Le même auteur ajoute qu'il se trouve dans le royaume de Congo des vipères si venimeuses que dans l'espace de vingt-quatre heures elles causent la mort; mais que les Nègres connaissent des simples dont l'application est un remède assuré lorsqu'elle est assez prompte. Il dit encore que ce pays produit d'autres créatures de la grosseur du bélier, avec des ailes; elles ont une longue queue et une gueule fort allongée, armée de plusieurs rangées de dents: elles se nourrissent de chair crue. L'auteur ne leur donne que deux jambes. Leur couleur est bleue et verte, et leur peau paraît couverte d'écaillés. Les païens nègres leur rendent une sorte de culte: on en voyait un assez grand nombre à Congo du temps de Lopez, parce qu'étant fort rares dans les provinces, les principaux seigneurs prennent beaucoup de soin pour les conserver; ils souffrent que le peuple leur rende des adorations, en faveur des présens et des offrandes dont elles sont accompagnées. Lopez a évidemment été la dupe des seigneurs du Congo, s'il a pu ajouter foi à un récit d'une absurdité si choquante.
Les caméléons du pays font leur demeure dans les rochers et sur les arbres: ils ont la tête pointue et la queue en forme de scie.
Les rivières de Congo et d'Angole abondent en poissons de différentes espèces. Celle de Zaïre en produit un fort remarquable, qui se nomme ambizagoulo (porc), parce qu'il n'est pas moins gras que cet animal, et qu'il fournit du lard. La nature lui a donné deux espèces de mains, et lui a formé le dos comme un bouclier: sa chair est fort bonne, mais elle n'a pas le goût de poisson; sa gueule ressemble à celle du bœuf; il se nourrit de l'herbe qui croît sur les bords de la rivière, sans jamais monter sur la rive. Quelques-uns de ces poissons pèsent jusqu'à cinq cents livres; à cette description, l'on reconnaît le lamantin.
Pendant le séjour que Carli fit à Colombo, des pêcheurs prirent un grand poisson, de forme ronde comme une roue de carrosse. Il a deux dents au milieu du corps, et plusieurs trous par lesquels il voit, il entend, il mange; sa gueule, qui est une de ces ouvertures, n'a pas moins d'un empan de long: sa chair est délicieuse, et ressemble au veau pour la blancheur.
Lopez rapporte que le Zaïre nourrit des crocodiles. Mérolla, au contraire, assure formellement qu'il ne s'y en trouvé point; mais on convient qu'il s'en trouve un grand nombre dans les autres rivières du même pays. Battel, pour nous donner une idée de la grandeur et de l'avidité de ces monstres, rapporte que, dans le royaume de Loango, un crocodile dévora une allibamba entière, c'est-à-dire une troupe de huit ou neuf esclaves, liés de la même chaîne; mais le fer, qu'il ne put digérer, lui causa la mort, et fut trouvé ensuite dans ses entrailles. Le même auteur ajoute qu'il a vu des crocodiles guetter leur proie, la saisir, et traîner dans la rivière des hommes, des chevaux et d'autres animaux. Un soldat qui avait été saisi avec cette violence tira son coup, et frappa si heureusement le crocodile au ventre, qu'il le tua sur-le-champ.
En finissant la description du royaume de Congo, il ne sera point inutile de jeter un coup d'œil sur les nations voisines, particulièrement sur celles des Anzikos et des Diaggas, qui environnent fort loin le royaume à l'est, et qui se sont rendues redoutables par leurs fréquentes invasions.
Les Anzikos sont d'une extrême agilité. Ils courent sur les montagnes comme autant de chèvres. On ne vante pas moins leur courage, leur douceur, leur droiture et leur bonne foi. Il n'y a point de Nègres pour lesquels les Portugais aient tant de confiance. Cependant ils sont d'un caractère si sauvage et si grossier, qu'il n'y a point de conversation à former avec eux. Le commerce les attire au Congo: ils amènent des esclaves de leur propre nation, et apportent des dents d'éléphans ou des étoffes de la Nubie, dont ils sont voisins. En échange, ils emportent du sel et des zimbis ou grains de verre, qui leur servent de monnaie, outre une autre espèce de grandes coquilles qui viennent de l'île de San-Thomé, et qui servent à leur parure. Ils reçoivent aussi des soies, des toiles, de la verroterie, et d'autres marchandises apportées du Portugal.
Ils ont l'usage de la circoncision; et, dès l'enfance, ils se marquent et se cicatrisent le visage avec la pointe d'un couteau.
La chair humaine se vend dans leurs marchés comme celle de bœuf dans nos boucheries de l'Europe, car ils mangent tous les esclaves qu'ils prennent à la guerre. Ils tuent même leurs propres esclaves, lorsqu'ils les jugent assez gras; ou, s'ils trouvent cette voie moins avantageuse, ils les vendent pour la boucherie publique. Lorsqu'ils sont fatigués de la vie, ou quelquefois pour montrer seulement le mépris qu'ils en font, ils s'offrent avec leurs esclaves pour être dévorés par leurs princes. On trouve d'autres nations qui se nourrissent de la chair des étrangers; mais on ne connaît que les Anzikos qui se mangent les uns les autres, sans excepter leurs propres parens.
Matamba est habité par les Diaggas. Il a du côté de l'est et du sud, les pays de Diaggas et de Kassandj: cette région s'étend du nord-est au sud-ouest, le long de Matamba et de Benguéla, l'espace d'environ neuf cents milles.