Item, ou moys de janvier ensuivant, vint à Paris le dit messire Robert de Lorris par sauf conduit qu’il ot du roy et demoura bien quinze jours à Paris avant qu’il eust assés de parler au roy. Et après y parla il, mais il ne fu pas reconsilié à plain; mais s’en retourna en Avignon par l’ordenance du conseil du roy pour estre aus traittiez avec les gens du roy. Et assés tost après, c’est assavoir vers la fin de fevrier ou dit an, vindrent nouvelles que les trèves, qui avoient esté prises entre les deux roys jusques en avril ensuivant, estoient esloingniées par le pape jusques à la Nativité Saint Jehan Baptiste, pour ce que le dit pape n’avoit peu trouver voie de paix à laquelle les dis tracteurs qui estoient en Avignon, tant pour l’un roy que pour l’autre, s’i voulsissent consentir. Et envoia le pape messages par devers les dis roys sur une autre voie de traittié que celle qui avoit esté pourpalée autres fois entre les dis tractteurs.
Item, en cel an mil trois cens cinquante quatre, ou moys de janvier, fist faire le roy de France florins de fin or appellés florins à l’aignel, pour ce que en la palle avoit un aignel, et estoient de cinquante deux ou marc. Et le roy en donnoit lors qui furent fais quarante huit pour un marc de fin or, et deffendi l’en le cours de tous autres florins.
Item, en ycelui an, du dit moys de janvier, vint à Paris messire Gauchier de Lor, chevalier, comme messoge du dit roy de Navare, car devers le roy et parla à luy, et finablement s’en retourna ou moys de fevrier ensuivant par devers le dit roy de Navarre et emporta lettres de saufconduit pour le dit roy de Navarre jusques en avril ensuivant.
Item, en ycelui an, le soir de karesme prenant qui fu le dix septième jour de fevrier, vindrent pluseurs Anglois près de la ville de Nantes en Bretaingne, et en entra par eschielles environ cinquante deux dedens le chastel et le pristrent. Mais messire Guy de Rochefort, qui en estoit capitainne et estoit en la dicte ville hors du dit chastel, fist tant par assault et effort que il le recouvra en la nuit meismes; et furent tous les dis cinquante deux Anglois que mors que pris.
Item, à Pasques ensuivant qui furent l’an mil trois cens cinquante cinq, le dit roy de France Jehan envoia en Normandie Charles dalphin de Viennès, son ainsné filz, son lieutenant, et y demoura tout l’esté. Et luy ottroièrent les gens du pais de Normandie deux mil hommes d’armes pour trois mois. Et ou mois d’aoust ensuivant ou dit [an] cinquante cinq, le dit roy de Navarre vint de Navarre et descendi ou chastiel de Cherebourc en Coustentin, et avec luy environ deux mil hommes, que uns que autres. Et furent pluseurs traittiés entre les gens du roy de France, duquel le dit roy de Navarre avoit espousé la fille, et le dit roy de Navarre. Et envoièrent par pluseurs fois de leurs gens l’un des dis roys par devers l’autre.
Et cuida [l’en[314]], telle fois fu, vers la fin du dit mois d’aoust, qu’ilz deussent avoir grant guerre l’un contre l’autre. Et les gens du dit roy de Navarre, qui estoient ou chasteau d’Evreux, du Pont Audemer, en faisoient bien semblant, car ilz tenoient et gardoient moult diligemment les dis chasteaulx, et pilloient le pais d’environ comme ennemis. Et en vint aucun ou chastel de Conches qui estoit en la main du roy, et le pristrent et garnirent de vivres et de gens. Et pluseurs autres choses firent les gens du dit roy de Navarre contre le roy de France et contre ses gens. Et finablement fu fait acort entre eulz. Et ala le dit roy de Navarre par devers le dit daulphin ou chastel du Val de Reul là où il estoit, environ le seizième ou dix huitième jour de septembre ensuivant; et de là le dit daulphin le mena à Paris devers le roy. Et le jeudi vingt quatrième jour du dit mois de septembre, vindrent à Paris devers le roy ou chastel du Louvre. Et là, en la presence de moult grant quantité de gens et des roynes Jehanne, ante, et Blanche, seur, du roy de Navarre, fist ycelui roy de Navarre la reverence au dit roy de France, et s’escusa par devers le roy de ce qu’il s’estoit parti du royaume de France. Et avec ce dit l’en lui avoit rapporté que aucuns le devoient avoir blasmé par devers le roy: si requist au roy qu’il luy voulsist nommer ceulz qui ce avoient fait. Et après jura moult forment que il n’avoit onques fait chose, après la mort du connestable, contre le roy que loyaulx homs ne peust et deust faire. Et noient moins requist au roy qu’i[l] luy voulsist tout pardonner, et le voulsist tenir en sa grace, et luy promist que il luy seroit bons et loyaulx, si comme filz doit estre à père et vassal à son seigneur. Et lors luy fist dire le roy par le duc d’Athènes que il luy pardonnoit tout de bon cuer.
Item, en ycelui an mil trois cens cinquante cinq, ala le prince de Galles, ainsné filz du roy d’Engleterre, en Gascoingne, ou moys d’octembre, et chevaucha jusques près de Thoulouse et puis passa la rivière de Garonne et ala à Carcassonne, et ardi le bourc; mais il ne pot forfaire à la cité, car elle fu deffendue. Et de là ala à Nerbonne, ardant et pillant le pais.
Item, ycelui an cinquante cinq, descendi le roy [d’Engleterre[315]] à Calais en la fin du mois d’octembre, et chevaucha jusques à Hedin, et rompi le parc et ardi les maisons qui estoient ou dit parc; mais il n’entra point ou chastel ne en la ville. Et le roy de France, qui avoit fait son mandement à Amiens, tantost qu’il ot oy nouvelles de la venue du dit Anglois, se parti de la dicte ville d’Amiens où il estoit, et les gens qui y estoient avec luy, pour aler contre les Anglois. Mais il ne l’osa attendre et s’en retourna à Calaiz, tantost qu’il oy nouvelles que le roy de France aloit vers luy, en ardant et pillant le pais par lequel il passoit. Si ala le roy de France après jusques à Saint Omer et luy manda par le mareschal [d’Odeneham[316]] et par pluseurs autres chevaliers, que il se combatroit au dit Anglois, se il vouloit, corps à corps ou pooir contre pooir, à quelque jour que il voudroit. Mais le dit Anglois refusa la bataille et s’en repassa la mer en Angleterre sans plus faire à celle fois, et le roy s’en retorna à Paris.
Item, en ycelui an cinquante cinq, ou mois de novembre, le prince de Gales, après ce qu’il ot couru le pais de Bordeaux jusques près de Thoulouse et de là jusques à Nerbonne, et ars, gasté et pillié tout environ, s’en retorna à Bordeaux à toute la pille et grant foison de prisonniers, sans ce qu’il trouvast qui aucune chose luy donnast à faire. Et toutes voies estoient ou paiz pour le roy de France le conte d’Armignac, lieutenant du roy en la Langue d’oc pour le temps, le conte de Foix, messire Jaques de Bourbon, conte de Pontieu et connestable de France et messire Jehan de Clermont, mareschal de France, à plus grant compaignie la moitié, si comme l’en disoit, que n’estoit le dit prince de Galles: si en parla l’en forment contre aucuns des dessus nommés qui là estoient pour le roy de France.
Item, en la Saint Andri, en ycelui an, furent assemblés à Paris, par le mandement du roy, les prelas, les chapitres, les barons et les bonnes villes du royaume de France; et leur fist le roy exposer en sa presence l’estat des guerres, le mercredi après la dicte Saint Andri, en la chambre de parlement, par maistre Pierre de la Forest, lors arcevesque de Rouen et chancellier de France. Et leur requist le dit chancellier pour le roy qu’ilz eussent advis ensemble quel aide ilz pourroient faire au roy qui feust souffisant pour faire le fait de la guerre. Et pour ce qu’il avoit entendu que les subgiés du royaume se tenoient forment à grevez de la mutacion des monnoies, il offri à faire fort monnoye et durable, mais que l’en luy feist autre aide qui fust suffisant pour faire sa guerre. Lesquelz respondirent, c’est assavoir le clergié par la bouche de monseigneur Jehan de Craon, lors arcevesque de Reins, les nobles par la bouche du duc d’Athènes, et les bonnes villes par la bouche de Estienne Marcel, lors prevost des marchans à Paris, qu’ilz estoient tous prests de vivre, de mourir avec le roy et de mettre corps et avoir en son service, et [requistrent[317]] deliberacion de parler ensamble, laquelle leur fu octroyée.