Les formes de convention sous lesquelles les Égyptiens figuraient le dieu Pooh dans leurs tableaux religieux ou symboliques, ne peuvent plus être incertaines d’après ce qu’on vient d’établir par l’autorité des monuments, dans l’explication de la planche précédente. Il nous resterait à connaître la manière dont on exprima le nom de ce dieu dans l’écriture sacrée. Malheureusement les dessinateurs de la commission d’Égypte, en copiant avec fidélité les différentes images de cette importante divinité, à laquelle toutefois on donne le nom d’Harpocrate dans le texte de la Description de l’Égypte, ont négligé de copier aussi avec le même soin les légendes hiéroglyphiques placées à côté de ce personnage. Nous n’avons pu suppléer à cette omission en consultant les peintures des sarcophages et des enveloppes des momies, parce que le dieu Pooh n’est jamais figuré, à notre connaissance du moins, sur les monuments funéraires de ce genre. Mais le dessin du zodiaque circulaire de Dendéra, donné dans ce magnifique ouvrage, nous a permis de remplir cette lacune: le nom hiéroglyphique du dieu Pooh est tracé deux fois dans les légendes sacrées perpendiculaires[169], placées à côté de la grande figure de femme ayant les bras étendus, sculptée à la gauche du zodiaque, et qui représente la déesse Tpé, le ciel personnifié.

Le nom hiéroglyphique du dieu Pooh ou Piioh (la lune), (Voyez notre pl. 14, No 1), est formé de deux caractères: 1o d’un croissant à-peu-près semblable à celui que nous plaçons dans nos almanachs pour exprimer le premier ou le dernier quartier, figure qui, d’après le témoignage de Clément d’Alexandrie, était le signe de l’idée lune dans l’écriture sacrée égyptienne[170];

2o Du caractère symbolique Dieu-mâle, signe déterminatif d’espèce qui est le caractère final de tous les noms propres des dieux égyptiens. Ce groupe répond aux mots de la langue parlée POOH-NOUTÉ le Dieu-lune. Nous ajouterons aussi que le croissant renversé était, selon Horapollon[171], le signe de l’idée mois (Voyez notre pl. 14, No 3). Ce même caractère est en effet le signe initial de tous les groupes hiéroglyphiques, exprimant les noms propres des mois égyptiens. On trouve enfin, dans les inscriptions précitées du zodiaque circulaire de Dendéra, ce même croissant placé les cornes en haut (Pl. 14, No 9). Il servait à noter le commencement du mois; comme sa position inverse, le croissant les cornes en bas, en exprimait la fin et l’accomplissement[172].

La planche 14.2 contient une nouvelle image du Dieu-lune accompagnée de symboles indiquant une circonstance particulière du cours de cet astre. Ce tableau emblématique est reproduit parmi les peintures des manuscrits funéraires, soit hiératiques, soit hiéroglyphiques, un peu complets[173].

Pooh, la tête surmontée du disque entier, peint tantôt en jaune, tantôt en rouge, ainsi que du croissant, se montre assis sur une bari ou barque, symbole du mouvement de l’astre autour de la terre. Devant le dieu est un autel chargé d’un pain sacré et d’une fleur de lotus; derrière lui est le groupe hiéroglyphique exprimant l’idée d’Adoration, de service ou d’honneur rendu aux dieux dans le texte sacré de l’inscription de Rosette[174]. Hors de la barque sont des cynocéphales faisant face au dieu et élevant leurs bras vers le ciel. La posture de ces animaux indique sans aucun doute que le tableau entier représente emblématiquement le lever de la lune. Horapollon dit en effet que le cynocéphale debout et les mains élevées vers le ciel exprime le lever de la lune[175], que cet animal semble ainsi féliciter et accueillir avec joie[176].

Planche 14.2.

POOH, PIIOH, IOH,
LE DIEU-LUNE, DIRECTEUR DES AMES.

L’esprit des peuples les plus civilisés de l’ancien continent, éminemment porté vers les idées religieuses, s’efforça, soutenu par des méthodes plus ou moins perfectionnées, de rechercher la nature des choses; et non content d’étudier et de systématiser le monde physique, il voulut même pénétrer tous les secrets du monde intellectuel. L’Égypte proclama, la première, le dogme sublime de l’immortalité de l’ame[177]; mais à cette vérité, source pure de toute morale, et fondement nécessaire de l’ordre social, les premiers législateurs ne purent lier que de simples hypothèses lorsque, établissant un corps de doctrine religieuse, ils voulurent expliquer aux hommes l’origine, l’état présent et le sort futur de cette portion de vie et de raison qui nous anime et qui nous dirige.

Les Égyptiens pensaient que les ames de tous les êtres qui peuplent l’univers, n’étaient que des émanations directes de l’Ame par excellence, de l’Esprit éternel et incompréhensible qui créa, maintient et gouverne les mondes[178]. Ils croyaient aussi que, sujettes à diverses transmigrations, les ames devaient successivement passer, en expiation d’une faute primordiale, dans les corps d’êtres de différents ordres, avant de rentrer dans le sein de la grande Ame dont elles sont émanées. La croyance vulgaire voulait enfin que, dans l’intervalle d’une transmigration à une autre, les ames errassent pendant un certain temps, dégagées des liens corporels, dans cet espace du ciel compris entre la terre et la Lune[179], zone à laquelle le Dieu-Lune, Pooh, présidait spécialement.