Nous croyions que toute la cérémonie fût terminée, quand nous vîmes paraître le lendemain matin Olaüs Graan, suivi de quelques autres prêtres, qui nous venait prier de nous trouver au lendemain.
Je vous assure, monsieur, que cela me surprit : je n’avais jamais entendu parler de lendemain qu’aux noces, et je ne croyais pas qu’il en fût de même aux enterrements. Il fallut se résoudre à y aller une seconde fois, et nous eûmes une conférence avec Olaüs Graan, pendant le bon intervalle qu’il souffrit entre l’ivresse passée et la future.
Cet Olaüs Graan, gendre du défunt, est prêtre de la province de Pitha, homme savant, ou se disant tel, géographe, chimiste, chirurgien, mathématicien, et se piquant surtout de savoir la langue française, qu’il parlait comme vous pouvez juger par ce compliment qu’il nous fit : La grande ciel (nous répéta-t-il plusieurs fois) conserve vous et votre applicabilité tout le temps que vous verrez vos gris cheveux. Il nous montra deux médailles, l’une de la reine Christine, et l’autre était un sicle des Juifs, qui représente d’un côté la verge de Moïse, et de l’autre une coupe d’où sort une manière d’encens. Entre toutes les autres qualités, il prétendait avoir celle de posséder en perfection la pharmacie, et pour nous le prouver, il tira de plusieurs poches quantité de boîtes de toutes grandeurs, de confortatifs, et assez pour lever une boutique d’apothicaire. Il me donna un morceau de testicule de castor, et m’assura qu’il tirait une huile admirable de la queue de cet animal, qui servait à toutes sortes de maladies.
Quand notre conversation fut finie, on nous reconduisit où nous avions été le jour précédent, où chacun, pour faire honneur au défunt, but épouvantablement ; et ceux qui purent s’en retournèrent chez eux.
Nous demeurâmes à Torno, à notre retour de Laponie, pendant huit jours.
Le mercredi et le jeudi se passèrent à l’enterrement.
Le vendredi, samedi et dimanche, ne furent remarquables que par les visites continuelles que nous reçûmes, où il fallait faire boire tout le monde.
Le lundi, le bourgmestre nous donna à dîner ; et le mardi, à la pointe du jour, le vent s’étant mis à l’ouest, nous fîmes voile. Le vent demeura assez bon tout le reste du jour. La nuit, il fut moins violent ; mais le lendemain mercredi nous eûmes un calme.
Le jeudi ne fut pas plus heureux, et nous demeurâmes immobiles comme des tours.
Nous jetâmes plusieurs fois la sonde pour donner fond ; mais n’en trouvant aucun, il fallut faire notre route dans des appréhensions continuelles d’aller échouer en terre.