Le duc de Lancastre, qui a sous ses ordres le fameux Robert Knolles, vient de Pontorson à Évreux rejoindre Philippe de Navarre et Godefroi de Harcourt, aussitôt après leur retour d’Angleterre. L’armée anglo-navarraise s’élève à douze cents lances, seize cents archers et deux mille brigands[243] à lances et à pavais; elle occupe, pille et brûle successivement Acquigny, Pacy, Vernon, Verneuil[244] et les faubourgs de Rouen. A cette nouvelle, le roi de France, accompagné de ses deux maréchaux Jean de Clermont et Arnoul d’Audrehem, vient à Pontoise, à Mantes, à Rouen; il rassemble une armée de dix mille hommes d’armes, ce qui fait trente ou quarante mille combattants, et marche contre les Anglo-Navarrais. Ceux-ci, qui se sentent inférieurs en nombre, se retirent précipitamment dans la direction de Pontorson et de Cherbourg. Les Français les poursuivent et parviennent à les joindre à peu de distance de Laigle[245]; le duc de Lancastre n’évite la bataille qu’à la faveur d’un habile stratagème. L’armée anglo-navarraise se disperse: Jean Carbonnel s’enferme à Évreux avec Guillaume Bonnemare et Jean de Ségur, Foudrigais à Conches, Sanson Lopin à Breteuil en compagnie de Radigot et de Frank Hennequin, tandis que le duc de Lancastre et les Anglais regagnent la forte marche de Cherbourg. P. [186] à [191], [388] à [390].
Évreux se compose d’un bourg, d’une cité et d’un château, et il y a des fortifications particulières pour chacune de ces trois parties de la ville. Le roi Jean[246] assiége cette place et réduit successivement le bourg et la cité à se rendre; le château lui-même, confié à la garde de Guillaume de Gauville et de Jean Carbonnel, capitule au bout de quelques semaines: la garnison a la vie sauve et peut se retirer à Breteuil. Pendant ce temps, Robert Knolles essaye de s’emparer du château de Domfront. P. [191] à [193], [390] à [392].
Après la prise d’Évreux et du château de Rothes[247], le roi de France, dont l’armée est forte de soixante mille chevaux, met le siége devant Breteuil, un des plus forts châteaux assis en plaine qu’il y ait en Normandie; ce fut le plus beau siége qu’on eût vu depuis celui d’Aiguillon.—A ce moment, le comte de Douglas d’Écosse et Henri de Castille, bâtard d’Espagne et comte de Transtamare, viennent offrir leurs services au roi Jean, qui les accueille courtoisement et assigne à Douglas cinq cents livres de revenu annuel.—Les assiégeants font construire un chat ou atournement d’assaut, monté sur quatre roues, crénelé et cuirassé, composé de trois étages, dont chacun peut contenir deux cents combattants. On comble pendant un mois, avec des fascines, les fossés du château de Breteuil, à l’endroit où l’on veut donner l’assaut, et l’on parvient ainsi à amener, au moyen des roues, cette énorme machine contre les remparts; mais les assiégés ont eu soin de se pourvoir de canons qui vomissent du feu grégeois[248]: ce feu embrase le toit de la machine, et les gens d’armes qui la montent sont obligés de se sauver. Les assiégeants entreprennent alors de combler, dans toute leur étendue, les fossés qui entourent les remparts, et ils emploient à ce travail quinze cents terrassiers. P. [193] à [196], [392], [393].
Pendant que le roi de France assiége ainsi Breteuil, le prince de Galles, informé de l’alliance conclue entre son père et les Navarrais, veut faire une diversion en faveur de ses nouveaux alliés; c’est pourquoi, il part de Bordeaux aux approches de la Saint-Jean à la tête d’une armée de deux mille hommes d’armes et de six mille archers et il se dirige vers la Loire à travers l’Agenais, le Limousin et le Berry.—A la nouvelle de cette incursion, le roi Jean presse le siége de Breteuil avec plus de vigueur encore qu’auparavant[249]. Les assiégés font prisonnier Robert de Montigny, chevalier de l’Ostrevant, qui s’est aventuré trop près du rempart, et tuent Jacquemart de Wingles son écuyer. Sept jours après cet incident, le capitaine de Breteuil nommé Sanson Lopin, écuyer navarrais, qui résiste depuis sept semaines[250] aux efforts d’une armée tout entière, se voit contraint de rendre la forteresse moyennant que la garnison aura la vie sauve et pourra se retirer au château de Cherbourg. Le roi Jean rentre à Paris et fait ses préparatifs pour marcher à la rencontre du prince de Galles. P. [196] à [198], [393] à [398].
CHRONIQUES
DE J. FROISSART.
LIVRE PREMIER.
[1] § 288. De le ville de Calais estoit chapitainne uns
gentilz et vaillans chevaliers de Campagne as armes,