Afin de donner une idée générale complète du quartier sud-ouest de la vieille capitale pharaonique, voisin du nome d'Hermonthis, il me reste à présenter quelques détails sur deux édifices sacrés, qui, bien moins importants, à la vérité, que le palais du conquérant Méiamoun, présentent toutefois quelque intérêt sous divers rapports historiques et mythologiques.

L'une de ces constructions s'élève au milieu de broussailles et de grandes herbes, en dehors de l'angle sud-est et à une très-petite distance de l'énorme enceinte carrée, en briques crues, qui environnait jadis le palais et les temples de Médinet-Habou. C'est un édifice de petites proportions, et qui n'a jamais été complètement terminé; il se compose d'une sorte de pronaos et de trois salles successives, dont les deux dernières seulement sont décorées de tableaux, soit sculptés et peints, soit ébauchés, ou même simplement tracés à l'encre rouge. Ces tableaux ne laissent aucun doute sur la destination du monument, ni sur l'époque de sa construction. Il appartient au règne des Lagides, comme le prouvent une double dédicace d'un travail barbare, sculptée ultérieurement autour du sanctuaire, et les noms royaux inscrits devant les personnages figurant dans tous les tableaux d'adoration.

La dédicace annonce expressément que le roi Ptolémée Évergète II, et sa soeur, la reine Cléopâtre, ont construit cet édifice et l'ont consacré à leur père le dieu Thôth, ou Hermès ibiocéphale.

C'est ici le seul des temples encore existants en Égypte qui soit spécialement dédié au dieu protecteur des sciences, à l'inventeur de l'écriture et de tous les arts utiles, en un mot, à l'organisateur de la société humaine. On retrouve son image dans la plupart des tableaux qui décorent les parois de la seconde salle, et surtout celle du sanctuaire. On l'y invoquait sous son nom ordinaire de Thôth, que suivent constamment soit le titre SOTEM qui exprime la suprême direction des choses sacrées, soit la qualification Ho-en-Hib, c'est-à-dire qui a une face d'ibis, oiseau sacré, dont toutes les figures du dieu, sculptées dans ce temple, empruntent la tête, ornées de coiffures variées.

On rendait aussi dans ce temple un culte très-particulier à Nohémouo ou Nahamouo, déesse que caractérisent le vautour, emblème de la maternité, formant sa coiffure, et l'image d'un petit propylon s'élevant au-dessus de cette coiffure symbolique. Les légendes tracées à côté des nombreuses représentations de cette compagne du dieu Thôth, qui, d'après son nom même, paraît avoir présidé à la conservation des germes, l'assimilent à la déesse Saschfmoué, compagne habituelle de Thôth, régulatrice des périodes d'années et des assemblées sacrées.

Ces deux divinités reçoivent, outre leurs titres ordinaires, celui de Résidant à MANTHOM; nous apprenons ainsi le nom antique de cette portion de Thèbes où s'élève le temple de Thôth.

Le bandeau de la porte qui donne entrée dans la dernière salle du temple, le sanctuaire proprement dit, est orné de quatre tableaux représentant Ptolémée faisant de riches offrandes, d'abord aux grandes divinités protectrices de Thèbes, Amon-Ra, Mouth et Chons, généralement adorées dans cette immense capitale, et en second lieu aux divinités particulières du temple, Thôth et la déesse Nahamouo. Dans l'intérieur du sanctuaire on retrouve les images de la grande triade thébaine, et même celles de la triade adorée dans le nome d'Hermonthis, qui commençait à une courte distance du temple. Deux grands tableaux, l'un sur la paroi de droite, l'autre sur la paroi de gauche, représentent, selon l'usage, la bari ou arche sacrée de la divinité à laquelle appartient le sanctuaire. L'arche de droite est celle de THOTH-PEHO-EN-HIB (Thôth à face d'ibis), et l'arche de gauche, celle de THOTH PSOTEM (Thôth le surintendant des choses sacrées). L'une et l'autre se distinguent par leurs proues et leurs poupes décorées de têtes d'épervier, surmontées du disque et du croissant, à tête symbolique du dieu Chons, le fils aîné d'Ammon et de Mouth, la troisième personne de la triade thébaine, dont le dieu Thôth n'est qu'une forme secondaire.

Ici, comme dans la salle précédente, on trouve toujours le roi Ptolémée Évergète II, faisant des offrandes ou de riches présents aux divinités locales. Mais quatre bas-reliefs de l'intérieur du sanctuaire, sculptés deux à gauche et deux à droite de la porte, ont fixé plus particulièrement mon attention. Ce ne sont plus des divinités proprement dites, auxquelles s'adressent les dons pieux du Lagide: ici, Évergète II, comme le disent textuellement les inscriptions qui servent de titre à ces bas-reliefs, brûle l'encens en l'honneur des pères de ses pères et des mères de ses mères. Le roi accomplit, en effet, diverses cérémonies religieuses en présence d'individus des deux sexes, classés deux par deux, et revêtus des insignes de certaines divinités. Les légendes tracées devant chacun de ces personnages achèvent de démontrer que ces honneurs sont adressés aux rois et aux reines lagides, ancêtres d'Évergète II en ligne directe: et en effet, le premier bas-relief de gauche représente Ptolémée Philadelphe, costumé en Osiris, assis sur un trône à côté duquel on voit la reine Arsinoé sa femme, debout, coiffée des insignes de Mouth et d'Hathôr. Évergète II lève ses bras en signe d'adoration devant ces deux époux, dont les légendes signifient: Le divin père de ses pères PTOLÉMÉE, dieu PHILADELPHE; la divine mère de ses mères ARSINOÉ, déesse PHILADELPHE.

Plus loin, Évergète II offre l'encens à un personnage également assis sur un trône et décoré des insignes du dieu Socarosiris, accompagné d'une reine debout, la tête ornée de la coiffure d'Hathôr, la Vénus égyptienne; leurs légendes portent: Le père de ses pères, PTOLÉMÉE, dieu créateur. La divine mère de ses mères, BÉRÉNICE, déesse créatrice. On peut donc reconnaître ici soit Ptolémée Soter Ier et sa femme Bérénice, fille de Magas, soit Ptolémée Évergète Ier et Bérénice, sa femme et sa soeur. L'absence totale du cartouche prénom dans la légende du Ptolémée, objet de cette adoration, autoriserait l'une ou l'autre de ces hypothèses. Mais si l'on observe que ces deux époux reçoivent les hommages d'Évergète II, à la suite des honneurs rendus, en premier lieu, à Ptolémée et à Arsinoé Philadelphe, on se persuadera que le second tableau concerne les enfants et les successeurs immédiats de ces Lagides, c'est-à-dire Évergète Ier et Bérénice, sa soeur. Le titre de Phter-Mounk, dieu créateur, dieu fondateur ou fabricateur, conviendrait beaucoup mieux, il est vrai, à Ptolémée Soter Ier, fondateur de la domination des Lagides; mais j'ai la pleine certitude que ce titre est prodigué sur les monuments égyptiens à une foule de souverains autres que des chefs de dynasties.

Deux bas-reliefs, sculptés à droite de la porte, nous montrent Évergète II rendant de semblables honneurs aux images de ses autres ancêtres et prédécesseurs, et toujours en suivant la ligne généalogique descendante: ainsi, dans le premier tableau, le roi répand des libations devant le divin père de son père, PTOLÉMEE, dieu PHILOPATOR, et la divine mère de sa mère, ARSINOÉ, déesse PHILOPATOR; enfin, dans le second tableau, il fait l'offrande du vin à son royal père PTOLÉMÉE, dieu ÉPIPHANE, et à sa royale mère CLÉOPATRE, déesse ÉPIPHANE. Son père et son aïeul sont figurés dans le costume du dieu Osiris; sa mère et son aïeule, dans le costume d'Hathôr. Quant aux titres Philadelphe, Philopator et Épiphane, ils sont placés à la suite des cartouches noms propres, et exprimés par des hiéroglyphes phonétiques (représentant les mots coptes équivalents). Ces quatre tableaux nous donnent donc la généalogie complète d'Évergète II, et l'ordre successif des rois de la dynastie des Lagides à partir de Ptolémée Philadelphe.