Qant ce vint le jour de la Purification, Jehans de Nordvich s’arma et fist armer tous ses compagnons englois qui en la garnison estoient, et monter as chevaus, et puis fist ouvrir la porte. Il sallirent tout hors, et dist au departement à ceuls de Angouloime: «Faites dou mieuls que vous poés et savés, car je m’en vois sans retourner.» Qant chil de l’oost veirent venir les Englois ensi sus euls, si quidièrent de conmencement que il venissent là pour euls envaïr. Si criièrent alarme, et s’estournoi li hoos, et s’armèrent et vinrent contre ces Englois. Jehans de Nordvich ne fu de riens effraés, mais vint contre euls et dist tout quoi: «Signeur, nous avons trieuwes meshui tout le jour, et demain aussi, de l’acort et parole vostre signeur le duch de Normendie.» Li François auquns qui là estoient savoient bien que il estoit ensi; si se astinrent et les laissièrent passer pasieuvlement. Les nouvelles vinrent au duch, conment les Englois s’en aloient. Dist li dus: «Il ne pooient plus demorer. Et se il m’euissent requis: nous en volons aler salve nostres cors et le nostre, je lor euisse bien fait celle grace et legierement; car ce sont cas d’armes que on doit faire l’un à l’autre à ceuls qui tiennent garnisons sus les frontières.» Fos 106 et 107 vº.

P. [116], l. 17: Norvich.—Mss. A 8, 9: Marvich. Fº 118 vº.

§ 246. P. [118], l. 29: Quant ce vint.—Ms. d’Amiens: Quant chil de le chité d’Anghouloime se virent sans cappittainne et sans ayde fors de yaux meysmes, si n’eurent mies vollenté d’iaux tenir plus longement contre le duc; ainschois se rendirent assés tost apriès. Et y envoya li dus ses marescaux qui prissent le saisinne de le cité; et y ordonnèrent nouvellez gardez, et missent bons saudoiiers pour tenir et deffendre le chité contre lez Englès, s’il besongnoit. Puis se desloga li dus et se traist deviers le castiel de Damasen et y loga quinze jours par devant, ainschois qu’il le pewist avoir, et ne fu oncquez jours qu’il n’y ewist assault. Si fu concquis par force, et tout chil qui dedens estoient, Gascon et Englès, mors. Quant li François eurent pris Damassen, il le missent en milleur point que oncques mais n’avoit estet; et le donna li dus de Normendie à ung escuier de Biausse que on appelloit le Borgne de Milli, et y laissa avoec lui cent saudoiiers pour le garder. Apriès il s’en vinrent devant Thonis, qui siet sour le rivierre de Garonne. Si le trouvèrent bien pourveue de Gascons et d’Englès, qui le deffendirent vassaument ung grant tamps, et y avoit tous les jours assault. Tant y fu li dus que la ville se rendi, sauve leurs biens et leurs corps; et s’en partirent li Englèz et li Gascon, mais riens n’en portèrent ne n’en menèrent, fors tant seullement leurs chevaux. Li dus de Normendie et toutte sen host se tinrent en Thonis ou environ jusquez apriès le jour de Pasques, qu’il se traissent tout devant Aguillon; mais ainschois qu’il y parvenissent, il trouvèrent à une lieuwe prièz, sus le rivierre, une petitte bonne villette fremmée qui estoit as Englèz, que on clamoit le Port Sainte Marie, et y avoit dedens bien deux cens saudoiiers gascons et englèz. Si l’assaillirent li Franchois vistement et ne l’eurent mies si aise, ainschois y fissent pluisseurs assaulx. Finalement, elle fu concquise de force, courue et robée, et tous li saudoiiers ocis, qui dedens estoient, et remparée de nouvel et regarnie de gens d’armes et de pourveanchez. Et puis s’en vinrent devant Aguillon. Fº 87.

Ms. de Rome: Les Englois partis et mis au cemin par la manière que je vous di, li dus de Normendie envoia ses mareschaus parler et tretiier à ceuls d’Angouloime, pour sçavoir quel cose il voloient dire et faire. Les bourgois de la chité et toute la conmunauté, qui avoient assés affection as François, se rendirent incontinent; et i entrèrent li signeur ce meisme jour, et i soupèrent à grant joie. Ensi orent il Angouloime et se rafresqirent là je ne sçai qans jours, et puis jettèrent lor visée que il iroient devant le chastiel d’Agillon et metteroient là le siège. Si se ordonnèrent pour che faire, et se departirent de la chité d’Angouloime en grant estat et arroi; et ceminèrent viers Agillon, et tant fissent que il i parvinrent. Fº 107 vº.

P. [119], l. 11: Villers.—Mss. A 1 à 6, 15 à 19, 23 à 29: Villiers. Fº 131.

P. [119], l. 15: Damassen.—Mss. A 30 à 33: Damassien. Fº 179.

P. [119], l. 21: Milli.—Mss. A 1 à 6: Mulli. Fº 131.—Mss. A 15 à 17, 20 à 33: Milly. Fº 132 vº.—Mss. A 18, 19: Nulli. Fº 134.

P. [119], l. 23: Thonins.—Mss. A 1 à 6: Thenis. Fº 131 vº.—Mss. A 7 à 14, 18 à 33: Thonis. Fº 125 vº.—Mss. A 15 à 17: Chonis. Fº 132 vº.

P. [119], l. 23: Garone.—Ms. B 6: Geronde. Fº 282.

§ 247. P. [120], l. 12: Tant esploitièrent.—Ms. d’Amiens: Or sont chil seigneur de Franche venut à host devant Aguillon, et logiet contreval ces biaux prés seloncq le rivierre qui porte grant navie, cescuns sires entre ses gens, chacune connestablie par lui, si comme ordonné estoit par les marescaux de l’host. Et devés savoir que par devant le fort castel de Aguillon eut le plus bel host et le plus bel siège que on avoit, grant tamps avoit, veut ou royaumme de Franche ne ailleurs; et dura parmy cel estet tout jusques à le Saint Remy. Et y avoit bien cent mil hommes armez portans, à cheval et à piet. Et si ne poroit on raconter par nulle histoire à siège fait tant de biaux fais d’armes et de grandes appertisses qu’il avinrent là de une part et d’autre; car oncques gens assegiés ne souffrirent tant, ne ne se deffendirent si vassaument comme cil qui furent dedens Aguillon, si comme vous oréz chy apriès. Car tous les jours les couvenoit combattre deus fois ou trois à chiaux de l’host, et le plus souvent dou matin jusques à le nuit sans cesser, car toudis leur sourvenoient nouvellez gens, geneuois et autrez, qui ne les laissoient reposer. Les mannierrez et les assaux, coumment et de quoy, je les vous voeil declairier et plainnement deviser. Fº 87 vº.