Amon ou Amonré fut la principale divinité des Éthiopiens, des Égyptiens, et des peuples de race Éthiopienne ou Égyptienne, qui habitèrent la Libye aux plus anciennes époques; les siéges principaux de son culte furent Méroé, en Éthiopie; l’Oasis de Syouah, dans la Libye; et, en Égypte, Thèbes, la première capitale de l’empire. Les images du dieu Amon couvrent les magnifiques monuments de cette ancienne cité, qui, dans la théologie Égyptienne, s’appelait même la ville d’Amon, nom que les Grecs ont assez fidèlement traduit en leur langue par Diospolis, la ville de Zeus ou de Jupiter. C’est à Amon ou Amonré que sont, en effet, dédiés les principaux édifices religieux de Thèbes. Son image occupe le pyramidion ou le sommet des plus grands obélisques Égyptiens, tels que ceux de Louqsor et de Karnac, et le haut de ces superbes monolithes, ouvrages des anciens Pharaons, que les Romains transportèrent dans leur ville, dont ils sont devenus les plus beaux ornements; les bas-reliefs, qui décorent les murs intérieurs ou extérieurs et les colonnes des temples et des palais de Thèbes, nous montrent le grand dieu Amon recevant les prières et les offrandes des rois; les Pharaons présentés à cette divinité suprême par le dieu Phré (le soleil), ou bien par le dieu Mars Égyptien et le dieu Phré; Amon donnant aux héros du pays le signe de la vie divine, en les élevant ainsi au rang des dieux; les rois vainqueurs conduisant les prisonniers au pied du trône du dieu, pour lui en faire hommage; enfin, dans leurs légendes, les Pharaons prirent les titres d’enfant d’Amon, de chéri d’Amon roi des dieux, et d’approuvé par Amon.

Planche 1.

AMON, AMONRÉ ou AMONRA,
A TÊTE DE BÉLIER (Jupiter-Ammon).

Les écrivains Grecs et Latins, qui nous ont conservé quelques documents sur le culte et sur la religion des anciens Égyptiens, disent tous que ce peuple représentait le dieu Amon, la principale divinité de l’Égypte et de Thèbes, sous une forme humaine, et ayant pour tête celle d’un bélier. On vient de voir cette divinité sous une forme purement humaine, mais les monuments nous la montrent aussi telle que les Grecs l’ont décrite; le nom et la légende hiéroglyphique Amon ou Amonré, Seigneur des régions du monde, Seigneur suprême, se lient, en effet, assez souvent avec l’image d’une divinité assise sur un trône, le sceptre des dieux d’une main, le symbole de la vie divine de l’autre, ayant les chairs vertes ou bleues comme l’Amon à face humaine, mais dont la tête est celle d’un bélier, ornée de la même coiffure, surmontée du disque, et des grandes plumes qui distinguent également Amon à tête d’homme; le serpent Ureus, vu de face, et qui décore le bas de cette coiffure, est l’emblême ordinaire de la puissance royale; cet insigne est commun aux dieux et aux souverains de l’Égypte: telle est la divinité représentée sur notre gravure.

Les images d’Amon, à tête humaine, paraissent plus nombreuses sur les monuments de Thèbes que les images du même dieu à tête de bélier; et ces dernières se montrent plus fréquemment, au contraire, dans les temples de Libye, et dans les diverses Oasis où l’on a trouvé des constructions de style égyptien.

Le bélier, d’après les idées des Égyptiens, était un animal remarquable, surtout par sa tête dans laquelle réside sa principale force; et comme il est aussi le chef et le conducteur du troupeau, il devint pour eux le symbole de la prééminence, de la principauté, dont ses cornes furent aussi l’emblême chez plusieurs nations orientales; c’est pour cela que les Égyptiens, selon Plutarque, le placèrent à la tête des animaux du zodiaque, et que ce quadrupède fut spécialement consacré au chef des dieux, au Seigneur suprême, à Amon, dont les représentations empruntent la tête de cet animal, de la même manière qu’on verra tous les dieux Égyptiens figurés sous une forme humaine, mais avec la tête des divers animaux, quadrupèdes, oiseaux, amphibies, reptiles ou insectes, qui leur furent spécialement consacrés.

Le bélier était l’animal sacré des habitants de Thèbes, dont Amon fut le protecteur spécial et la divinité locale; c’est pour cela que d’immenses avenues de béliers monolithes, et de vingt pieds de longueur, unissaient entr’eux les principaux monuments de cette capitale.

Parmi les récits mythiques Égyptiens que les Grecs nous ont transmis, il en est un qui pouvait motiver aussi, aux yeux du peuple, cette tête de bélier donnée aux images du chef des dieux: Gomi ou Somi (l’Hercule des Égyptiens), désira un jour, disait-on, voir face à face Amon, le dieu suprême: celui-ci, qui voulait rester caché et inconnu, se couvrit de la peau d’un bélier, et en tint la tête placée devant la sienne. «C’est pour cette raison, continue Hérodote, qui rapporte à cet égard les dires des habitants de Thèbes, qu’en Égypte, les statues d’Amon (Zeus) représentent ce dieu avec une tête de bélier: cette coutume a passé des Égyptiens aux Ammoniens (les Libyens des Oasis).»

Nous apprenons du même historien qu’à Thèbes, le jour de la fête d’Amon, une cérémonie sacrée avait lieu en commémoration de cette entrevue des dieux Amon et Somi: les Thébains sacrifiaient un bélier, ce jour-là seulement; et après l’avoir dépouillé, on revêtait de sa peau la statue d’Amon dont on approchait alors celle de Gomi (l’Hercule Égyptien); après cela, tous ceux qui étaient autour du temple se frappaient en déplorant la mort du bélier, et son corps était embaumé et renfermé dans un cercueil sacré.