1356. CHEVAUCHÉE DU PRINCE DE GALLES A TRAVERS LE PÉRIGORD, LE LIMOUSIN, LE BERRY, LA TOURAINE ET LE POITOU.—BATAILLE DE POITIERS.—RETOUR DU PRINCE DE GALLES A BORDEAUX[1] (§§ [371] à [399]).
Le roi Jean assemble son armée à Chartres pour marcher contre le prince de Galles[2] qui entre en Berry[3] après avoir ravagé l’Auvergne. P. [1] à [3], [237], [238].
Les Anglais mettent le feu aux faubourgs de Bourges[4]; ils sont repoussés devant le château d’Issoudun[5] en Berry, mais ils s’emparent de la ville, puis du château de Vierzon[6] et se dirigent vers Romorantin[7], dont le château est défendu par Boucicaut[8], le sire de Craon et l’Hermite de Caumont, qui s’y sont enfermés après avoir été battus dans une escarmouche par Barthélemi de Burghersh et Eustache d’Auberchicourt. Siége et reddition du château de Romorantin. P. [3] à [11], [238] à [244].
De Chartres, le roi de France se rend à Blois, puis à Amboise, tandis que les divers corps de son armée passent la Loire à Orléans, à Meung[9], à Blois, à Tours[10], à Saumur; à Loches, où il s’arrête[11] pour concentrer ses forces, qui s’élèvent à vingt mille hommes d’armes, il apprend que les Anglais sont en Touraine et se disposent à regagner le Poitou. P. [11] à [14], [244] à [246].
De Loches, le roi de France vient à la Haye en Touraine[12] où il passe la Creuse; il arrive le jeudi soir à Chauvigny[13], pensant que les Anglais sont devant lui, tandis qu’ils sont derrière[14]. Pendant toute la journée du lendemain vendredi, son armée franchit la Vienne sur le pont de Chauvigny et se dirige vers Poitiers.—Le prince de Galles ne se remet en mouvement que le vendredi soir[15], et le samedi un détachement d’éclaireurs, où se trouvent Eustache d’Auberchicourt et Jean de Ghistelles, rencontre, en traversant la route qui va de Chauvigny à Poitiers, l’arrière-garde française et la met en déroute. P. [14] à [17], [246] à [249].
Le prince de Galles, comprenant qu’il ne peut échapper, donne tous ses soins à choisir l’emplacement le plus favorable pour livrer bataille; il établit son camp à deux petites lieues de Poitiers, en un lieu très-fort et hérissé de haies, de vignes, de buissons, qu’on appelle dans le pays les Plains de Maupertuis[16], en face de l’armée française échelonnée entre Poitiers et les Anglais. P. [17], [18], [249], [250].
Le dimanche matin[17], le roi de France, après avoir entendu la messe dans sa tente et avoir communié ainsi que ses quatre fils, donne l’ordre de tout préparer pour le combat; il forme son armée en trois divisions ou batailles composées chacune de seize mille hommes d’armes, la première sous les ordres du duc d’Orléans, la seconde sous ceux du dauphin, duc de Normandie; il se réserve le commandement de la troisième[18]. Il envoie en éclaireurs Eustache de Ribemont[19], Jean de Landas, Guichard de Beaujeu et Guichard d’Angle, il charge ces quatre chevaliers de le renseigner exactement sur la situation des Anglais. P. [18] à [21], [250] à [252].
Eustache de Ribemont rend compte au roi du résultat de sa mission. Les forces ennemies peuvent être évaluées à trois mille hommes d’armes, cinq mille archers[20] et quatre mille bidauds à pied. Les Anglais occupent une très-forte position sur des hauteurs hérissées de vignes et de buissons. On ne peut aborder ces hauteurs que par un chemin où quatre hommes d’armes pourraient à peine chevaucher de front, et ce chemin est bordé des deux côtés de haies épaisses garnies d’archers anglais. Au fond de ce chemin, sur les hauteurs, derrière leurs archers disposés sur deux lignes en forme de herse, les hommes d’armes se tiennent à pied, leurs chevaux sous leur main, et leur charroi derrière eux. Eustache de Ribemont conseille au roi d’engager l’action en lançant contre les lignes des archers ennemis, pour les rompre, trois cents hommes d’armes d’élite choisis entre les plus braves et montés sur fleur de coursiers, et de faire mettre à pied le reste de l’armée tout prêt à les suivre et à les appuyer.—Noms de quelques-uns de ces trois cents hommes d’armes qui sont placés sous les ordres de Gautier, duc d’Athènes, connétable, de Jean de Clermont et d’Arnoul d’Audrehem, maréchaux de France, et auxquels se joignent un grand nombre d’Allemands auxiliaires commandés par les comtes de Saarbruck et de Nassau. P. [21] à [23], [252] à [254].
Le roi de France fait mettre à pied tous ses hommes d’armes excepté ceux de la bataille des maréchaux, il leur fait ôter à tous leurs éperons, couper les poulaines de leurs souliers et retailler leurs lances à la longueur de cinq pieds.—Toute la journée du dimanche se passe en négociations par l’intermédiaire du cardinal de Périgord qui va et vient sans cesse d’une armée à l’autre. Le prince de Galles, qui craint par-dessus tout que l’ennemi ne se contente de le tenir bloqué sans lui livrer bataille, offre de mettre en liberté les prisonniers faits dans le cours de cette expédition, de restituer en outre les villes et les châteaux et de s’engager à ne pas prendre les armes contre le royaume de France pendant sept ans. Le roi de France, convaincu que les Anglais ne peuvent lui échapper, exige que le prince se rende, lui et ses gens, sans condition et se mette à sa merci. Les démarches, les supplications du cardinal de Périgord n’aboutissent qu’à faire accepter une trêve entre les belligérants, qui doit durer toute cette journée du dimanche et le lendemain lundi jusqu’au lever du soleil. P. [23] à [27], [254] à [257].
Jean Chandos, l’un des principaux chevaliers anglais et Jean de Clermont, maréchal de France, qui se rencontrent en faisant des reconnaissances, échangent des invectives parce qu’ils portent tous deux la même devise[21]. P. [27] à [29], [257] à [259].