Édouard III charge deux chevaliers, Renaud de Cobham et Richard de Stafford, d’aller sur le champ de bataille faire le recensement des morts. Ces deux seigneurs se font accompagner de deux hérauts qui reconnaissent les armes et de deux clercs[232] qui écrivent les noms; une journée tout entière est employée à ce travail. On trouve gisants sur le champ de bataille, du côté des Français, onze princes dont un prélat[233], quatre-vingt chevaliers bannerets, douze cents chevaliers d’un écu ou de deux et quinze ou seize mille[234], tant écuyers que bourgeois, bidauds et Génois; du côté des Anglais, trois chevaliers seulement et vingt archers. Le duc de Lorraine, les comtes d’Alençon, de Blois, de Flandre, de Salm, de Harcourt, d’Auxerre, de Sancerre, d’Aumale[235] et le grand prieur de France sont retrouvés parmi les morts. Le roi d’Angleterre passe toute cette journée du dimanche sur le champ de bataille. Le lundi au matin, des hérauts viennent demander de la part du roi de France et obtiennent du roi anglais une trêve de trois jours pour enterrer les morts. Ces hérauts se nomment Valois, Alençon, Harcourt, Dampierre et Beaujeu. Édouard III fait déposer les restes des princes, et notamment ceux du roi de Bohême[236] son cousin germain, et ceux du comte de Harcourt, frère de Godefroi, [au prieuré] de Maintenay[237] situé à quelque distance de Crécy. Ce même dimanche, le comte de Savoie et son frère viennent rejoindre le roi de France à la tête de mille lances; ils auraient pu prendre part à la bataille si l’on avait suivi le sage conseil du Moine de Bazeilles; ils sont au désespoir d’être arrivés trop tard. Toutefois, pour ne pas perdre leur voyage, et se rendre utiles au roi de France qui leur a payé leurs gages, ils passent au-dessus de l’armée victorieuse et vont se jeter dans Montreuil pour y tenir garnison contre les Anglais. P. [190] et [191], [431] et [432].
Le lundi au matin, le roi d’Angleterre chevauche vers Montreuil-sur-Mer et envoie ses maréchaux courir dans la direction de Hesdin[238]. Les Anglais brûlent Waben[239], mais tous leurs efforts échouent devant le château de Beaurain[240]; ils sont aussi repoussés devant Montreuil-sur-Mer, dont ils ne peuvent qu’incendier les faubourgs. Édouard III couche le lundi soir sur le bord de la rivière de Hesdin (la Canche) du côté de Blangy[241]. Le lendemain, il se dirige vers Boulogne, met le feu sur sa route à Saint-Josse[242], à Étaples[243] le Delue, à Neufchâtel[244] et passant entre la forêt de Hardelot[245] et les bois de Boulogne, arrive au gros bourg de Wissant[246] où il fait reposer ses gens tout un jour; il reprend sa marche le jeudi et vient mettre le siége devant la forte ville de Calais. P. [191] et [432].
Le roi de France, logé à l’abbaye du Gard[247] près d’Amiens, apprend le dimanche au soir la mort du comte d’Alençon son frère, du comte de Blois son neveu, du roi de Bohême son beau-frère et de tant d’autres princes et seigneurs; dans sa colère, il veut faire pendre Godemar du Fay, qu’il rend responsable du désastre de Crécy, pour avoir laissé passer les Anglais à Blanquetaque, mais Jean de Hainaut prend la défense de Godemar et parvient à le sauver. Philippe, après avoir fait rendre à ses proches les derniers devoirs, quitte Amiens et retourne à Paris. P. [192] et [193].
CHRONIQUES
DE J. FROISSART.
LIVRE PREMIER.
[1] § 181. Vous avés bien entendu en l’ystore chà
par devant comment li rois d’Engleterre avoit grans
guerres en pluiseurs marces et pays et par tout ses