Les îles du cap Vert prennent un peu plus de trois degrés du sud au nord, avec la même étendue de l'est à l'ouest; c'est-à-dire qu'elles sont entre 14 degrés 55 minutes, et 17 degrés 45 minutes de latitude. De même leur longitude de Ferro est entre 4 et 7 degrés. Sal, Bona-Vista et Mayo sont le plus à l'est dans la direction du nord au sud; San-Iago, Fuégo et Brava, le plus au sud dans la direction de l'est à l'ouest. Saint-Nicolas, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et Saint-Antoine, le plus au nord-ouest, et sur une même ligne du sud-est au nord-ouest. Owington dit qu'elles s'étendent dans la forme d'un croissant dont le côté convexe est tourné vers le continent d'Afrique. Beckman observe qu'elles présentent une perspective fort agréable à ceux qui les traversent à la voile. Mayo, qui est la plus proche du cap Vert, en est éloignée d'environ quatre-vingt-treize lieues ouest quart nord. La situation de ces îles est très-favorable pour le rafraîchissement des vaisseaux qui font le voyage de Guinée ou des Indes orientales.
Tout le monde convient que l'air des îles du cap Vert est d'une chaleur extrême et très-malsain. Sir Richard Hawkins prétend que le climat est un des plus pernicieux à la santé des hommes qui soit connu dans l'univers. Il y avait abordé deux fois, avec le chagrin d'y perdre la moitié de ses gens par des fièvres malignes et par la dysenterie. Comme il y pleut rarement, la terre y est si brûlante, qu'on n'y saurait poser le pied dans les lieux où le soleil fait tomber ses rayons. Le vent du nord-est, qui s'y élève un peu avant quatre heures après midi, apporte ensuite une fraîcheur soudaine dont les effets sont souvent mortels. Aussi les habitans ont-ils la précaution de se couvrir la tête d'un bonnet qui leur descend jusqu'aux épaules, et le corps d'une robe fourrée, ou doublée de coton. Hawkins observe encore que dans ce climat, comme aux côtes de Guinée et dans tous les pays chauds, la lune a beaucoup d'influence sur le corps humain, et qu'il est par conséquent fort dangereux d'y passer la nuit à l'air.
Beckman remarque que dans la plupart des îles du cap Vert le terroir est pierreux et stérile, et surtout dans celles de Sal, de Bona-Vista et de Mayo. Sal et Mayo ont un grand nombre de chevaux sauvages. Outre les chevaux, Mayo a quantité de chèvres, et du sel en si grande abondance, qu'on en pourrait charger, dit-on, plus de deux mille vaisseaux. Les autres îles sont beaucoup plus fertiles, et produisent du riz, du maïs, des bananes, des limons, des citrons, des oranges, des grenades, des cocos, des figues et des melons. On y trouve aussi du coton et des cannes à sucre. Les chèvres y donnent généralement trois ou quatre chevreaux d'une portée, et souvent trois fois dans une année. Les vignes y rapportent aussi deux fois.
La richesse des habitans consiste dans leurs peaux de chèvres, et dans le sel de Bona-Vista, de Mayo et de San-Iago. Barbot rapporte qu'ils préparent parfaitement leurs peaux à la manière du Levant; et Beckman assure qu'il n'y en a pas de meilleures au monde dans la même espèce.
On y prend un si grand nombre de tortues, que plusieurs vaisseaux viennent s'en charger tous les ans, et les salent pour les transporter aux colonies de l'Amérique. Ces animaux prennent les temps de pluies pour faire leurs œufs dans le sable, et les laissent éclore au soleil. C'est alors que les habitans leur donnent la chasse, sans autre embarras que de les tourner sur le dos avec des pieux; car elles sont si grosses, qu'on n'en aurait pas la force avec les mains. La chair des tortues n'est pas moins en usage dans les colonies que la morue dans tous les pays d'Europe.
Atkins observe que les Portugais établis aux îles du cap Vert reçoivent indifféremment tous les vaisseaux qui s'y arrêtent, et leur vendent à fort bon marché des rafraîchissemens et des provisions dont San-Iago est la principale source. Barbot nous apprend que les Français du Sénégal et de Gorée envoyaient prendre leurs provisions dans cette île, lorsqu'ils ressentaient la disette dans cette partie de la Nigritie, et qu'ils en tiraient des vivres pour des esclaves et d'autres richesses. Vers l'an 1593, dans le temps que Hawkins était en voyage, ils faisaient un commerce considérable à San-Iago, à Fuégo, à Mayo, à Bona-Vista, à Sal et à Brava, où ils venaient continuellement de Guinée et de Benin. Ils en tiraient des esclaves, du sucre, du riz, des étoffes de coton, de l'ambre gris, de la civette, des dents d'éléphans, du salpêtre, des pierres ponces, des éponges, et quelque petite quantité d'or que les insulaires tiraient eux-mêmes du continent.
Toutes les îles du cap Vert étaient presque inhabitées lorsqu'elles furent découvertes par les Portugais. Les établissemens particuliers s'étaient mal soutenus, parce qu'ayant manqué de vivres, la famine en avait ruiné plusieurs. La pluie leur avait aussi manqué long-temps. À peine se souvenait-on dans les îles de Bona-Vista, de Mayo, et particulièrement dans l'île de Sal, d'en avoir vu depuis six ou sept ans. Il n'en était tombé du moins que dans les montagnes, où les habitans racontent que les nuées se rassemblent, et qu'étant beaucoup plus pesantes, elles se fondent pour arroser inutilement les lieux stériles et déserts. Les îles de Sal, de Bona-Vista et de Mayo, qui sont fort plates, arrêtent d'autant moins les nuées qui sont continuellement chassées par le vent; et c'est à cette raison qu'on attribue la sécheresse qui règne dans ces trois îles.
Sal, Sainte-Lucie et Saint-Vincent, trois des plus grandes îles du cap Vert, n'ont aucun habitant, tandis que les autres sont assez bien peuplées de Nègres et de Mulâtres. On en donne une raison qui mérite d'être rapportée. Les premiers Portugais, surtout ceux de San-Iago, se procuraient des Nègres de Guinée pour le travail de leur colonie; mais, comme la plupart ne menaient pas une vie fort régulière, ils se croyaient obligés, en mourant, de donner la liberté à quelques-uns de ces misérables esclaves pour expier une partie de leurs déréglemens. Après avoir reçu la liberté, la plupart ne pensaient qu'à s'éloigner de leurs tyrans, et passaient dans les îles voisines, où l'air différant peu de leur climat naturel, ils trouvaient le moyen de s'établir heureusement. Les Portugais, voyant leur prospérité, y passèrent après eux. Mais le commerce du Portugal déclina bientôt dans cette partie de l'Afrique, lorsque les autres nations de l'Europe eurent pénétré dans la Guinée et jusqu'aux Indes orientales. Alors le nombre des Nègres, qui n'avaient pas cessé de se multiplier, devint si supérieur à celui des blancs, que ceux-ci, pour éviter la honte de la soumission, se retirèrent à San-Iago ou en Portugal. Ceux qui restèrent dispersés parmi les Nègres n'eurent plus d'autre ressource que de se joindre à eux par des mariages, qui produisirent cette race couleur de cuivre dont toutes ces îles se trouvent peuplées. Le roi de Portugal, observant ce qui était arrivé dans l'espace de plusieurs années, donna la plupart des îles du cap Vert aux seigneurs de sa cour, et ne se réserva que celles de San-Iago, à laquelle il a joint dans ces derniers temps Saint-Philippe. Cependant le gouverneur de San-Iago prend le titre de gouverneur-général de toutes les îles du cap Vert, et de la côte de Guinée depuis la rivière du Sénégal jusqu'à Sierra-Leone. Les seigneurs particuliers peuplèrent leurs îles de vaches, de chèvres et d'autres bestiaux. Ils les gouvernaient d'abord par un lieutenant, dont l'autorité était fort médiocre, puisque non-seulement le pouvoir de vie et de mort, mais les autres punitions corporelles appartenaient au gouverneur de San-Iago. Dans ces derniers temps, on a établi pour toutes les îles un officier nommé ovidor, qui est revêtu de la juridiction civile, et même de l'inspection des revenus de la couronne; de sorte qu'il ne reste au gouverneur-général que l'administration militaire.
Le port de San-Iago est comme la douane portugaise pour tous les vaisseaux de cette nation qui commercent dans les parties de la Guinée dépendantes du Portugal; mais les revenus que la couronne tire des îles du cap Vert ne sont pas considérables. À la vérité, il lui en coûte peu pour la garde de ces îles; car il n'y a pas d'autres fortifications qu'à San-Iago et à Saint-Philippe; encore les ouvrages sont-ils d'une faible défense, excepté ceux de la ville même de San-Iago, qui ont été construits par les Espagnols, tandis que le Portugal était sous leur domination. Aussi les îles du cap Vert ne sont-elles défendues que par leur propre milice, sans le secours d'aucunes troupes du roi. Il faut observer que les habitans de San-Iago et de Saint-Philippe, étant vassaux immédiats de la couronne, sont sur un meilleur pied que ceux des autres îles, qui changent souvent de propriétaires et de maîtres.
Roberts dit qu'il pourrait s'étendre fort au long sur les manufactures de coton des îles du cap Vert, et prouver que les vaisseaux anglais pourraient s'y fournir, à beaucoup meilleur compte qu'en Angleterre, des étoffes qui servent au commerce des esclaves en Guinée; mais qu'il n'oserait décider en général si ce serait à l'avantage de l'Angleterre. Il pourrait, dit-il, s'étendre sur le nitre que plusieurs de ces îles produisent; mais il croit s'être assez expliqué sur un point qui était presque inconnu en Europe avant ce qu'il en a publié. À la vérité, continue-t-il, on avait transporté en Portugal, quelques années auparavant, une quantité considérable de nitre, tirée de l'île de Saint-Vincent; et ce commerce avait été abandonné, sur ce qu'on croyait avoir découvert que la plus grande partie était de la nature du sel marin. Il avoue même qu'en ayant fait l'expérience, il avait trouvé qu'il s'allumait difficilement, qu'il ne s'en dissipait pas un huitième, et que le reste demeurait fixe comme le sel de mer. Mais il assure que dans la même île il en avait trouvé d'autres dont il ne restait pas la moitié après l'inflammation, et quelquefois même pas un quart. Dans l'île de Saint-Jean, il est si volatil et si inflammable, qu'il s'évapore entièrement, à l'exception de celui qu'on ramasse près de la mer. Roberts laisse aux curieux à trouver la raison de cette différence.