Nèith était le type de la force morale et de la force physique. Elle présidait à la sagesse, à la philosophie, et à l’art de la guerre[64]; c’est pour cela que les Grecs crurent reconnaître, dans la Nèith de Saïs, leur Athène, la Minerve des Latins, divinité également protectrice à la fois, et des sages, et des guerriers.

Les Égyptiens consacrèrent à Nèith le vautour, animal qui, dans leurs idées, fut le symbole fixe, et du sexe féminin, et de la maternité[65]. Cet emblême se rapportait parfaitement à la déesse Nèith, le principe femelle de l’univers, à la déesse mère de tous les êtres créés.

Les monuments Égyptiens nous montrent Nèith debout, ou assise sur un trône, à côté d’Amon-Ré, le premier principe mâle. La déesse, dont les chairs sont parfois peintes en bleu comme celles de son époux, mais plus ordinairement en jaune, comme toutes les femmes figurées sur les bas-reliefs Égyptiens, a pour coiffure un vautour, les ailes déployées, oiseau qui lui était spécialement consacré. Il est surmonté du Pschent, coiffure royale, emblême de la toute-puissance. La tunique, formée de plumes, est soutenue par des bretelles qui passent sous un riche collier. Quatre bracelets ornent les bras de la déesse; les parties inférieures de son corps sont recouvertes par les replis de deux grandes ailes de vautour. L’emblême de la vie divine est dans sa main droite; la gauche porte le sceptre terminé par les fleurs de lotus épanouies, sceptre commun à toutes les déesses Égyptiennes.

La légende ordinaire de Nèith est celle qui accompagne son image dans notre planche. Son nom est formé du segment de sphère, T, article féminin de la langue Égyptienne, et encore du vautour, emblême et première lettre du mot Mère (Mou ou Mout), en écriture hiéroglyphique. Cette légende abrégée se lit ⲧⲙⲟⲩ ⲛⲏⲃ ⲙⲡⲧⲡⲉ et signifie: La mère, dame de la région supérieure. Les monuments sont donc parfaitement d’accord avec Horapollon, qui dit formellement aussi[66] que les Égyptiens voulant écrire Athène (Nèith), peignaient un vautour, et, de plus, que cette déesse présidait à l’hémisphère supérieur du ciel.

Comme protectrice des guerriers, Nèith se montre sur les bas-reliefs de Thèbes, recevant l’hommage des rois conquérants, qui conduisent à ses pieds les étrangers vaincus. C’est devant les images colossales de Nèith que les rois vainqueurs, sculptés sur les pylones des grands édifices, semblent frapper un groupe confus de prisonniers élevant leurs bras suppliants; c’est enfin le vautour de Nèith, portant dans ses serres l’emblême de la victoire, qui plane au-dessus de la tête des héros Égyptiens, pendant le combat, et après la victoire, comme dans la cérémonie de leur triomphe.

Planche 6.

NÉITH GÉNÉRATRICE.
(PHYSIS, ATHÉNÈ, MINERVE.)

L’image symbolique de Néith, la mère universelle, que nous avons donnée dans une planche précédente[67], présente cet être divin décoré de tous ses attributs; ses trois têtes diverses, et les pieds de lion servant de support à un corps de forme humaine qui réunit les deux sexes, nous avertissent assez que les Égyptiens ne s’occupèrent jamais à captiver l’œil ni par la recherche ni par la convenance de formes; leur sculpture et leur peinture sacrées s’attachèrent constamment à parler à l’esprit, et combinèrent les signes sans considérer si l’ensemble qui en résultait fût ou non conforme à la belle nature, qui n’était point, comme chez les Grecs, le but spécial de leur imitation. Ce fait, que tout concourt à démontrer, ne doit point être perdu de vue dans l’étude des monuments figurés de la vieille Égypte.

Ces alliances de portions rapprochées de divers animaux, appartiennent en quelque sorte à la grande écriture sacrée; et quelque monstrueuses qu’elles paraissent à nos yeux, la main qui les traça n’accordait rien au hasard ni au caprice; elle était constamment guidée par des règles invariables: les formes à donner aux images de chaque divinité de l’Égypte furent fixées dès le commencement même de l’institution religieuse: les représentations propres à chaque dieu sont absolument semblables, et dans les temples élevés sous les rois, dix-neuf cents ans avant notre ère, et dans les édifices sculptés sous les empereurs Antonin, Marc-Aurèle et Commode.