[11] Jean était le mardi 13 septembre à Loches sur Indre, où il rendit deux ordonnances sur les monnaies (Ordonn., t. III, p. 84 et 85). Nous apprenons par la chronique du moine de Malmeslmry que le même jour le prince de Galles, menacé d’être débordé par son aile gauche et enveloppé, traversa Sainte-Maure (Sainte-Maure-de-Touraine, Indre-et-Loire, arr. Chinon, à l’ouest de Loches) et vint coucher à la Haye-sur-Creuse (auj. la Haye-Descartes, Indre-et-Loire, arr. Loches, sur la rive droite de la Creuse, un peu en amont de son confluent avec la Vienne).
[12] Jean, qui était à Loches le mardi 13, dut arriver le lendemain soir mercredi 14 à la Haye, où le prince de Galles l’avait précédé seulement de 24 heures. La Haye est sur la Creuse, et non sur la Vienne, comme le dit par erreur Froissart (p. 246).
[13] Vienne, arr. Montmorillon, sur la rive droite de la Vienne, à 10 lieues au sud de la Haye, à 7 lieues au sud de Châtellerault, à 5 lieues à l’est de Poitiers.
[14] Lorsque Jean arriva à Chauvigny le jeudi soir 15 septembre, il laissait en effet les Anglais derrière lui sur sa droite, puisque nous savons par le moine de Malmesbury que le prince de Galles séjourna à Châtellerault du mercredi 14 au vendredi 16 septembre. Comment Jean, dont l’armée dut suivre la vallée de la Vienne en remontant par la rive droite le cours de cette rivière, pour se rendre de la Haye à Chauvigny, put-il passer si près de Châtellerault sans apercevoir les Anglais? Craignit-il de tenter le passage de la Vienne en présence de l’ennemi campé sur la rive gauche?
[15] L’immobilité du prince de Galles à Châtellerault pendant trois jours, du mercredi 14 au vendredi soir 16 septembre, prouve qu’il se savait devancé et débordé sur sa gauche par l’armée française à laquelle il voulut laisser le temps de s’écouler avant de reprendre lui-même sa marche en avant. Le mouvement de l’armée française dans la journée du vendredi prouvait que le roi Jean, croyant Poitiers menacé par les Anglais, avait voulu le couvrir. Le prince de Galles prit aussitôt ses mesures pour mettre cette erreur à profit en essayant de s’échapper par la gauche de son adversaire. Dans la nuit du vendredi 16 au samedi 17, il fit passer tout son charroi, et le samedi 17, dès la pointe du jour, il se porta lui-même en avant dans la direction de Chauvigny en remontant la Vienne par la rive gauche. C’est alors que ses éclaireurs rencontrèrent l’arrière-garde française sur la route qui va de Chauvigny à Poitiers, en un lieu dit la Chaboterie marqué sur la carte de Cassini. Les Français eurent le dessous dans cette escarmouche où, selon Robert de Avesbury (p. 255), environ 240 hommes d’armes furent tués ou pris et où les comtes d’Auxerre, de Joigny et le maréchal de Bourgogne restèrent entre les mains des vainqueurs; mais cet engagement, en révélant au roi Jean la véritable position des Anglais, rendait la bataille inévitable. Les Grandes Chroniques disent (t. VI, p. 31) que ce fut le comte de Sancerre, et non le comte d’Auxerre, qui fut pris avec le comte de Joigny.
[16] L’endroit, dit Maupertuis jusqu’à la fin du quinzième siècle, qui s’appelle aujourd’hui la Cardinerie, est situé dans la commune de Nouaillé (Vienne, arr. Poitiers, c. la Villedieu, à deux lieues au sud-est de Poitiers). Ce changement de nom, d’après les renseignements qu’a bien voulu nous fournir notre savant confrère M. Redet, provient de la concession faite par le commandeur de Beauvoir à Richard Delyé, dit Cardin, le 31 janvier 1495 (n. st.) de terres sises au lieu appelé Maupertuis (Archives de la Vienne, fonds de la commanderie de Beauvoir). De nombreux lieux-dits rappellent encore la bataille de 1356. Tout près de la Cardinerie (Maupertuis), un endroit dit Champ-de-la-Bataille fait partie de la pièce des Grimaudières sise sur la commune de Saint-Benoît (Vienne, arr. et c. Poitiers). Le prince de Galles campé sur des hauteurs alors couvertes de vignes et hérissées de haies épaisses, ayant derrière lui et à sa gauche le ravin assez profond du Miausson, appuyait sa droite aux bois et à l’abbaye de Nouaillé; il avait devant lui la plaine qui s’étend de la Cardinerie (Maupertuis) vers Beauvoir et que traverse une voie romaine. «Commissum est prælium, disaient en 1720 les auteurs du Gallia Christiana (t. II, col. 1243) in extrema parte saltus Nobiliacensis (bois de Nouaillé), ubi etiamnum Anglorum castra fossis munita cernere est.» V. la dissertation, accompagnée d’une carte, publiée par le capitaine F. Vinet à la suite de l’ouvrage intitulé Bertrand du Guesclin et son époque, de Jamison, traduit par J. Baissac, in-8o, 1866, p. 575 à 578. On peut consulter encore les ouvrages suivants:
Annales d’Aquitaine, par Jean Bouchet, Poitiers, Abraham Monnin, 1644, in-4o, p. 200.
—Essai de dissertation touchant la situation du Campus vocladensis, dans Dissertations sur l’histoire ecclésiastique et civile de Paris, par l’abbé Lebeuf, 1739-1743, 3 vol. in-12, t. I, p. 304 à 338.
—Archæologia britannica, vol. I, p. 213; mémoire lu le 24 janvier 1754 à la Société des Antiquaires de Londres, par le docteur Lyttleton, doyen d’Exeter.
—Affiches du Poitou, feuille hebdomadaire publiée de 1773 à 1790, in-4o, 1774, p. 187.