Amon-Ré est figuré selon la forme A de notre cinquième planche, sur un bas-relief de Thèbes[57]; c’est un abrégé de la précédente.
Une troisième figure Panthée d’Amon-Ré, à peu près semblable à la première, décore la partie antérieure du fameux torse égyptien du Musée Borgia, qui appartient aujourd’hui à la propagande; elle porte la simple légende, Seigneur suprême; la face humaine du dieu est flanquée de plusieurs têtes d’animaux différents; on y remarque celle d’un taureau, d’un lion, d’un bélier, d’un crocodile et d’un épervier. Cette réunion d’êtres si différents de nature, pour représenter la puissance démiurgique, s’explique par l’idée que les Égyptiens se formaient de Dieu: «Ils le considéraient comme la cause première de la génération, le principe de la nature entière, comme un être antérieur à toutes choses, et qui comprend toutes choses en lui-même[58].»
Le titre le plus ordinaire des rois Égyptiens, et des grands personnages, fut celui de consacré à Amon-Ré, roi des dieux, ou de purifié par Amon-Ré, roi des dieux. C’était la divinité protectrice des Pharaons, celle qui recevait leurs plus riches offrandes, et à laquelle ils consacrèrent les plus beaux monuments.
Planche 5.
NÈITH,
(L’ATHÈNE, OU LA MINERVE ÉGYPTIENNE.)
La divinité qui porta les noms d’Amon, Amon-Ré, Cnèph ou Cnouphis, fut, comme on a pu le voir, le principe générateur mâle de l’univers. Les Égyptiens symbolisèrent, dans le personnage de Nèith, le principe générateur femelle de la nature entière.
Ces deux principes, étroitement unis, ne formaient qu’un seul tout dans l’être premier qui organisa le monde. De là vient que les Égyptiens considéraient Nèith comme un être à la fois mâle et femelle[59] (αρσενοθελυς), et que le nom propre de cette divinité exprimait en langue Égyptienne, comme nous l’apprend Plutarque, l’idée: Je suis venue de moi-même[60].
La déesse Nèith occupait la partie supérieure du ciel[61]. Inséparable du Démiurge, elle participa à la création de l’univers, et présidait à la génération des espèces; c’est la force qui meut tout[62].
Le culte de cette divinité, général dans toute l’Égypte, comme les monuments le prouvent, était spécialement pratiqué dans la ville principale de la Basse-Égypte, à Saïs, où résidait un collége de prêtres. Le temple de la déesse portait l’inscription fameuse: Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est, et tout ce qui sera; Nul n’a soulevé le voile qui me couvre; Le fruit que j’ai enfanté est le Soleil[63]. Il serait difficile de donner une idée plus grande et plus religieuse de la divinité créatrice.