Planche 23.3.
L’extrême incertitude des signes de voyelles, dans la partie phonétique de tous les textes hiéroglyphiques, ne nous permet point encore de décider si le nom de la grande vache sacrée, lu ⲁϩⲉ (Ahé) ou ⲁϩⲓ (Ahi), doit être rapporté au mot égyptien ⲁϩⲉ ou ⲁϩⲓ, LA VIE, vita, l’AME (anima), ou bien aux mots ⲁϩⲏ[336] ou ⲉϩⲉ (Ahi, ÉHÉ) qui, dans différents dialectes de la langue égyptienne, signifient bœuf et vache. J’avoue, toutefois, que la présence habituelle de l’image d’une vache à la suite de ce nom propre phonétique, me porte à préférer le second rapprochement au premier, et à ne voir, dans le groupe hiéroglyphique phonétique, que les sons de la langue parlée répondant au caractère figuratif VACHE qui les suit immédiatement. Je pourrais citer un très-grand nombre de groupes phonétiques accompagnés ainsi d’un caractère figuratif représentant au propre l’objet exprimé par les signes de son.
On a déja dit (explication des planches 23 et 23.2) que, selon la doctrine égyptienne telle que les monuments eux-mêmes nous la présentent, le dieu Phré, ou le soleil, était regardé comme le premier né de la déesse Bouto, ou la nuit primordiale personnifiée. La vache divine Ahé étant aussi produite comme mère du même dieu par des autorités semblables, il est tout naturel de penser que cette vache ne fut qu’une des formes symboliques données à la déesse Bouto considérée dans certaines attributions particulières. C’est ce que confirme pleinement le tableau emblématique gravé sur notre planche 23.4, que je trouve sculpté, au milieu d’une foule d’autres également importants, sur le fameux torse égyptien qui fit jadis partie de la belle collection du cardinal Borgia.
La vache divine est debout sur un énorme uræus ou aspic, dont la tête est celle d’un lion surmontée du disque solaire; l’uræus est ailé, et sa queue se termine par une tête de bélier. Au col de la vache est suspendu l’emblème de la vie divine, et on a figuré vers ses pieds antérieurs l’œil sacré, symbole du soleil. Le bélier, emblème d’Amon-Ra, comme le prouve sa coiffure décorée des deux longues plumes du dieu, est accroupi et repose sur le dos de la vache Ahé.
Il serait difficile, sans risquer de tomber dans de très-graves erreurs, de vouloir pénétrer, d’après l’état actuel de nos connaissances sur les mythes sacrés des égyptiens, dans le sens intime du tableau symbolique figuré sur le torse du musée Borgia. Contentons-nous d’y reconnaître avec certitude la mère du soleil mise en contact avec le démiurge Amon-Ra, le père des dieux et la source première de toute génération céleste et terrestre. La légende en caractères hiéroglyphiques, qui accompagne et explique en quelque sorte cette bizarre composition, établit clairement ce que de simples considérations tirées de faits reconnus nous portaient à supposer déja, savoir: que Ahé, ou la vache divine, n’est qu’une des formes emblématiques de la déesse Bouto, la Latone égyptienne. L’inscription de ce tableau porte en effet (planche 23.4, légende no 1): Bouto-Ahé génératrice du soleil, ou si l’on veut Bouto vache génératrice du soleil. Les mots ⲁϩⲉ, et ⲙⲁⲥ (génératrice), sont écrits en abrégé dans le texte original.
Planche 23.4.
RÉ, RI, PRÉ, PHRÉ, ou PHRI.
(HÉLIOS, LE SOLEIL.)
Le Dieu suprême Ammon-Cnouphis, et son fils, le Dieu Phtha, ou Phtah, occupaient les deux premiers rangs parmi les personnages mythiques de la théologie égyptienne; car Nèith, émanation d’Ammon, ne formait, au fond, qu’un seul Être avec le Premier Principe qui l’avait manifestée. Ammon et Phtah régnaient dans le monde intellectuel, dans le monde supérieur; un Être, moins ancien que les deux autres, gouvernait l’univers matériel, le monde physique: c’était Phré, ou le Dieu-Soleil.
Cet Être divin, l’Œil du Monde et l’Ame de la Nature[337], était fils de Phtha[338], l’Intelligence active qui organisa l’Univers; Phré régna après son père: c’est le second des Dynastes de l’Égypte.