Cortès revint au bord du lac avec des forces redoutables. A mille Castillans[54] sa fortune avait joint plus de cent mille auxiliaires: telle était l'ardeur de nos peuples à voler au-devant du joug.

[54] Il avait reçu d'Espagne de nouveaux secours.

L'épouvante se répandit dans toutes les villes voisines. Les unes se rangèrent du côté de Cortès, et prirent les armes pour lui; d'autres se trouvèrent désertes; et leurs habitants éperdus, ou se sauvèrent dans nos murs, ou s'enfuirent vers les montagnes.

Dans peu, sur le lac du Mexique, nous vîmes lancer une flotte[55] semblable à celle qui sur nos bords avait apporté ces brigands. La multitude de nos canots eut beau l'environner et l'assaillir de toute part; brisés, engloutis par le choc de ces barques énormes, ils faisaient périr avec eux les Mexicains dont ils étaient chargés.

[55] Composée de treize brigantins.

Le génie et l'activité de notre jeune roi firent des efforts inouis pour suppléer à l'avantage que les barques des ennemis avaient sur nos frêles canots. Son ardeur, son intelligence, se signalèrent encore plus à la défense de nos digues. Dans les travaux, dans les dangers, par-tout et sans cesse présent, il était l'ame de son peuple. Le feu de son courage enflammait tous les cœurs. Les obstacles qu'il opposa aux approches des Castillans, lassèrent enfin leur constance. Effrayés des périls et des fatigues d'un long siége, ils nous proposèrent la paix. Tout le peuple la demandait; le roi y consentait lui-même; la famine qui nous pressait, y disposait tous les esprits; les prêtres, au nom de leurs dieux, furent les seuls qui s'y opposèrent. Ils avaient abattu l'ame de Montezume; ils flattèrent imprudemment l'audace de Guatimozin. Une ombre de péril les avait d'abord consternés, une apparence de succès les rendit aussi arrogants qu'il avaient été lâches.

Sur la foi d'un oracle, nous refusâmes la paix. Crédulité fatale! un dieu plus fort que tous nos dieux démentit leur vaine promesse. Il fit descendre des montagnes les peuples les plus indomptés[56]; il changea leur féroce orgueil en un zèle ardent et docile; et Cortès n'eut pas plutôt vu grossir son camp de leurs fiers bataillons, qu'il résolut de nous livrer l'assaut[57].

[56] Les Otomies.

[57] Cortès se vit à la tête de deux cent mille hommes: ce n'est donc pas avec cinq cents hommes, comme on l'a dit tant de fois, qu'il prit la ville de Mexico.

Le passage sur les trois digues fut ouvert, malgré les efforts d'un courage déterminé. L'ennemi ayant pénétré dans nos murs, s'y établit parmi des ruines. Il s'avança, précédé du carnage que faisaient devant lui ses foudroyantes armes; et, par trois routes opposées, parvint enfin jusqu'au centre de cette ville, où, depuis trois jours, régnaient l'épouvante et la mort… A ces mots, il s'interrompit par un frémissement de rage. «O souvenir affreux!» s'écria-t-il; et ses yeux semblaient indignés de voir encore la lumière.