«Son successeur[93] fut moins heureux: les peuples qu'il voulait gagner, le forcèrent de les combattre[94]. Le premier combat fut sanglant; mais le vainqueur, par ses vertus, se fit pardonner sa victoire. Sa valeur apprit à le craindre; sa clémence apprit à l'aimer.

[93] Maïta Capac, quatrième roi, conquit quatre-vingt-dix lieues d'étendue, dans le pays de Cunti Suyu.

[94] Ceux de Cayaviri, peuple du midi, qu'il assiégea sur leur montagne. Il combattit aussi les Collas au passage d'une rivière, les peuples des montagnes d'Atom-Puna, et ceux de Villili et Dallia au couchant.

«Le fils aîné de ce héros[95] fit des conquêtes encore plus vastes, sans coûter ni larmes ni sang aux peuples qu'il soumit à son obéissance. Son retour à Cusco fut le plus beau triomphe: il y fut porté par des rois.

[95] Capac Yupangué, cinquième roi. Ses conquêtes s'étendaient, au couchant, jusqu'à la mer; au midi, jusqu'à Tatira, au pays des Charcas; à l'orient, jusqu'au pied de la montagne des Antis; au nord, jusqu'à Racuna, dans la province de Chinca.

«Les Incas qui lui succédèrent[96], furent obligés quelquefois, pour dompter des peuples féroces, d'assiéger leur retraite, de les y repousser, et de leur laisser prendre conseil de la nécessité. Mais nos armes les attendaient, et ne les provoquaient jamais. On avait pour maxime de les abandonner, plutôt que de les détruire, s'ils s'obstinaient à vivre indépendants et malheureux. La paix allait au-devant d'eux, toujours indulgente et facile, et n'exigeant de ces rebelles que de consentir à goûter les biens qu'elle leur présentait[97]. Engager le monde à être heureux, fut le grand projet des Incas. Un culte pur, de sages lois, des lumières, des arts utiles, étaient les fruits de la victoire; et ils les laissaient aux vaincus. Telle a été, pendant onze règnes, leur ambition et leur gloire; tel a été le prix de leurs travaux.

[96] Roca, surnommé Pleure-sang, sixième roi.

Septième, Viracocha.

Huitième, Pachacutec.

Neuvième, Yupangué.