Telles sont les grandes sculptures historiques encore visibles dans l'état d'enfouissement où se trouve aujourd'hui le magnifique palais de Médinet-Habou, tout entier du règne de Rhamsès-Méiamoun, les successeurs immédiats n'y ayant ajouté que quelques accessoires presque insignifiants. Le nombre considérable de noms de peuples et de nations asiatiques ou africaines que j'y ai recueillis ouvre un nouveau champ de recherches à la géographie comparée; ce sont de précieux éléments pour la reconstruction du tableau ethnographique du monde dans la plus antique période de son histoire. Je crois possible de reconnaître la synonymie de ces noms égyptiens de peuples avec ceux que nous ont transmis les géographes grecs, et ceux surtout que contiennent les textes hébreux et les mémoires originaux des nations asiatiques. C'est un beau travail qui mérite d'être entrepris; il sera facilité et par la connaissance positive des traits du visage et du costume de chacun de ces peuples, et encore mieux sans doute par la comparaison de ces noms avec ceux du même genre que j'ai trouvés, en bien plus grand nombre, sur d'autres monuments de Thèbes et de la Nubie.
Toute la muraille extérieure du palais, du côté du sud, qu'il a fallu faire déblayer jusqu'au second pylône, est couverte de grandes lignes verticales d'hiéroglyphes contenant le calendrier sacré en usage dans le palais de Rhamsès; la portion que nous avons fait excaver, à grands frais, contient les mois de Thôth, Paophi, Hathôr, Choïac et Tôbi. Vers l'extrémité du palais est un article du mois de Paschon, le neuvième mois de l'année égyptienne. Ce calendrier indique toutes les fêtes qui se célébraient dans chaque mois, et au bas de chaque indication de fête on a sculpté, en tableau synoptique, le nombre de chaque sorte d'offrande qu'on devait présenter dans la cérémonie. Pour donner une idée de cette sorte de calendrier, je transcrirai ici la traduction de quelques-uns de ces articles:
«Mois de Thôth, néoménie; manifestation de l'étoile de Sothis; l'image d'Amon-Ra, roi des dieux, sort processionnellement du sanctuaire, accompagnée par le roi Rhamsès ainsi que par les images de tous les autres dieux du temple.»
«Mois de Paophi, le 19; jour de la principale panégyrie d'Ammon, qui se célèbre pompeusement dans Oph (le palais de Karnac); l'image d'Amon-Ra sort du sanctuaire ainsi que celle de tous ses dieux synthrônes; le roi Rhamsès l'accompagne dans la panégyrie de ce jour.»
«Mois d'Hathôr, le 26; panégyrie de Phtah-Socbaris; le roi accompagne l'image du dieu gardien du Rhamesséium de Méiamoun (le palais de Médinet-Habou) de Thèbes sur la rive gauche, dans la panégyrie de ce jour.»
Cette panégyrie continuait encore le vingt-septième et le vingt-huitième jour du même mois; c'est celle qu'on a représentée dans les grands bas-reliefs supérieurs des galeries de l'est et du sud de la seconde cour du palais; du reste, je savais déjà, par un très-grand nombre d'inscriptions, que les Égyptiens appelaient Rhamesséium de Méiamoun le monument de Médinet-Habou dont je viens de donner une description rapide; car comment entreprendre de tout dire dans une lettre? Je termine ici celle d'aujourd'hui.... Adieu.
DIX-NEUVIÈME LETTRE
Thèbes (environs de Médinet-Habou), le 2 juillet 1829.