On doit être accoutumé, par les relations précédentes, à lire sans étonnement que l'Afrique produit des arbres d'une hauteur et d'une grosseur si démesurées, qu'un seul fournit à la construction d'un grand nombre de maisons et de pirogues. Celui qui tient le premier rang est le figuier des Indes ou ensaka. Il s'en trouve plusieurs dans l'île de Loanda. Il a déjà été question de cet arbre. Il paraît en effet que, depuis le Sénégal jusqu'au Congo, le règne végétal présente une uniformité extraordinaire.

Toutes les parties du royaume de Congo produisent beaucoup d'arbres fruitiers. Dans la province de Pemba, le plus grand nombre des habitans se nourrit de fruits. Les citrons, les limons, les bananes, et surtout les oranges, y sont en abondance. Elles rendent beaucoup de jus, sans être aigres ni douces, et leur usage n'est jamais nuisible. Pour faire juger de la fertilité du pays, Lopez rapporte que pendant l'espace de quatre jours il vit croître assez haut un petit citronnier d'un pépin qu'il avait planté.

Le plus surprenant de tous les arbres de Congo est le mignamigna, qui produit du poison d'un côté, et l'antidote de l'autre. Si l'on est empoisonné par le bois ou par le fruit, les feuilles servent de contre-poison. Au contraire, si l'on a pris du poison par les feuilles, il faut avoir recours au bois ou au fruit: c'est encore une de ces fables si fréquentes chez les anciens voyageurs. On en va lire de plus absurdes.

Mérolla, après avoir observé que ces régions offrent une variété surprenante de toutes sortes d'oiseaux, fait une remarque singulière sur les moineaux. Ils sont de la même forme que ceux de l'Europe, aussi-bien que les tourterelles; mais, dans la saison des pluies, leur plumage devient rouge, et reprend ensuite sa première couleur. On voit arriver la même chose aux autres oiseaux.

Les oiseaux que les Nègres appellent dans leur langue oiseaux de musique sont un peu plus gros que les serins de Canarie. Quelques-uns sont tout-à-fait rouges, d'autres verts, avec les pieds et le bec noirs; d'autres sont blancs; d'autres gris ou noirs. Les derniers surtout ont le ramage charmant; on croirait qu'ils parlent dans leur chant. Les seigneurs du pays les tiennent renfermés dans des cages.

Mais de tous les habitans ailés de ce climat il n'y en a point dont Mérolla parle avec tant d'admiration que d'un petit oiseau décrit par Cavazzi. Sa forme est peu différente de celle du moineau; mais sa couleur est d'un bleu si foncé, qu'à la première vue il paraît tout-à-fait noir; son ramage commence à la pointe du jour, et fait entendre fort distinctement le nom de Jésus-Christ. «N'est-il pas surprenant, dit Mérolla, que cette exhortation naturelle n'ait pas la force d'amollir le cœur des habitans pour leur faire abandonner l'idolâtrie?»

Le père Caprani parle d'un oiseau merveilleux dont le chant consiste dans ces deux mots, va dritto, c'est-à-dire va droit. Un autre, dans les mêmes contrées, mais surtout dans le royaume de Matamba, chante continuellement vuiéki, vuiéki, qui signifie miel en langue du pays. Il voltige d'un arbre à l'autre pour découvrir ceux où les abeilles ont fait leur miel, et s'y arrête jusqu'à ce que les passans l'aient enlevé; ensuite il fait sa nourriture de ce qui reste. Mais, par un autre jeu de la nature, le même chant attire les lions, ou du moins, en suivant l'oiseau, le passant tombe quelquefois dans les griffes d'un lion, et trouve, dit Mérolla, la mort au lieu de miel. Dapper parle d'un autre oiseau qui se trouve dans le royaume de Loango. Les Nègres sont persuadés que son chant annonce l'approche de quelque bête féroce.

Il y a peu d'animaux dans le royaume de Congo qui ne lui soient communs avec le royaume d'Angola. Tels sont les éléphans, les rhinocéros, les panthères, les léopards, les lions, les buffles, les loups, les chacals, les hyènes, les grands chats sauvages, les civettes, les sangliers et les caméléons.

Il se trouve des éléphans dans toutes les parties du royaume de Congo. Les habitans du pays prétendent que cet animal vit cent cinquante ans, et ne cesse pas de croître jusqu'au milieu de cet âge. Lopez prit plaisir à en peser plusieurs dents, dont chacune était d'environ deux cents livres.

La peau des éléphans de Congo est d'une dureté incroyable; elle a quatre pouces d'épaisseur.