CHAPITRE LV.

1345 ET 1346. BRUITS CALOMNIEUX CONTRE ÉDOUARD III.—SECONDE[74] CAMPAGNE DU COMTE DE DERBY EN GUIENNE[75] (§§ [223] à [235]).

«Vous[76] avez entendu parler ci-dessus de l’amour d’Edouard III pour la comtesse de Salisbury. Toutefois, les Chroniques de Jean le Bel parlent de cet amour plus avant et moins convenablement que je ne dois faire, car, s’il plaît à Dieu, il ne saurait entrer dans ma pensée d’inculper le roi d’Angleterre et la comtesse de Salisbury d’aucun vilain reproche. Si les honnêtes gens se demandent pourquoi je parle ici de cet amour, qu’ils sachent que messire Jean le Bel raconte dans ses Chroniques que le roi anglais viola la comtesse de Salisbury. Or, je déclare que je connais beaucoup l’Angleterre, où j’ai longtemps séjourné, à la Cour principalement, et chez les grands seigneurs de ce pays; et pourtant je n’ai jamais entendu parler de ce viol, quoique j’aie interrogé là-dessus des personnes qui l’auraient bien su, si jamais il en avait rien été. D’ailleurs, je ne pourrais croire et il n’est pas croyable qu’un si haut et vaillant homme que le roi d’Angleterre est et a été, se soit laissé aller à déshonorer une des plus nobles dames de son royaume et un de ses chevaliers qui l’a servi si loyalement et toute sa vie: aussi d’ores en avant je me tairai de cet amour et reviendrai au comte de Derby et aux seigneurs d’Angleterre qui se tenaient à Bordeaux.»

Vers la mi-mai[77] 1345, le comte de Derby quitte Bordeaux où il vient de passer ses quartiers d’hiver[78], et, après avoir fait à Bergerac sa jonction avec le comte de Pembroke, il marche contre la Réole. Derby reçoit sur sa route la soumission des habitants de Sainte-Bazeille[79]; il s’empare de la Roche Meilhan[80], et, après avoir mis pendant quinze jours le siége devant Monségur[81], reçoit à composition le capitaine de cette forteresse, se fait rendre Aiguillon[82], emporte d’assaut Castelsagrat[83], après quoi il met le siége devant la Réole. P. [73] à [80], [293] à [300].

La garnison qui défend pour le roi de France la ville et le château de la Réole a pour capitaine un chevalier provençal nommé Agout des Baux. Après quelques assauts, les habitants de la ville font leur soumission[84] à Derby au nom du roi d’Angleterre, malgré tous les efforts d’Agout des Baux, qui se retire alors dans le château avec ses compagnons. Les assiégeants font miner ce château.—Sur ces entrefaites, Gautier de Mauny est informé que son père est enterré à la Réole. Le Borgne de Mauny, père de Gautier, dans un tournoi qui s’était tenu à Cambrai, avait tué par mégarde un neveu de l’évêque[85] de cette ville, jeune chevalier de la famille de Mirepoix[86]; et un jour que le Borgne de Mauny, au retour d’un pélerinage à Saint-Jacques en Galice, était venu voir le comte de Valois qui assiégeait alors la Réole[87], il avait trouvé la mort dans une embuscade et par une vengeance des parents du jeune chevalier tué à Cambrai.—Agout des Baux rend le château de la Réole au comte de Derby, moyennant que lui et ses compagnons, originaires de Provence, de Savoie et du Dauphiné, pourront aller où bon leur semblera et conserveront leurs armes[88]. P. [80] à [91], [300] à [309].

Prise de Monpezat[89], de Castelmoron[90] et de Villefranche[91] en Agenais par Derby,—de Miramont[92], de Tonneins[93] et de Damazan[94] par les gens d’armes de Derby. P. [91] à [94], [309] à [312].

Le comte de Derby met le siége devant Angoulême[95] dont les habitants prennent l’engagement de se rendre, s’ils ne sont pas secourus dans un mois.—Tentatives infructueuses des Anglais contre Blaye[96], Mortagne[97] en Poitou, Mirabel[98] et Aulnay[99]. Reddition d’Angoulême et rentrée de Derby à Bordeaux. P. [94] à [96], [312] à [313].

CHAPITRE LVI.

1344. BANNISSEMENT DE GODEFROI DE HARCOURT.—1345. MORT DE JACQUES D’ARTEVELD ET DU COMTE DE HAINAUT.—1346. JEAN DE HAINAUT EMBRASSE LE PARTI DE PHILIPPE DE VALOIS[100] (§§ [236] à [240]).

Godefroi de Harcourt, frère du comte de Harcourt et sire de Saint-Sauveur-le-Vicomte en Normandie, s’attire la haine de Philippe de Valois qui le bannit du royaume[101]. Godefroi de Harcourt se réfugie d’abord en Brabant[102] auprès du duc Jean son cousin; plus tard il passe en Angleterre[103] où il fait hommage à Édouard III qui l’accueille favorablement et lui assigne une pension. P. [96] et [97], [313] et [315].