Cet oiseau de proie fut ainsi introduit dans les sanctuaires de l’Égypte, comme une image vivante du dieu Phrè ou le soleil personnifié. Sa représentation est reproduite dans des poses très-variées, soit sur les bas-reliefs qui décorent les grands édifices de l’Égypte, soit dans les peintures des catacombes et des cercueils de tous les âges. Mais partout l’épervier, emblème de Phrè, est spécialement caractérisé par une image du disque solaire placé sur sa tête, ainsi qu’on le voit dans notre planche 24.2, extraite des riches peintures qui couvrent l’enveloppe intérieure d’une momie du cabinet de M. Durand.
C’est ce disque souvent orné de l’uræus, qui distingue l’épervier symbole du soleil, roi du monde physique, des divers éperviers sacrés, emblêmes de la déesse Hathôr et des dieux Phtah-Sokari, Mandoulis, Aroéris, Horus, etc., etc. On doit remarquer aussi que l’épervier, la tête surmontée du disque, forme, dans l’écriture hiéroglyphique, le nom symbolique du soleil.
Les légendes gravées sur notre planche 24.2, sous les Nos 1, 2, 3 et 4, sont communes au dieu Phrè et à l’épervier son emblème: la première, le soleil-dieu, est symbolico-figurative; la seconde est purement symbolique, le soleil; la troisième est formée du nom phonétique du soleil RÈ, suivi du nom symbolique; la quatrième est la forme hiératique des légendes hiéroglyphiques 1 et 2.
Ceux d’entre les Égyptiens qui avaient une dévotion particulière pour le dieu Phrè, nourrissaient avec soin des éperviers; aussi a-t-on découvert assez fréquemment dans les catacombes de l’Égypte, des momies de ces oiseaux préparées avec une certaine recherche.
Planche 24.2.
LE SPHINX DU DIEU PHRE,
OU DU SOLEIL.
Quoique Phré, ou le Dieu-soleil, reçût de l’Égypte entière un culte très-solennel, et que peu de grandes divinités aient été l’objet de tant d’hommages, ses représentations au propre offrent, en général, peu de variétés soit dans l’ensemble, soit dans les détails des attributs; tandis que certains Dieux et quelques Déesses d’un rang très-inférieur à celui du premier né de Phtha, se montrent, sur les monuments, sous des formes très-différentes, soit qu’ils empruntent la tête de divers animaux, soit par le changement des emblêmes et des décorations qui servent à les distinguer dans telle ou telle de leurs attributions divines. Mais si les images du Dieu Phré sont presque toujours semblables, il existe une très-grande variété dans les symboles consacrés à rappeler l’idée de cet être bienfaisant, de ce roi conservateur du monde physique.
Parmi ces emblêmes, dont il a paru indispensable de comprendre la série entière dans ce recueil, l’animal fantastique gravé sur cette planche n’est pas un des moins importants; et quoique jusqu’ici on ait voulu regarder le Sphinx comme un emblême exclusif des mystères du débordement, de la terre d’Égypte, ou de tout autre phénomène céleste ou terrestre, il est indubitable que le Sphinx est, dans certaines occasions, un symbole du soleil ou du Dieu Phré, sur les monuments d’ancien style égyptien. La légende hiéroglyphique, peinte à côté de celui que nous publions aujourd’hui, contient textuellement, en effet, l’expression des idées Ré (le soleil) Dieu grand seigneur du ciel: c’est le texte même d’une formule inscrite sur l’obélisque transporté jadis d’Égypte à Rome pour être érigé dans le grand cirque, formule qu’Hermapion a rendue très-littéralement par les mots Ἥλιος θεὸς μέγας δεσπότης οὐρανοῦ[346].
Ce sphinx, tiré d’une magnifique momie de la collection égyptienne de S. M. le roi de Sardaigne, existe sur le premier cercueil, au milieu de peintures d’autant plus curieuses, que plusieurs présentent, contre l’ordinaire des monuments de ce genre, un véritable intérêt historique. Le défunt, qui tenait un rang distingué dans l’ordre sacerdotal puisqu’il était voué au culte des souverains de la XVIIIe dynastie égyptienne, est représenté à genoux devant un autel chargé de pains sacrés et de fleurs de lotus. Auprès des offrandes et sur un piédestal richement décoré, repose le sphinx symbolique du soleil: la tête humaine barbue et le corps du lion, sont de couleur verte; une housse couvre son dos, et un grand uræus ailé s’élève en grands replis au-dessus de la croupe de l’animal fantastique, et exprime la puissance royale dont le Dieu Phré, considéré comme le père des rois, était en quelque sorte la source et le prototype. Une petite image de la Déesse Saté (la Junon égyptienne), assise entre les pattes antérieures du sphinx, paraît se rapporter à la même idée.