Leurs bois sont si remplis de singes, que le voyageur le plus intrépide n'oserait y passer sans escorte. On y trouve surtout une multitude de ces dangereux singes dont la grande espèce se nomme pongo, et la petite empko. Le port de Mayomba est à deux lieues au sud du cap Nègre, qui a tiré son nom de la noirceur apparente de ses arbres.
La ville de Mayomba consiste dans une grande rue, si proche de la mer, que les flots forcent quelquefois les habitans d'abandonner leurs maisons.
Les chasses des habitans se font avec des chiens du pays qui n'aboient point, mais qui portent au cou des crécelles de bois dont le bruit guide les chasseurs. Ils font tant de cas des chiens de l'Europe à cause de leur aboiement, que l'Anglais Battel leur en vit acheter un trente livres sterling (720 fr.).
Le territoire de Setté est situé à cinquante-cinq milles au nord de la rivière de Mayomba, et s'étend jusqu'à Gobbi. Ce pays, qui est arrosé par une rivière du même nom, produit avec une abondance extraordinaire du bois rouge et plusieurs autres sortes de bois. On en distingue deux, le kines, que les Portugais achètent, mais qui n'est pas estimé à Loango; et le bifesse, qui est plus pesant et plus rouge; les habitans le vendent plus cher. La racine se nomme angansi abifesso. Il n'y a point de bois plus dur ni d'une couleur si foncée. Les habitans en font un grand commerce sur toute la côte d'Angole et dans le royaume de Loango; mais ils ne traitent qu'avec les Nègres; et le droit de leur gouverneur est de dix pour cent.
Le pays de Gobbi est situé entre Setté et le cap Lopès-Consalvo. La ville capitale est éloignée d'une journée de la mer. La terre nourrit peu de bestiaux, et n'offre que des animaux féroces. Un habitant qui reçoit la visite d'un ami commence par lui offrir l'usage d'une de ses femmes; et, dans les autres occasions, une femme surprise en adultère reçoit moins de reproches que d'éloges: cependant l'empire des hommes est si absolu, qu'ils maltraitent leurs femmes avec une rigueur sans exemple; et cette pratique leur étant devenue comme naturelle, une femme se plaint de n'être pas aimée lorsqu'elle n'est pas assez souvent battue par son mari. On a vu autrefois la même chose en Russie avant sa civilisation.
On trouve au nord-est de Mani-keseck, à huit journées de Mayomba, les Matimbas, nation de Pygmées, qui sont de la hauteur d'un garçon de douze ans, mais tous d'une grosseur extraordinaire. Leur nourriture est la chair des animaux qu'ils tuent de leurs flèches. Quoiqu'ils n'aient rien de farouche dans le caractère, ils ne veulent point entrer dans les maisons des Marambas, ni les recevoir dans leurs villes. Les femmes se servent de l'arc avec autant d'habileté que les hommes. Elle ne craignent point de pénétrer seules dans les bois, sans autre défense contre les pongos que leurs flèches empoisonnées.
La plus grande partie du royaume est un pays plat et assez fertile. Les pluies y sont fréquentes. La terre y est noirâtre, au lieu que dans la plupart des autres pays elle est sablonneuse ou de nature craïeuse. Les habitans sont civils et humains. On raconte qu'après avoir inutilement invoqué leurs dieux dans un temps de peste, ils les brûlèrent en disant: «S'ils ne nous servent de rien dans l'infortune, quand nous serviront-ils?»
Dans le pays d'Angole, les princesses du sang royal ont la liberté de choisir l'homme qui leur plaît, sans égard pour sa naissance ou sa condition; mais elles ont sur lui un pouvoir absolu de vie ou de mort. Pendant que le missionnaire Mérolla, dont nous tirons quelques détails, se trouvait dans le pays, une dame de ce rang, sur le simple soupçon que son mari vivait librement avec une autre femme, fit vendre sa maîtresse aux Portugais; et, loin d'oser s'en plaindre, il se crut fort heureux d'une vengeance si modérée. Les femmes qui reçoivent les étrangers dans leurs maisons sont obligées de leur accorder leurs faveurs pendant les deux premières nuits. Aussi, dès qu'un missionnaire capucin arrive dans le pays, ses interprètes avertissent le public que l'entrée de sa chambre est interdite aux femmes.
Avec une culture exacte, la terre de Loango produit trois moissons. Les habitans n'y emploient point d'autre instrument qu'une sorte de truelle, mais plus large et plus creuse que celle de nos maçons.
Entre les arbres extraordinaires, on vante l'enzanda, le métombas et l'alikondi, qui servent tous trois à faire des étoffes. Il n'y a point de canton dans le royaume de Loango qui ne produise en abondance le métombas, et où l'on n'en tire beaucoup d'utilité. Le tronc fournit d'assez bon vin, quoique moins fort que le vin de palmier; de ses branches on fait des solives et des lattes pour les maisons, et des bois de lit. Les feuilles servent à couvrir les toits, et résistent aux plus fortes pluies; mais le plus grand usage est pour la fabrique d'une espèce d'étoffe dont tout le monde est vêtu dans le royaume.