Les vignes qui ont été apportées au Cap sont venues de Perse, de Madère, du midi de la France et des bords du Rhin. Il se passa quelque temps avant qu'on pût en élever assez pour former des vignobles; mais ils y sont maintenant en si grand nombre, que chaque cabane a le sien. Les vignes souffrent beaucoup des sauterelles et des vers; cependant elles rendent plus dès la troisième année que celles d'Europe à la cinquième. La vendange commence au mois de février, et continue pendant tout le cours de mars. Le vin du Cap est agréable et fort: avec le temps il devient moelleux. Celui que l'on récolte à Constance, vignoble situé au sud de la ville du Cap, est un des plus délicieux que l'on connaisse.
Les jardins du Cap produisent la plupart des plantes et des fruits de l'Europe; les légumes y surpassent les nôtres par la grosseur et le goût. Un chou y pèse entre trente et quarante livres; une patate entre six et dix livres: les melons y sont excellens; tous les arbres fruitiers y prospèrent universellement par la méthode ordinaire de les semer ou de les planter. Le beau jardin de la compagnie, près de la ville du Cap, offre des oranges, des limons, des citrons, des amandes, des figues, des grenades, avec un nombre infini d'autres fruits apportés de l'Asie ou de l'Amérique, qui sont beaucoup meilleurs que dans leur pays originaire. Les figues sont délicieuses au Cap, de même que les bananes, qui viennent de l'île de Java. La beauté des fruits, jointe à la profusion des fleurs naturelles qui ornent les jardins, forme des perspectives admirables: l'aloès, qu'il est si rare de voir en Europe dans toute sa beauté, porte ses fleurs en plein champ sans le secours de l'art.
Le dacka est une autre plante fort estimée des Hottentots, qui s'en servent au lieu de tabac, lorsqu'ils ne peuvent se procurer celui-ci, ou qui les mêlent ensemble, lorsque leur provision de tabac est près de s'épuiser: c'est une espèce de chanvre sauvage que les Européens sèment, mais principalement pour l'usage des Hottentots. Le dacka, mêlé avec le tabac, s'appelle buspetz. La spirée est encore une plante dont les Hottentots font beaucoup de cas. Vers la fin de l'hiver, lorsque les feuilles commencent à se flétrir, ils en amassent de grosses provisions, qu'ils font sécher pour les mettre en poudre. Sa couleur est un jaune luisant; elle leur sert à poudrer leur chevelure: ils l'appellent boukkou, et la regardent comme une partie considérable de leur parure.
L'arbre qui produit la cannelle est venu de Ceylan au Cap, et répond fort bien aux espérances de ceux qui l'ont apporté.
À l'égard de bêtes sauvages, peut-être n'y a-t-il point de pays au monde où l'on en trouve un si grand nombre. Les éléphans y tiennent le premier rang; ils y sont beaucoup plus gros que dans aucune autre contrée; mais la femelle est moins grosse que le mâle: un seul exemple fera juger de la force de ces animaux. Les Hollandais, pour en faire l'essai, attelèrent un éléphant à la proue d'un vaisseau considérable; il le tira le long du rivage. Les Hottentots font usage de la fiente de ces animaux, lorsqu'ils manquent de tabac, et Kolbe assure qu'elle a presque le même goût.
Le rhinocéros a deux cornes placées l'une devant l'autre sur son museau. Sa peau n'offre pas de plis comme celle du rhinocéros d'Afrique. Quoiqu'elle soit fort dure, elle n'est pas à l'épreuve des zagaies. Il a l'odorat extrêmement subtil: avec le vent, il sent de fort loin toutes sortes d'animaux, et marche vers eux en ligne droite, en renversant tout sur son passage. S'il n'est point irrité par quelque offense, il n'attaque jamais les hommes, à moins qu'ils ne soient malheureusement en habit rouge, car alors il s'élance avec fureur sur eux; et s'il en saisit un, il le jette par-dessus sa tête avec tant de violence, que la chute est mortelle. Ses yeux sont fort petits pour sa taille, et ne lui servent à voir que devant lui; aussi la méthode la plus sûre pour l'éviter, lorsqu'on est à neuf ou à dix pas de lui, c'est de sauter un peu de côté. Quoique sa course soit fort légère, il est si lent à se tourner, qu'il lui en coûte beaucoup pour se mettre en état de voir son ennemi. Il mange peu d'herbe: il préfère les branches, les arbrisseaux, les chardons même, et surtout une sorte d'arbuste qui ressemble au genièvre. Il est mortel ennemi de l'éléphant; quand il combat contre lui, il tâche de l'éventrer avec ses cornes. Kolbe mangea souvent avec plaisir de la chair de rhinocéros.
Les chiens sauvages sont communs au Cap. Ils s'assemblent en troupes nombreuses, et ne quittent un canton qu'après l'avoir nettoyé de bêtes féroces et d'autres animaux: ils portent leur petits dans un lieu qui leur sert de rendez-vous: les Européens et les Hottentots les suivent, et prennent ce qui leur convient dans le tas, sans que ces animaux carnassiers en grondent. Les Hottentots mangent ce qu'ils ont pris, et les Européens le salent pour leurs esclaves.
On voit souvent des lions dans le pays du Cap. Le lion donne toujours à sa proie un coup mortel, accompagné d'un horrible rugissement, avant d'employer ses dents à la déchirer. Une sentinelle fut enlevée par un lion. Dans une autre année (1707), un lion tua un fort gros bœuf, et l'emporta par-dessus une haute muraille.
On sait assez que, lorsqu'un lion secoue sa crinière, et qu'il se bat les flancs de sa queue, c'est une marque certaine qu'il est en colère ou pressé de la faim. Dans cet état, sa rencontre annonce la mort; mais elle est sans danger dans toute autre occasion. Un cheval qui aperçoit un lion s'enfuit de toute sa force, et jette, s'il le peut, son cavalier par terre, pour rendre sa course plus aisée. Le plus sûr pour un homme est de mettre pied à terre, parce que le lion ne s'attachera qu'à poursuivre le cheval.
Deux Européens étant un jour à se promener dans un champ voisin du Cap, virent sortir de quelques broussailles un lion qui s'élança sur eux, mais qui manqua son coup par l'agilité de celui qu'il attaqua. Ce brave Hollandais le saisit par la crinière, et, lui enfonçant le poing dans le gosier, lui prit la langue, qu'il eut la force de tenir, malgré toutes ses secousses, tandis que son compagnon, qui était armé d'un fusil, tua le monstre d'un seul coup.