Ainmeris entendi à ces trettiés et se dissimula trop fort, ensi que il apparu, car il fist entendant à ce Lombart parisiien que on nonmoit Ambrosin, que il renderoit Calais as François pour vint mille esqus, car il estoit tanés de servir le roi d’Engleterre et voloit retourner en son pais. Et tout che que il disoit, estoit bourde, car jamais ne l’euist fait; et bien le creoient de ses paroles Ambrosins et mesires Joffrois. Et furent les coses si aprochies que jours mis et asis que de rendre et livrer as François le chastiel de Calais, et par le chastiel on enteroit en la ville. Et de ce se tenoient tout à segur et à conforté mesires Joffrois et ses consauls. Et s’en vint li dis mesires Joffrois de Carni à Paris, et remostra ce marchiet et ce trettiet as plus proçains dou roi. Li auqun le voloient croire et li aultre non; et disoient que ce estoit une barterie couverte, et que jamais pour vint mille esqus, on ne retourneroit à avoir Calais. Li aultre disoient, qui desiroient à veoir le marchiet acompli, que si poroit bien faire. Mesires Joffrois afremoit les coses si acertes que il en fu creus. Et furent ordonné et delivré par le tresorier de France li vint mille esqus; et furent envoiiet et aporté en l’abeie de Saint Bertin à Saint Omer. Messires Joffrois de Cargni fist une semonse et priière secrète de gens d’armes en Artois, en Boulenois et là environ; et ne sçavoient nuls encores pour où c’estoit à aler.
Entrues que mesires Joffrois de Cargni entendoit de grant desir et volenté au procurer ses besongnes, mesires Ainmeris de Pavie, d’autre costé, qui les voloit decevoir, monta en mer et vint en Angleterre. Et trouva le roi à Eltem, et li remostra toute la besongne, conment elle aloit et demenée elle estoit. Li rois entendi à ces paroles, qui fu moult esmervilliés de ce, et pensa sus un petit. Et apella mesire Gautier de Mauni qui pour ces jours estoit dalés li, et fist à mesire Ainmeri de Pavie recorder toute la marceandise, conment elle aloit; et en demanda consel, quel cose en estoit bonne à faire. Mesires Gautiers en respondi son entente et dist: «Sire, li François folient et abusent trop grandement, qui, en bonnes trieuves jurées et données, marceandent de vous trahir, et voellent avoir la ville et le chastiel qui tant vous ont cousté: il ne fait point à souffrir. Vous m’avés demandé consel et je vous consillerai. Vous envoierés là à Calais des bonnes gens d’armes assés et par raison, pour resister à l’encontre des François, et dirés à Ainmeri que il procède avant en son marchié, et bien se garde que de son lés il n’i ait fraude ne traison, car vous vos estes confiiés en li et vous confiierés encores.»—«Gautier, respondi li rois, vous dites bien, et je le ferai ensi et vous institue à estre souverains de celle armée. Traiiés vous viers Douvres et celle marce là, et je vous envoierai gens assés.» Mesires Gautiers de Mauni respondi au roi: «Sire, je le ferai volentiers.» Puis appella li rois Ainmeri de Pavie et li dist à part: «Je voel, dist li rois, que tu poursieves ton marchiet. Gautiers de Mauni retournera avoecques toi, et de tout ce que il te conselle, uses apriès son consel.» Il respondi et dist: «Volentiers.» Fos 146 vº et 147.
P. [70], l. 22: En ce temps.—Ms. B 6: en l’an de grace mil trois cens quarante huit. Fº 414.
P. [70], l. 26: touchans.—Mss. A 1 à 6, 8 à 19 ajoutent: fait d’armes. Fº 172 vº.—Ms. B 3: le fait d’armes. Fº 152.
P. [71], l. 10: convoiteus.—Ms. B 3: ambicieux. Fº 152.
P. [72], l. 2: part.—Ms. A 29: et lui demanda des nouvelles de Callais: «Chier, sire, respondit le Lombart, je n’y sache que tout bien.» Adonc il le traict à part, si lui dit: «Tu sçais que pour la grant fiance que j’ay eu en toy, je t’avoye donné en garde.»
P. [72], l. 3: la riens.—Mss. A 1 à 6, 8 à 22 et B 3: la chose. Fº 173.—Ms. A 7: la rien. Fº 162 vº.
P. [72], l. 23: se Diex me vaille.—Mss. A 1 à 22: se Dieu me vueille aidier. Fº 173.
P. [73], l. 4: empensé.—Mss. A 15 à 17, 20 à 22: en pensée. Fº 170.—Ms. B 3: pensoit. Fº 152 vº.
P. [73], l. 13: monseigneur de Fiennes.—Mss. A 1 à 6: messire Morel de Fiennes. Fº 173.