[203]Ce bois est celui de Crécy-Grange qui figure encore aujourd’hui au Dictionnaire des Postes comme écart de la commune de Crécy-en-Ponthieu; il est situé un peu au nord du bourg de Crécy et de la commune de Wadicourt, à égale distance de ces deux localités. «Après avoir laissé la forêt de Crécy sur la gauche, l’armée anglaise avait pris position sur une hauteur, en appuyant son aile droite à Crécy et étendant sa gauche du côté de Wadicourt. Elle dominait ainsi, devant son front, un ravin en pente douce, nommé la Vallée des Clercs; cette excellente position militaire, défendue, du côté de Crécy, par plusieurs rideaux placés l’un sur l’autre, en escalier, devient un peu plus accessible en s’éloignant de ce bourg, et peut être tournée du côté de Wadicourt. Afin d’obvier à cet inconvénient, le roi d’Angleterre barricada sa gauche avec des palissades et des chariots, laissant néanmoins une ouverture pour sortir et entrer quand il serait temps; plaça son bagage derrière lui, dans le bois, à gauche du chemin qui conduit de Crécy à Ligescourt; fortifia ce bois avec des abatis, et fit ainsi de son poste un vaste camp retranché que protégeait encore la petite rivière de Maie qui coule dans la vallée de Crécy.» (Hist. d’Abbeville, par F. C. Louandre, t. I, p. 229.) Dans cette position, l’armée anglaise était retranchée sur sa droite, sur sa gauche et sur ses derrières. Édouard III ayant son extrême gauche un peu au delà de Wadicourt, à cheval sur l’ancienne chaussée Brunehaut d’Abbeville à Hesdin qui depuis la bataille du 26 août a reçu dans le pays le nom de Chemin de l’armée, Édouard III pouvait en cas d’échec opérer sa retraite par ce chemin en allant passer l’Authie à Ponche.
[204]La mention de cet ordre, empruntée à Jean le Bel (p. 91), ne se trouve que dans le manuscrit d’Amiens (p. [406]).
[205]D’après la tradition du pays, Philippe de Valois, trompé par un faux rapport, se dirigea d’abord, en quittant Abbeville, vers Noyelles, dans l’espérance d’acculer les Anglais au milieu des marais de l’Authie. Ce ne fut qu’après avoir fait deux lieues sur cette route qu’il acquit la certitude qu’Édouard se trouvait à Crécy. Ce qui est certain, c’est que la route qui conduit d’Abbeville à Noyelles, porte encore le nom de Chemin de Valois; et il n’est pas un habitant du pays qui ne vous dise, si vous l’interrogez, que cette désignation vient du passage de Philippe de Valois. (V. Itinéraire à Crécy, par l’abbé Caron, p. 18, et Bataille de Crécy, par le baron Seymour de Constant, 3e éd., p. 67).
[206]Ce passage de la première rédaction (p. [174]), supprimé dans la seconde (p. [413] et [416]), est emprunté presque textuellement à Jean le Bel (Chron., t. II, p. 89); on le retrouve dans la troisième rédaction (p. [415] et [416]) modifié de la manière suivante: «Ce que j’en ai écrit, je l’ai su par des chevaliers anglais qui assistèrent à cette bataille et étudièrent avec grand soin les mouvements des Français: ce furent Jean Chandos et Barthélemy de Burghersh et, du côté des Français, le sire de Montmorency et des chevaliers de la suite de monseigneur Jean de Hainaut, car ces deux hauts barons tinrent pendant toute cette journée la bride du cheval du roi de France.»
[207]«Tous les historiens, dit l’abbé Caron, tous les chroniqueurs qui ont décrit la bataille de Crécy rapportent qu’Édouard échelonna son armée sur la colline après l’avoir divisée en trois corps distincts qui formaient trois lignes ou, comme on disait alors, trois batailles, qu’il donna à son fils, le prince de Galles, alors âgé de quinze ans seulement, le commandement de la première bataille ou de la première ligne qui occupait la partie inférieure de la colline, et qu’il se réserva la direction de la troisième ligne située sur la partie la plus élevée. A l’aspect des lieux, il est facile de reconnaître ces dispositions de l’armée anglaise. Les trois lignes de bataille sont encore tracées sur le terrain, et séparées les unes des autres par des rideaux ou tertres de gazon qui se prolongent sur toute l’étendue de la colline et que dans le pays on appelle raidillons. On les a conservés intacts, et sans les mettre en culture. Ils servent aujourd’hui à soutenir les terres du champ de bataille qu’on cultive.» (Itinéraire au champ de bataille de Crécy, p. 31.)
[208]Il existe encore entre le bois de Crécy-Grange et la Vallée-aux-Clercs un moulin qui, d’après la tradition locale, aurait servi de poste d’observation à Édouard pendant la bataille. Ce moulin, du haut duquel la vue s’étend sur toute l’étendue de la Vallée aux Clercs, «porte, dit un savant du pays qui l’a visité, le cachet de la vétusté, et il est le seul des environs d’une construction aussi solide, établi sur une embase de grès taillés, désigné par l’histoire et par la tradition comme le moulin d’Édouard» (Bataille de Crécy, par le baron Seymour de Constant, 3e édit., Abbeville, 1851, p. 60).—«La tour de ce moulin, dit M. l’abbé Caron, a cinq pieds d’épaisseur.» (Itinéraire au champ de bataille de Crécy, Versailles, 1849, p. 34.)
[209]Nous avons ici, comme l’a bien vu M. Rigollot (Mém. de la Soc. des Antiq. de Picardie, t. III, p. 135, 180) la version anglaise de la bataille de Crécy; la version française de cette même bataille, empruntée presque textuellement à Jean le Bel, n’est donnée que par le ms. d’Amiens ou seconde rédaction; nous pensons seulement, à l’encontre du savant antiquaire d’Amiens, que la version anglaise est antérieure à la version française (V. notre introduction au premier livre, en tête du t. I de cette édition). Si Froissart a reproduit de préférence sa première version, malgré la couleur anglaise qui la distingue, dans le manuscrit de Rome, c’est sans doute parce que le chroniqueur de Valenciennes semble avoir composé sa troisième rédaction surtout pour faire disparaître de son premier livre ses emprunts trop textuels à Jean le Bel, ce que nous appellerions aujourd’hui ses plagiats.
[210]Ce chiffre semble exagéré. Le nombre de six mille donné par Villani, particulièrement bien informé quand il s’agit des mercenaires italiens au service de la France, est plus vraisemblable. D’après le chroniqueur florentin, on avait fait venir ces Génois de Harfleur où ils formaient l’équipage de trente-trois galées ancrées dans ce port; ils étaient sous les ordres de Charles Grimaldi et d’Ayton Doria. L’arme des Génois était l’arbalète à manivelle, machine pesante et d’un maniement assez compliqué qui lançait des quarreaux ou viretons.
[211]Cet incident, rapporté aussi par les continuateurs des Chroniques de Nangis et de Saint-Denis, mais passé sous silence par Villani, n’est mentionné que dans les première et troisième rédactions; Froissart l’a supprimé dans le manuscrit d’Amiens ou seconde rédaction.
[212]Ce passage du ms. d’Amiens, qui nous fournit la version française de la bataille de Crécy, n’est que la reproduction presque textuelle, sauf une addition relative à l’emploi de canons par les Anglais, du texte de Jean le Bel (Chron., t. II, p. 87 à 89). Le chroniqueur liégeois lui-même tenait ce récit de Jean de Hainaut qui fut toute cette journée à la bride du cheval du roi de France.