Le roi d’Angleterre jure de venger la mort de Robert d’Artois. De grands préparatifs sont faits dans les ports de Plymouth, de Wesmouth, de Darmouth et de Southampton. Édouard III prend bientôt la mer[15] avec deux mille hommes d’armes et six mille archers, et, après avoir côtoyé la Normandie, les îles de Guernesey et de Brehat, débarque en Bretagne, à quelque distance d’Hennebont où se tient la comtesse de Montfort; puis il va mettre le siége devant Vannes, que garde pour Charles de Blois une garnison de deux cents chevaliers et écuyers sous les ordres[16] d’Olivier de Clisson, de Hervé de Léon, de Geffroi de Malestroit, du vicomte de Rohan et du sire de la Roche Tesson. Après un assaut infructueux, le roi d’Angleterre laisse une partie de ses gens devant Vannes, puis il va rejoindre avec le gros de ses forces les chevaliers anglais qui assiégent Rennes. Là, il apprend que Charles de Blois, sa femme et ses enfants se sont refugiés à Nantes, c’est pourquoi il se dirige aussitôt de ce côté; arrivé sous les murs de cette ville, il y offre la bataille à Charles de Blois, qui la refuse. Force lui est de se borner à investir Nantes[17], et encore d’un côté seulement, car les Français ont réussi à garder leurs communications du côté de la ville qui regarde le Poitou, par où ils s’approvisionnent. De ce côté aussi, les assiégés reçoivent des renforts amenés par Louis d’Espagne, Charles Grimaldi et Ayton Doria, qui, avec leurs Espagnols, Génois, Bretons et Normands, écumeurs de mer, ont passé la saison à détrousser les marchands, aussi bien ceux du parti français que ceux du parti anglais. Édouard III laisse devant Nantes la moitié de ses forces, et avec l’autre moitié il va assiéger Dinan; ainsi, en une saison et à la fois, en personne ou par ses gens, il met le siége devant trois cités (Vannes, Rennes, Nantes) et une bonne ville (Dinan). A un terrible assaut qui se livre sous les murs de Vannes, Olivier de Clisson et Hervé de Léon[18] sont faits prisonniers du côté des Français, le baron de Stafford du côté des Anglais. Le roi d’Angleterre s’empare de Dinan et revient renforcer ceux de ses gens qui assiégent Vannes. Sur ces entrefaites, Louis d’Espagne, Charles Grimaldi et Ayton Doria surprennent la flotte anglaise, qui était à l’ancre dans un petit port près de Vannes et la maltraitent. Pour éviter le retour d’une surprise du même genre, Édouard III met ses navires à couvert, partie dans le havre de Brest, partie dans celui d’Hennebont. P. [20] à [29], [224] à [239].

Par l’ordre du roi de France son père, Jean, duc de Normandie, se met à la tête d’une armée de dix mille hommes d’armes et de trente mille gens de pied qui s’est rassemblée à Angers[19] et marche au secours de son cousin Charles de Blois. A l’approche des Français, les Anglais qui assiégeaient Nantes lèvent le siége de cette ville et vont rejoindre devant Vannes le roi d’Angleterre.—Pendant le séjour du duc de Normandie à Nantes, les Anglais livrent un assaut à la ville de Rennes, qui dure un jour entier; ils y perdent beaucoup de gens par suite de la vigoureuse résistance des assiégés qui ont à leur tête leur évêque, le baron d’Ancenis, le sire du Pont, Jean de Malestroit, Yvain Charruel et Bertrand du Guesclin, alors jeune écuyer.—Le duc de Normandie quitte Nantes pour marcher avec son armée au secours de Vannes assiégée par les Anglais: il établit son camp en face des assiégeants; ce que voyant, Édouard III, qui a besoin de toutes ses forces pour résister à un ennemi quatre fois supérieur en nombre, fait lever le siége de Rennes[20]. Les cardinaux de Palestrina et de Clermont[21] sont chargés par le pape Clément VI[22] de s’entremettre de la paix entre les deux partis, que la disette de vivres et la rigueur de la saison obligent à accepter cette médiation[23]. Une trêve est conclue entre les deux rois de France et d’Angleterre, qui doit durer jusqu’à la Saint Michel prochaine, et de là en trois ans[24]. Le duc de Normandie retourne en France, et Édouard III en Angleterre. P. [29] à [35], [239] à [247].

CHAPITRE LIII.

1343. EXÉCUTION D’OLIVIER DE CLISSON SUIVIE DE CELLE D’UN CERTAIN NOMBRE DE CHEVALIERS BRETONS.—1344. EXÉCUTION DES SEIGNEURS NORMANDS COMPLICES DE GODEFROI DE HARCOURT.—ÉDOUARD III FAIT DÉFIER LE ROI DE FRANCE[25] (§§ [202] à [204]).

Olivier de Clisson, accusé de haute trahison, subit à Paris le dernier supplice[26]; environ dix chevaliers ou écuyers de Bretagne sont mis à mort quelque temps après l’exécution d’Olivier de Clisson, comme complices de ce dernier[27]. Enfin, plusieurs seigneurs de Normandie, accusés eux aussi de haute[28] trahison, Guillaume Bacon[29], le sire de la Roche Tesson[30], Richard de Percy[31], ont plus tard le même sort que les chevaliers bretons. P. [29] à [36], [239] à [250].

Édouard III fait reconstruire le château de Windsor[32], où l’on bâtit une chapelle de saint Georges, et fonde l’Ordre de la Jarretière[33]. Irrité de l’exécution d’Olivier de Clisson et des autres chevaliers bretons et normands, il met en liberté Hervé de Léon son prisonnier et le charge d’aller de sa part défier le roi de France. P. [36] à [41], [250] à [257].

CHAPITRE LIV.

1345. PREMIÈRE CAMPAGNE DU COMTE DE DERBY EN GUIENNE[34]. (§§ [205] à [223]).

Édouard III rompt la trêve de Malestroit; il envoie le comte de Derby en Gascogne[35], Thomas d’Agworth[36] en Bretagne contre les Français, le comte de Salisbury en Irlande contre les Irlandais. Parti de Southampton avec des forces considérables, le comte de Derby débarque à Bayonne, puis se rend à Bordeaux dont les habitants l’accueillent avec enthousiasme. Pendant ce temps, le comte de l’Isle, qui se tient à Bergerac à la tête des forces françaises, se dispose à disputer aux Anglais le passage de la [Dordogne].—Derby, en quittant Bordeaux[37] pour marcher contre Bergerac, s’arrête un jour et une nuit à une petite forteresse qu’on appelle Montcuq[38]; et le lendemain de cette halte, ses coureurs s’avancent jusqu’aux barrières de Bergerac, qui n’est qu’à une lieue de Montcuq. Le matin de ce même jour, Gautier de Mauny, dînant à la table du comte de Derby, propose de livrer immédiatement l’assaut pour boire à souper des vins des seigneurs de France. A la suite d’un premier assaut, les Anglais emportent le premier pont ainsi que les barrières et se rendent maîtres des faubourgs de Bergerac. Un second assaut dirigé contre les remparts reste infructueux. Ce que voyant, Derby fait venir de Bordeaux un certain nombre de navires avec lesquels il attaque Bergerac par eau; il réussit à rompre sur une grande étendue les palissades qui défendent la ville de ce côté. Le comte de l’Isle, voyant que la place n’est plus tenable, fait déloger la garnison et se sauve en toute hâte à la Réole. Les habitants de Bergerac s’empressent de se rendre au comte de Derby et lui font féauté et hommage au nom du roi d’Angleterre[39].—Derby, après s’être rafraîchi deux jours à Bergerac, quitte cette ville pour aller attaquer Périgueux; chemin faisant, il soumet Langon[40] dont la garnison se retire sur Monsac[41], le Lac (les Lèches[42]), Maduran[43], Lamonzie[44], Pinac[45], Lalinde[46], Forsach (Laforce[47]), la Tour de Prudaire[48], Beaumont[49], Montagrier[50], Lisle[51], chef-lieu de la seigneurie du comte de ce nom, Bonneval[52]. Après des tentatives infructueuses contre Périgueux[53] et Pellegrue[54], Derby s’empare du château d’Auberoche[55] dont les habitants se rendent sans coup férir[56] ainsi que de la ville de Libourne[57] et rentre à Bordeaux. P. [41] à [62], [237] à [282].

Le comte de l’Isle, informé du retour de Derby à Bordeaux, met le siége devant Auberoche et fait venir de Toulouse quatre machines de guerre pour abattre les remparts du château. Les assiégés d’Auberoche chargent un de leurs valets de porter à Derby une dépêche qui l’informe de la détresse où ils se trouvent. Ce valet est arrêté par les assiégeants qui, après avoir pris connaissance de la dépêche dont il est porteur, le placent dans la fronde d’une de leurs machines de guerre et le lancent avec son message pendu au cou[58]. A la nouvelle du danger que court la garnison d’Auberoche, Derby quitte en toute hâte Bordeaux[59], rallie sur sa route les gens d’armes anglais, tant ceux qui se tiennent à Libourne sous Richard de Stafford que ceux qui occupent Bergerac sous le comte de Pembroke, et vient livrer bataille[60] aux Français à quelque distance d’Auberoche. Défaite des Français: les comtes de l’Isle[61], de Valentinois[62], de Périgord[63] et de Comminges[64], les vicomtes de Villemur[65] et de Caraman[66], les sénéchaux de Rouergue, du Querci[67] et de Toulouse[68], les seigneurs de la Barde et de Taride[69], les deux frères Philippe et Renaud de Dion sont faits prisonniers; Roger[70], oncle du comte de Périgord, le sire de Duras, Aymar de Poitiers[71], les vicomtes de Murendon[72], de Bruniquel, de Tallard et de Lautrec[73] sont tués.—Mécontentement du comte de Pembroke qui n’arrive à Auberoche qu’après la bataille.—Derby laisse à Auberoche une garnison sous les ordres d’un chevalier gascon nommé Alexandre de Caumont et retourne à Bordeaux. P. [62] à [73], [292] à [295].