LETTRES à M. le duc de Blacas d’Aulps, premier gentilhomme de la chambre, pair de France, etc., relatives au Musée royal égyptien de Turin. Première Lettre: Monuments historiques; par M. Champollion le jeune. Paris, Firmin Didot, 1824; grand in-8o, papier fin satiné, avec 3 planches. Prix: 5 fr.; grand in-8o, papier vélin, planches tirées en rouge sur papier de Chine, 10 fr.
(La Seconde Lettre est sous presse, et les deux renferment la restauration chronologique, par les monuments, de la XVe dynastie égyptienne de Manéthon, et des suivantes jusques et y compris la XXIIe. La Troisième Lettre complétera cette histoire chronologique de l’Égypte jusqu’aux Romains.)
PANTHÉON ÉGYPTIEN.
AMON, AMON-RA, ou AMON-RÉ,
A TÊTE HUMAINE.
Ce dieu, de forme humaine, est ici représenté assis sur un trône, comme le sont pour l’ordinaire toutes les grandes divinités de l’Égypte. Sa carnation est bleue, couleur propre à ce personnage; sa barbe est figurée par une appendice noire qui caractérise les divinités mâles; et dans les cercueils de momie, cette même appendice indique toujours une momie d’homme; le dieu tient dans sa main gauche un sceptre terminé par la tête de cet oiseau qu’Horapollon nomme Koucoupha, sceptre commun à toutes les divinités mâles du Panthéon Égyptien, et qui était le symbole de la bienfaisance des dieux; dans sa main droite est la croix ansée, symbole de la vie divine; sa tête est ornée d’une coiffure royale, surmontée de deux grandes plumes peintes de diverses couleurs; de la partie postérieure de sa coiffure, descend une longue bandelette bleue; son col est orné d’un collier, parfois très-richement décoré; sa tunique, d’abord soutenue au-dessous du sein, au moyen de deux bretelles, est fixée vers les hanches par une ceinture bleue; des bracelets ornent le haut de ses bras, et souvent aussi la naissance du poignet.
On reconnaît ici le Démiurge Égyptien, le dieu créateur du monde, décrit trait pour trait, par Eusèbe, dans sa Préparation évangélique.
Les trois premiers caractères de la légende hiéroglyphique placée devant l’image du dieu, forment son nom propre ordinaire, et se lisent Ⲁⲙⲛ (Amen ou Amon); les deux signes suivants font souvent partie de ce même nom, qui se lit alors Ⲁⲙⲛⲣⲏ (Amonré, Amonri ou Amonra). C’est ce nom divin que les Grecs ont écrit Αμων, Αμουν et Αμμων, en considérant cette divinité Égyptienne comme identique avec leur Ζευς, le Jupiter des Latins.
Dans la théologie Égyptienne, Amon, dont le nom signifiait occulte ou caché, suivant l’égyptien Manéthon, était le premier et le chef des dieux[1], l’esprit qui pénètre toutes choses[2], l’esprit créateur procédant à la génération et à la mise en lumière des choses cachées[3].
La légende hiéroglyphique qui accompagne ordinairement les représentations de cet être divin, est celle que porte notre gravure, et qui signifie, dans son entier, Amon-ré, seigneur des trois régions du monde, seigneur suprême ou céleste.