Les éléphans ont à la queue une sorte de poil ou de soie de l'épaisseur d'un jonc et d'un noir fort brillant. La force et la beauté de ce poil augmentent avec l'âge de l'animal. Un seul se vend quelquefois deux ou trois esclaves, parce que les seigneurs et les femmes sont passionnés pour cet ornements. Tous les efforts d'un homme avec les deux mains ne peuvent le briser. Quantité de Nègres se hasardent à couper la queue de l'éléphant, dans la seule vue de se procurer ces poils. Ils le surprennent quelquefois tandis qu'il monte par quelque passage étroit dans lequel il ne peut se tourner ni se venger avec sa trompe. D'autres, beaucoup plus hardis, prennent le temps où ils le voient paître, lui coupent la queue d'un seul coup, et se garantissent de sa fureur par des mouvemens circulaires que la pesanteur de l'animal et la difficulté qu'il trouve à se tourner ne lui permettent pas de faire avec la même vitesse; cependant, comme on l'a déjà dit, il court plus vite en droite ligne que le cheval le plus léger, parce que ses pas sont beaucoup plus grands.
L'éléphant est d'un naturel fort doux et peu inquiet pour sa sûreté, parce qu'il se repose sur sa force. S'il ne craint rien, il ne cherche pas non plus à nuire. Ils s'approche des maisons sans y causer aucun désordre; il ne fait aucune attention aux hommes qu'il rencontre. Quelquefois il enlève un Nègre avec sa trompe et le tient suspendu pendant quelques momens; mais c'est pour le remettre tranquillement à terre. Il aime les rivières et les lacs, surtout vers le temps de midi, pour se désaltérer ou se rafraîchir: il se met dans l'eau jusqu'au ventre, et se lave le reste du corps avec l'eau qu'il prend dans sa trompe. Lopez est persuadé que c'est la multitude des étangs et des pâturages qui attire un si grand nombre d'éléphans dans le royaume de Congo. Il se souvient, dit-il, d'en avoir vu plus de cent dans une seule troupe, entre Cazanze et Loanda; car ils aiment à marcher en compagnie, et les jeunes surtout vont toujours à la suite des vieux.
Avant l'arrivée des Portugais, les Nègres de Congo ne faisaient aucun cas des dents d'éléphans. Ils en conservaient un grand nombre depuis plusieurs siècles, mais sans les mettre au rang de leurs marchandises de commerce. De là vient que les vaisseaux de l'Europe en apportèrent une si prodigieuse quantité de Congo et d'Angole jusqu'au milieu du dernier siècle. Mais ils épuisèrent enfin le pays, et les habitans sont obligés aujourd'hui d'avoir recours aux autres contrées pour en fournir au commerce de l'Europe.
Les peuples de Bamba n'ont jamais eu l'art d'apprivoiser les éléphans; mais ils entendent fort bien la manière de les prendre en vie. Leur méthode est d'ouvrir, dans les lieux que ces animaux fréquentent, de larges fossés qui vont en se rétrécissant vers le fond; ils les couvrent de branches d'arbres et de gazon qui cachent le piége. Lopez vit sur les bords de la Koanza un jeune éléphant qui était tombé dans une de ces tranchées. Les vieux, après avoir employé inutilement toute leur force et leur adresse pour le tirer du précipice, remplirent la fosse de terre, comme s'ils eussent mieux aimé le tuer et l'ensevelir que de l'abandonner aux chasseurs. Ils exécutèrent cette opération à la vue d'un grand nombre de Nègres, qui s'efforcèrent en vain de les chasser par le bruit, par la vue de leurs armes, et par des feux qu'ils leur jetaient pour les effrayer.
Dapper observe que l'éléphant, après avoir été blessé, emploie toutes sortes de moyens pour tuer son ennemi; mais que, s'il obtient cette vengeance, il ne fait aucune insulte à son corps: au contraire, son premier soin est de creuser la terre de ses dents pour lui faire un tombeau, dans lequel il l'étend avec beaucoup d'adresse, ensuite il le couvre de terre et de feuillage.
On trouve dans le royaume de Congo quantité de ces grands singes qu'on nomme orangs-outangs aux Indes orientales, et qui tiennent comme le milieu entre l'espèce humaine et les babouins. Nous en avons déjà parlé sous le nom de barris. Au Congo, l'on nomme les plus grands pongo, et les autres jockos: leur retraite est dans les bois. Ils dorment sur les arbres, et s'y font une espèce de toit qui les met à couvert de la pluie. Leurs alimens sont des fruits ou des noix sauvages; jamais ils ne mangent de chair. L'usage des Nègres qui traversent les forêts est d'y allumer des feux pendant la nuit. Ils remarquent que le matin, à leur départ, les pongos prennent leur place autour du feu, et ne se retirent point qu'il ne soit éteint; car, avec beaucoup d'adresse, ils n'ont point assez de sens pour l'entretenir en y apportant du bois.
Ils marchent quelquefois en troupes, et tuent les Nègres qui traversent les forêts. Ils fondent même sur les éléphans qui viennent paître dans les lieux qu'ils habitent, et les incommodent si fort à coups de poings ou de bâtons, qu'ils les forcent à prendre la fuite en poussant des cris. On ne prend jamais de pongos adultes, parce qu'ils sont si robustes, que dix hommes ne suffiraient pas pour les arrêter. Mais les Nègres en prennent quantité de jeunes, après avoir tué la mère, au corps de laquelle ils s'attachent fortement. Lorsqu'un de ces animaux meurt, les autres couvrent son corps d'un amas de branches et de feuillages. Purchass ajoute, en forme de note, que, dans les conversations qu'il avait eues avec Battel, il avait appris de lui-même qu'un pongo lui enleva un petit Nègre, qui passa un mois entier dans la société de ces animaux; car ils ne font, dit-il, aucun mal aux hommes qu'ils surprennent. Mais comment accorder cette observation de Purchass avec ce qu'on vient de dire d'après d'autres voyageurs, que les pongos attaquent les Nègres dans les forêts? Ne faut-il pas en conclure que ces circonstances varient selon les lieux que les observateurs ont visités? Au reste, il y a beaucoup d'apparence que le pongo est le satyre des anciens.
On trouve dans ces contrées les énormes serpens dont on a vu plus haut la description. Les Nègres les appellent, dans leur langue, le grand serpent d'eau, ou la grande hydre. Cette redoutable espèce de serpent, dit Lopez, change de peau dans la saison ordinaire, et quelquefois après s'être monstrueusement rassasiée. Ceux qui la trouvent ne manquent pas de la montrer en spectacle. Lorsqu'il arrive aux Nègres de mettre le feu à quelque bois épais, ils y trouvent quantité de ces serpens tout rôtis, dont ils font un admirable festin. Ce serpent paraît être le même qui porte, suivant Dapper, le nom d'embamba dans le royaume d'Angole et celui de minia, dans le pays de Quodjas.
Le serpent le plus remarquable que Mérolla ait vu, se nomme capra. La nature a mis son poison dans son écume, qu'il crache ou qu'il lance de fort loin dans les yeux d'un passant. Elle cause des douleurs si vives, que, s'il ne se trouve pas bientôt quelque femme pour les apaiser avec son lait, l'aveuglement est inévitable. Ces serpens entrent dans les maisons, et montent aux arbres la nuit comme le jour.
Lopez décrit une autre espèce de serpent qui a, vers l'extrémité de sa queue, une petite tumeur de laquelle il sort un bruit éclatant comme celui d'une sonnette; il ne peut se remuer sans se faire entendre, comme si la nature avait pris soin d'avertir les passans du danger.