonnes, et de huit salles plus ou moins vastes.
Toutes les parois portent des sculptures exécutées avec une correction remarquable et une grande finesse de travail; ce sont là des bas-reliefs de la meilleure époque de l'art. Aussi la décoration de cet édifice appartient-elle au règne de Thouthmosis Ier, de Thouthmosis II, de la reine Amensé, du régent Aménenthé et de Thouthmosis III, le Moeris des historiens grecs. C'est sous ce dernier Pharaon qu'on a décoré la plus grande partie de l'édifice; les dédicaces en ont été faites en son nom: celle qu'on lit sous la galerie de droite, l'une des mieux conservées, donne une idée de toutes les autres; la voici:
Première ligne. «La vie: l'Hôrus puissant, aimé de Phré, le souverain de la haute et basse région, grand chef de toutes les parties du monde, l'Hôrus resplendissant, grand par sa force, celui qui a frappé les neuf arcs (les peuples nomades); le dieu gracieux seigneur du monde, soleil stabiliteur du monde, le fils du soleil, Thouthmosis, bienfaiteur du monde, vivifié aujourd'hui et à toujours.»
Deuxième ligne. «Il a fait exécuter ces constructions en l'honneur de son père Amon-Ra, roi des dieux; il lui a érigé ce grand temple dans la partie occidentale du Thouthmoséion d'Ammon, en belle pierre de grès; c'est ce qu'a fait le (roi) vivant toujours.»
La plupart des bas-reliefs décorant les galeries et les chambres des édifices représentent ce roi, Thouthmosis III, rendant divers hommages aux dieux, ou en recevant des grâces et des dons; je citerai seulement des tableaux sculptés sur la paroi de gauche de la grande salle ou sanctuaire. Dans l'un, le plus étendu, le Pharaon casqué est conduit par la déesse Hathôr et par le dieu Atmou, qui se tiennent par la main, vers l'arbre mystique de la vie. Le roi des dieux, Amon-Ra, assis, trace avec un pinceau le nom de Thouthmosis sur l'épais feuillage, en disant: «Mon fils, stabiliteur du monde, je place ton nom sur l'arbre Oscht, dans le palais du soleil!» Cette scène se passe devant les vingt-cinq divinités secondaires adorées à Thèbes et disposées sur deux files, en tête desquelles on lit l'inscription suivante: «Voici ce que disent les autres grandes divinités de Toph (Thèbes): Nos coeurs se réjouissent à cause du bel édifice construit par le roi soleil stabiliteur du monde.»
J'ai trouvé dans le second tableau, pour la première fois, le nom et la représentation de la reine, femme de Thouthmosis III Cette princesse, appelée Rhamaithé, et portant le titre de royale épouse, accompagne son mari faisant de riches offrandes à Amon-Ra générateur; la reine reparaît aussi dans deux tableaux décorant une des petites salles de gauche au fond de l'édifice.
Les six dernières salles du palais, dans l'une desquelles existe, renversée, une chapelle monolithe de granit rose, sont couvertes de bas-reliefs de l'époque de Thouthmosis Ier, de Thouthmosis II, de la reine Amensé et de son fils Thouthmosis III, dont les légendes royales-sont sculptées en surcharge sur celles du régent Aménenthé, martelées avec assez de soin, ainsi que toutes les figures en pied représentant ce prince, dont la mémoire fut aussi proscrite.
La fondation de cet édifice remonte donc aux premières années du XVIIIe siècle avant J.-C. Il est naturel, par conséquent, de rencontrer, en le parcourant avec soin, plusieurs restaurations annoncées d'ailleurs par des inscriptions qui en fixent l'époque et en nomment les auteurs; telles sont:
1° La restauration des portes et d'une portion du plafond de la grande salle, par Ptolémée Evergète II, entre l'an 146 et l'an 118 avant notre ère;