Les représentations de Phré sont très-multipliées dans les sculptures des grands monuments. Il s’y montre sous une forme humaine; mais avec une tête d’Épervier, surmontée d’un disque, habituellement peint de couleur rouge; c’est l’image du disque solaire. Les Égyptiens donnaient à ce Dieu une tête d’Épervier «Parce que cet animal est fécond et de longue vie; il semble, plutôt que tout autre volatile, devoir être l’emblême du Soleil; car, doué, par la Nature, d’une puissance particulière et occulte, il tient ses yeux fixés sur les rayons de cet astre; c’est pour cela que le Soleil; considéré comme le Seigneur de la Vision, est ordinairement représenté Hiéracomorphe (sous une forme d’Epervier)»[339].
Cette planche nous offre, en effet, le Dieu avec une tête d’Épervier; le disque placé sur sa tête est entouré par le corps du Serpent Uræus, emblême de la puissance suprême, et qui rappelle le règne du Dieu avant les Dynasties humaines. Cette belle image de Phrè est tirée d’un des bas-reliefs du tombeau royal découvert, à Thèbes, par M. Belzoni.
Les deux premiers signes de la légende no 1, sont phonétiques, et forment la syllabe PH (Rè), qui est le nom du Soleil, et du Dieu, lui-même, en langue égyptienne. Le groupe suivant, dans lequel domine l’Épervier, ayant la tête surmontée du disque, est le nom symbolique du Dieu, dont les deux signes précédents indiquent la prononciation; les quatre derniers caractères répondent aux mots égyptiens, NOUTE NAAF NEB MPÈ, Dieu-Grand, Seigneur du Ciel, titres ordinaires de cette Divinité. Les groupes hiéroglyphiques 2 et 3, sont des variantes figuratives des mêmes noms divins, et répondent aux mots RÈ NOUTE, le Dieu Rè; le no 4 n’en diffère que par la forme symbolique du signe final Dieu; les variantes 5 et 6, montrent le disque du Soleil, décoré de l’Uræus, comme celui qui surmonte la tête du Dieu. On a placé, sous le no 7, les formes hiératiques de ce nom divin, qu’on trouve fréquemment tracé en lettres grecques, et écrit ΦΡΗ ou ΦΡΙ, sur les pierres gravées gnostiques ou basilidiennes. ΦΡΗ n’est que le mot égyptien ΡΗ (Rè ou Ri), précédé de l’article du genre masculin Φ (Ph). On disait ΦΡΗ, Phrè ou Phri, en dialecte memphitique, et ΠΡΗ, Prè ou Pri en dialecte thébain.
Comme le Dieu Phtah, son père, le Dieu Phrè était le protecteur spécial des souverains de l’Égypte, que l’on considérait comme membres de la famille de cette Divinité: aussi les Pharaons, les Lagides, et les Empereurs romains, portent-ils constamment, dans leurs légendes hiéroglyphiques, les titres fastueux: Fils du Soleil, Né du Soleil, Fils préféré du Soleil, Approuvé par le Soleil, Roi, comme le Soleil, des régions inférieures et supérieures.
Planche 24.
L’ÉPERVIER,
EMBLÊME VIVANT DE PHRÉ (LE SOLEIL).
Parmi les images d’animaux sacrés, figurées sur les monuments égyptiens de toutes les époques, celles de l’Épervier sont, sans aucun doute, les plus multipliées; et cela vient de ce que cet oiseau fut à la fois l’emblème de plusieurs divinités différentes. Aussi le trouve-t-on représenté au revers des médailles de neuf des Nomes de l’Égypte, soit seul, soit placé sur la main d’un grand nombre de personnages mythiques dont les attributions furent cependant bien distinctes. Mais alors l’épervier porte toujours des insignes particulières, lesquelles caractérisent, d’une manière très-précise, chacune des divinités dont il devient successivement le symbole.
Selon les préjugés populaires, cet oiseau affectionnait particulièrement l’Égypte, et si nous écoutons Ælien, «les Égyptiens choisissaient deux éperviers pour les envoyer observer les îles désertes de la Libye; les Libyens célébraient ce voyage par une fête, et les deux oiseaux se fixaient dans celle des îles qui leur paraissait la plus convenable; là, ils faisaient leurs petits en sûreté, chassaient aux moineaux et aux colombes; enfin, lorsque leurs petits étaient assez forts pour voler, ils les reconduisaient en Égypte comme dans leur véritable patrie[340].» On savait aussi que cet oiseau est susceptible de s’attacher par les bienfaits; les Égyptiens les captivaient par la douceur des mets; ainsi apprivoisés, les éperviers devenaient très-familiers et ne faisaient jamais de mal à ceux qui leur avaient prodigué de si bons traitements[341]. Ils rendaient d’ailleurs, disait-on, de véritables services à l’homme en détruisant les cérastes, les scorpions et autres petites bêtes venimeuses[342].
C’est à cause de ces bienfaits envers la terre d’Égypte qu’il purgeait du reptile le plus dangereux, et parce que l’on citait la fécondité et la longévité de cet oiseau, qu’il devint d’abord pour les Égyptiens le signe symbolique de l’idée Dieu[343]. Mais supposant aussi que l’épervier était d’une nature ignée, comme le soleil, et très-destructeur, comme ce même Dieu à la colère duquel ils attribuaient les maladies pestilentielles[344]; persuadés enfin que seul d’entre les êtres vivants, l’épervier avait la faculté de fixer ses yeux sur le disque éblouissant du soleil[345], ils le consacrèrent d’abord à cette grande divinité qu’ils représentaient emblématiquement sous la forme même d’un épervier[345].