P. [93], l. 30: Miremont.—Ms. A 29: qui est bon chastel et en bonne marche.
P. [94], l. 1: Sainte Marie.—Ms. A 29: Quant il vint devant Miremont, il y fit arrester et loger ses gens à l’entour, car le soir approchoit, et là se passèrent celle nuit de ce qu’ils peurent avoir. Et quant vint l’endemain, entour soleil levant, le conte commanda d’assaillir le forteresse. Et dura l’assaut si jusques à haute none que les Angloys se retirèrent en leur logis à petit de conquest; mais ils furent très bien battus, et en y eut des morts et des bleciés. Quant le conte Derbi veit la manière, il jura que de là ne partiroit qu’il n’eust le chastel conquis. Mais leans n’avoit nul gentilhomme, fors aucuns routtiers, qui s’y estoyent boutés avecque les bons hommes. Quant ils sceurent que le conte Derbi chevauchoit là entour, si furent avertis du serment que le conte avoit fait: ils n’en furent pas moins pensifs. Et si povoient veoir comme tous ces Angloys se logeoyent comme pour y demourer tout l’yver, et si ne leur estoit apparant d’avoir secours de nul sens. Et quant le conte eut là esté quatre jours, il fit dire à ceux de dedens que, s’ils se vouloyent rendre courtoisement, ils auroyent pitié d’eulx, et que si plus se faisoyent assaillir, qu’ils n’en prendroient jamais homme qui là dedens seroit trouvé, à merci. Tant fut parlementé que les routtiers s’en povoyent aller comme ils estoyent venus, et les bons hommes demouroyent en leurs biens et moyennant ce firent serment au conte Derby, qui les receut: si que, au quatriesme jour, la place lui fut rendue. Et la donna le conte à un sien escuyer appellé Jehan de Bristo, qui en fut moult joyeux, car le don estoit bel et riche, et fit depuis très bien reparer le chastel. Quant le conte Derbi fut à son dessus de Miremont, il chevaucha vers une petite ville fermée sur la Garonne, appelée Thorine, que ses gens prindrent d’assaut, et la robèrent, puis brullèrent. De là le conte et ses gens chevauchièrent vers le fort chastel de Damassen, et y voulut arriver la nuit, et y envoya devant ses escheleurs, qui tant esploitèrent que à l’aube du jour les Anglois en furent saisis, et le guet qu’ils trouvèrent dormant jettèrent du haut de la grosse tour au fond des fossés. Et le chastellain mesme, qui estoit de Limosin et vaillant escuyer, fut occis à l’huis de sa chambre, la hache au poin, et tous ses compaignons morts; car jamais le conte ne autre ne povoit le chastel de Damassen reconquerir que d’emblée. Il trouva la place garnie pour deux ans de vins, de bleds, de farine, de chairs et autres provisions, et d’artillerie et armures à planté. Et quant le conte Derbi veit que si bien lui estoit prins de celle forteresse, il conclut qu’il en feroit sa retraicte; si la garnit de bons gens d’armes et d’archiers, puis partit de là et chevaucha tant avec sa routte qu’il vint devant la cité d’Angoulesme, qu’il assiegea de toutes parts, et dist que jà n’en partiroit s’il ne l’avoit à sa volenté. Adonc ceux de la cité se composèrent à lui, à condition qu’ils envoyeroient à Bourdeaux, en ostage, jusques à vingt et quatre hommes des plus riches de la ville, et demoureroient en souffrance de paix un moys; et si dedens le terme dudit moys le roy de France envoyoit homme au pays si puissant de gens qu’il peust tenir les champs à l’encontre du conte Derby, iceux ostages seroient renvoyées quictes et delivres à Angoulesme, et absous de leur traicté; et, se ainsi n’en avenoit, se mettroyent en l’obeissance du roy d’Engleterre. Atant chevaucha outre le conte Derbi et vint à tout son ost devant Blaives, qu’il assiegea de tout point. Si en estoyent capitaines et gardiens deux vaillans chevaliers de Poictou, monseigneur Guichart d’Angle et monseigneur Guillaume de Rochechouart. Ceux dirent bien, quant le conte Derbi fit parlementer à eux par messire Gautier de Mauni, qui en telles affaires se savoit moult hautement conduire, car il estoit gracieux parleur et courtoys, qu’ils ne se rendroient à homme nul. Endementires le conte Derbi seoit devant Blaives, chevauchèrent les Angloys jusques devant Montaigne en Poictou dont monseigneur Boucicaut estoit capitaine; si eut là moult grant assaut, mais rien n’i conquirent les Angloys, fors horions, dont ils reçeurent mains, et y laissèrent de leurs gens morts et blecés en grant nombre. Si s’en retournèrent, mais ainçoys furent devant deux bonnes forteresses, Mirabel et Auni, où ils ne firent que quelques assaux, puis revindrent au siège de Blaves où presque tous les jours estoit faict aucune apertise d’armes. Le siège durant devant Blaves, le terme du moys vint que ceulx d’Angoulesme se devoyent rendre; si envoya le conte Derbi ses deux marechaux auquels ceux de la cité firent homage au nom du roy d’Angleterre par vertu de la procuration qu’il avoit. Ainsi eurent paix ceux de la cité d’Angoulesme; et revindrent leurs ostages. Si renvoya le dict conte à leur requeste Jehan de Nortwich, escuyer, et l’establit capitaine d’icelle cité. Et toujours se tenoit le siège devant Blaves, tellement que les Anglois s’en lassèrent, et par special pour ce que l’yvers aprochoit fort, car c’estoit après la Sainct Michel, que les nuits sont longues et froides, et si ne conqueroyent riens sur ceux de Blaves. Si eurent conseil ensamble le conte Derbi, monseigneur Gautier de Mauni et les autres barons et chevaliers de l’ost, qu’ils delogeroyent de là et qu’ils se retryroayent vers la cité de Bourdeaux et là s’entretiendroyent, si autre incidance ne survenoit, jusques au nouveau temps. Ainsy se deslogea le conte Derbi et ses routtes de devant Blaves; si passèrent la rivière de Gironde et vindrent à Boudeaux, où ils furent receus à grand honneur de toute la cité. Assés tost après, le conte Derbi departit toutes gens et renvoya chacun en sa garnison pour mieux entendre aux besognes dessus la frontière, et aussi pour estre plus au large.
P. [97], l. 10: malmeus.—Ms. A 29: Quant il sceut qu’il n’i avoit point de remède.
P. [97], l. 15: Braibant.—Ms. A 29: car, de ses terres qu’il avoit en France ou en Normandie, n’en recevoit rien.
P. [98], l. 18: d’Engleterre.—Ms. A 29: ce que jamais le pais et les bonnes villes n’eussent voulu consentir, comme bien fut veu.
P. [99], l. 18: esté.—Ms. A 29: envoyet de Gand.
P. [100], l. 2: venus.—Ms. A 29: ceste conclusion prise.
P. [100], l. 17: souffrir.—Ms. A 29: à tout preud’hommes.
P. [101], l. 7: assaillis.—Ms. A 29: par telle force que merveille estoit à veoir le grand peuple qui là survenoit.
P. [102], l. 3 et 4: sans nostre sceu.—Ms. A 29: contre nostre gré.