Le sphinx, qui est ici un emblême du Dieu Phré, n’a jamais indiqué, comme c’est l’opinion commune, la présence de cet astre dans les signes du Lion et de la Vierge; cette explication était d’autant moins fondée, que la tête humaine de la plus grande partie des sphinx de travail véritablement égyptien, est une tête mâle, caractérisée par la barbe, ce qu’on ne saurait rapporter à l’astérisme de la Vierge. Le seul passage des écrivains classiques, relatif à cet animal fantastique, et qui soit en harmonie parfaite avec les faits démontrés par les monuments, se trouve dans Clément d’Alexandrie, Ve livre des Stromates, où on lit[347] que le sphinx, chez les Égyptiens, fut le symbole de la force unie à la prudence ou à la sagesse: la première de ces qualités était exprimée par le corps entier du Lion τὸ σῶμα πᾶν λέοντος, et la seconde par la face d’homme, τὸ πρόσωπον ἀνθρώπου, unie au corps de l’animal.
Le sphinx étant ainsi, dans les anaglyphes, le signe de deux qualités essentiellement propres à toutes les essences divines et aux êtres mortels les plus favorisés des Dieux, devint, par cela même, un emblême commun à la plupart des divinités du premier et du second ordre, et aux souverains de l’Égypte. J’ai reconnu, en effet, sur les monuments, un grand nombre de Dieux et de Déesses, de Pharaons, de Lagides et d’Empereurs, représentés sous la forme même d’un sphinx; ce qui exclut toutes les interprétations tirées de l’Astronomie ou des phénomènes naturels, qu’on a voulu donner de cet emblême.
On distingue les sphinx, images symboliques des différentes divinités, par les insignes caractéristiques de chacune d’elles, placées sur la tête du monstre. Le disque solaire peint en rouge ou en vert, surmonte la coiffure du sphinx emblême du Dieu Phré, et rappelait aux Égyptiens la force et la sagesse de l’être céleste qui, dans leur système cosmologique, régissait et gouvernait l’univers matériel.
Planche 24.3.
DJOM, DJEM, ou GOM,
(L’HERCULE ÉGYPTIEN.)
Les Grecs connurent trois personnages mythiques du nom d’Hercule; le plus moderne vécut peu de temps avant la guerre de Troie: c’était le fils d’Alcmène et le petit-fils d’Alcée[348]; le second était l’Hercule Crétois[349]; et le plus ancien de tous fut l’Hercule Égyptien, dont les travaux et les exploits ont été attribués par les Grecs à leur héros national, né à Thèbes de Béotie[350]. Hérodote, qui convient n’avoir jamais entendu parler dans aucun endroit de l’Égypte de cet Hercule si connu des Grecs[351], nous a transmis de précieux détails sur l’Hercule Égyptien.
«Hercule, dit-il, est un Dieu très-ancien chez les Égyptiens, et, comme ils l’assurent eux-mêmes, il est du nombre de ces douze Dieux qui sont nés des huit premiers Dieux, 17000 ans avant le règne d’Amasis[352].» Diodore de Sicile est d’accord, à cet égard, avec le père de l’histoire, lorsqu’il avance que l’Hercule Égyptien parut, dès le premier établissement de la race humaine sur la terre, époque depuis laquelle les Égyptiens, assure-t-il, comptaient bien plus de 10000 ans[353]. Ce Dieu rendit la terre habitable, en la délivrant des animaux féroces[354]. Ainsi, l’Hercule Égyptien était un Dieu de la seconde classe qui se composait de douze Divinités émanées des huit Grands Dieux de la première, parmi lesquels Ammon-Chnouphis, Nèith, Phtah, Mendès et Phré, occupaient les principaux rangs. Il paraît, comme on le verra dans la suite, que les Dieux de la seconde classe ne furent, pour la plupart, que des Parèdres de ceux de la première que nous venons de nommer.
Le culte d’Hercule était très-répandu en Égypte, et remontait aussi, selon Macrobe, à l’antiquité la plus reculée; ce personnage mythique était considéré comme l’emblême de la Force Divine, Virtus Deorum; et on lui attribuait, ainsi qu’on le fit en Grèce, la défaite des Géants ennemis des Dieux[355]. Nous apprenons enfin par Plutarque, dans son Traité d’Isis et d’Osiris, que les Égyptiens croyaient que leur Hercule habitait le disque solaire, et qu’il faisait avec cet astre le tour de l’univers.
Cette dernière indication nous a fait reconnaître, dans les peintures des manuscrits et dans les bas-reliefs des temples, les formes variées que les Égyptiens donnèrent à leur Hercule. Ce Dieu est figuré sous une apparence toute humaine, et porte ordinairement sur sa tête, ou dans sa main, une longue feuille ou plume, dont la partie supérieure est arrondie et recourbée. Ses chairs sont constamment rouges, et l’Hercule-Égyptien, comme l’a dit Plutarque, accompagne, en effet, presque toujours le Dieu Phré (le Soleil), lorsque cette grande Divinité est suivie, sur les monuments, par ses divers Parèdres. Dans un des bas-reliefs moulés dans la grande salle du tombeau royal découvert à Thèbes par M. Belzoni, l’Hercule-Égyptien, tel que nous venons de le décrire, est placé dans la barque du Soleil, à côté du disque lui-même. Dans la seconde partie du Rituel funéraire, dont les papyrus, trouvés sur les momies, sont des copies plus ou moins complètes, l’Hercule-Égyptien accompagne encore le Dieu-Soleil[356]. Il en est ainsi dans une foule d’autres peintures ou sculptures.