[1] Cf. Jean le Bel, Chroniques, t. II, ch. XCXIV, p. 195 à 203. Ici commence, d’après le témoignage de Froissart lui-même (t. I de cette édition, p. 210), la partie vraiment originale de son œuvre historique; notre chroniqueur cesse d’emprunter la plupart des faits qu’il raconte à Jean le Bel son devancier, il les doit désormais en grande partie à ses propres enquêtes et à ses informations personnelles.—Nous demandons la permission d’insérer ici l’analyse de trois documents qui nous paraissent offrir un intérêt capital au point de vue des conséquences sociales du désastre de Poitiers. Cette défaite, comme celle de Crécy, obligea un grand nombre de seigneurs, qui avaient été faits prisonniers, à affranchir leurs serfs pour se procurer de l’argent. Par acte daté de Paris en décembre 1357, Charles, aîné fils et lieutenant du roi, confirme gratuitement les lettres d’affranchissement accordées le vendredi 27 janv. 1357 (n. st.) par Jean de Champlay écuyer, seigneur de Charmoy, à divers hommes et femmes, y dénommés, ses serfs, demeurant à Charmoy et à Bassou (Yonne, arr. et c. Joigny) moyennant une certaine somme d’argent une fois payée et une rente annuelle de 12 deniers parisis, lesquelles lettres d’affranchissement avaient été ratifiées par messire Gui de Valery, chevalier, seigneur de Champlay, frère du dit Jean: «Comme il soit ainsi que le dit suppliant et le dit seigneur de Chanloy son frère, qui tous jours ont servi nostre dit seigneur et nous ès guerres et derrenierement à Poitiers, où il ont touz deux esté pris et mis à très grant et excessive raençon par les ennemis, si comme il nous a esté souffisamment relaté, ne puissent paier la ditte raençon, et aussi plusieurs creanciers à qui il est tenuz et obligiez, sanz faire vile distraccion de ses biens; et pour ce ycellui escuier ait fait certain traittié et acort aveucques ses diz hommes et femmes de la condicion dessus ditte....» Arch. nat., sect. hist., JJ89, no 43.—Le 4 mars 1358 (n. st.), Ancel, sire de Pommolain (auj. Pont-Molin, hameau de Coulommiers, Seine-et-Marne), fait prisonnier ainsi qu’un de ses fils à la bataille de Poitiers et n’ayant pas de quoi payer sa rançon sans déshériter lui et ses dix ou onze enfants, affranchit ou esbonna (abonna), moyennant 120 florins d’or à l’écu du coing et aloi du roi Jean, Guiot du Vivier, dit du Bois, son serf, Marguerite, femme de Guiot, et leurs enfants. JJ114, no 98.—Par acte daté de Fontaine-du-Houx (auj. château de Bézu-la-Forêt, Eure, arr. les Andelys, c. Lyons-la-Forêt), en juin 1357, Charles, aîné fils du roi de France et son lieutenant, duc de Normandie, autorise Normand de Beauvilliers, écuyer, fils aîné de Jouin de Beauvilliers, à mettre en liberté moyennant finance, tant en son nom qu’au nom de ses frères et sœurs, cinq de ses serfs taillables «.... cum ipse, in ultimo exercitu domini genitoris nostri prope Pictavis existente, tanquam fidelis serviens ipsi genitori nostro per suos et nostros inimicos captus et magne pecunie summe, causa redempcionis, positus extiterit, quam quidem pecunie summam de omnibus bonis suis mobilibus solvere non posset.» JJ85, no 139, fo 64.
[2] Le roi Jean séjourna à Chartres depuis le dimanche 28 août jusqu’aux premiers jours de septembre 1356. De Chartres sont datés divers priviléges accordés le 28 août aux habitants de Castelnaudary (JJ89, no 93), d’Avignonet (JJ89, no 131), de Carbonne (JJ89, no 94), de Fanjeaux (JJ89, no 95), de Montgiscard (JJ89, no 96), du Mas-Saintes-Puelles (JJ89, no 298), localités que les Anglais avaient ravagées et en partie brûlées à la fin de 1355 et au commencement de 1356. (t. IV de cette édition, sommaire, p. LIX à LXIV). D’autres actes sont datés de Chartres le mardi 30 août (JJ84, nos 673 et 699) et en septembre (JJ89, no 316).
[3] Les Anglais avaient pris de nuit et par escalade la cité de Périgueux au commencement de 1356 (Ordonn., t. III, p. 55). Voilà pourquoi la chronique anonyme d’un moine de Malmesbury, qui nous a conservé l’itinéraire jour par jour de l’armée anglaise, donne Brantôme comme première étape. D’après cette chronique, le prince de Galles était à Brantôme (Dordogne, arr. Périgueux) le 9 août; le 12, à Rochechouart; le 13, à la Péruze (Charente, arr. Confolens, c. Chabanais); le 14 et le 15 à Lesterps (Charente, arr. et c. Confolens); le 16, à Bellac; le 19, à Lussac (Lussac-les-Églises, Haute-Vienne, arr. Bellac, c. Saint-Sulpice-les-Feuilles); le 20, à Saint-Benoît-du-Sault (Indre, arr. le Blanc); le 21, à Argenton (Argenton-sur-Creuse, Indre, arr. Châteauroux); le 21 et le 22, à Châteauroux et au Bourg-Dieu (auj. Déols, Indre, arr. et c. Châteauroux).—Le prince de Galles dit, dans une lettre adressée de Bordeaux le 20 octobre 1356 à l’évêque de Worcester (publiée par Buchon, Froissart, éd. du Panthéon, t. I, p. 354, en note), qu’il commença à chevaucher vers les parties de France «la veille de la translation saint Thomas de Canterbire», c’est-à-dire le mercredi 6 juillet 1356. D’un autre côté, Barthélemi de Burghersh, dans sa lettre à Jean Montagu, publiée par M. Coxe (The life of black prince, notes, p. 369 et 370), raconte que «le prince se parti de Burdeux l’endemayn de saynt Johan en auguste l’an de Nostre Seignur M.CCC.LVI.»
[4] Par acte daté de Paris en février 1358 (n. st.), Charles, aîné fils et lieutenant du roi de France, accorda des lettres d’amortissement pour 30 livres de rente annuelle sises à Dampierre et achetées de son amé et féal messire Philippe de Prie, cher, à ses amés et féaux les doyen et chapitre de l’église de Bourges «attentis dampnis et gravaminibus in ipsorum ecclesie terra ac eorum hominibus factis et illatis tam per exercitum principis Wallie quam per alios Anglicos, qui eciam nonnulla castra seu fortalicia in diocesi et partibus Bituricensibus et circumvicinis de facto occuparunt, attentis eciam miseriis et expensis per eosdem decanum et capitulum pro dictorum castrorum seu fortaliciorum redemptione et alias pro guerris presentibus multipliciter factis....» JJ89, no 57.
[5] D’après la chronique anonyme d’un moine de Malmesbury, le prince de Galles fut devant Issoudun du 24 au 26 août.
[6] Cher, arr. Bourges. D’après la chronique déjà citée, le prince de Galles fut le 28 août devant le château de la Ferté appartenant au vicomte de Thouars et devant Vierzon, le jour même où Jean Chandos et James Audley mirent le feu à Aubigny (Cher, arr. Sancerre). Le samedi 19 octobre 1359, Jean Chabot, bourgeois de Vierzon, affranchit, avec l’agrément de Hutin de Vermeilles, chevalier, seigneur de Vierzon, Martin Prevostel, homme serf et de condition servile, taillable haut et bas à la volonté du dit bourgeois, qui demeurait à Vierzon «tempore quo princeps Vallie et alii inimici domini regis et regni Francie incurrerunt et invaserunt Biturriam et maxime dictam villam Virsionis, in qua quidem villa predicta et terra predictus Martinus habebat omnia bona sua et ipsa ibidem amiserit....» JJ90, no 406.
[7] Romorantin, aujourd’hui chef-lieu d’arrondissement du département de Loir-et-Cher, est situé sur la Saudre, affluent de la rive droite du Cher, un peu au nord-ouest de Vierzon, qui est sur le Cher. D’après la chronique du moine de Malmesbury, le siége fut mis devant Romorantin les mardi 30 et mercredi 31 août à la suite d’un combat victorieux livré le lundi 29 au sire de Craon et à Boucicaut. Le jeudi 1er septembre, trois assauts furent donnés par le comte de Suffolk, Barthélemi de Burghersh et un baron de Gascogne. Les vendredi 2 et samedi 3 septembre, le feu grégeois fut mis au donjon. Les assiégés, manquant de vin et d’eau pour éteindre l’incendie, capitulèrent. Le prince de Galles se reposa le dimanche 4 à Romorantin. Robert de Avesbury dit (éd. d’Oxford, 1720, p. 255) que la ville et le château de Romorantin furent emportés d’assaut quinze jours avant la bataille de Poitiers et qu’on fit prisonniers environ 80 gens d’armes, entre autres le sire de Craon et Boucicaut; le chroniqueur anglais ajoute que près de 120 hommes d’armes français s’étaient fait prendre dans l’escarmouche qui avait précédé le siége de Romorantin.
[8] Le 5 juillet 1356, Jean le Maingre, dit Boucicaut, était à Poitiers où il donnait quittance des gages à lui dus pour la défense du château. Catalogue Joursanvault, t. I, p. 5, no 27.
[9] Le roi Jean était à Meung-sur-Loire (Loiret, arr. Orléans, un peu au sud-ouest de cette ville) le jeudi 8 septembre: Datum Magduni super Ligerim octava die mensis septembris anno Domini 1356. Per regem, presente domino marescallo d’Odeneham. P. Blanchet. JJ84, no 598. Tandis que le roi de France était encore sur la rive droite de la Loire, son adversaire le prince de Galles se tenait sur la rive gauche de ce fleuve, qu’il essayait en vain de franchir, à Chaumont-sur-Loire (Loir-et-Cher, arr. Blois, c. Montrichard, un peu en aval de Blois) où, d’après la chronique déjà citée du moine de Malmesbury, il séjourna du mercredi 7 au samedi 10 septembre. Le roi de France qui, comme nous l’avons établi plus haut, était à Meung le 9, arriva sans doute à Blois le 10 pour y passer la Loire, car le 11 le prince de Galles franchit précipitamment le Cher ainsi que l’Indre et vint coucher à Montbazon (Indre-et-Loire, arr. Tours, sur la rive gauche de l’Indre); il y reçut le 12 la visite du cardinal de Périgord, qui venait s’interposer comme médiateur entre les belligérants; il apprit en même temps que le roi de France s’avançait à marches forcées et que le dauphin était à Tours.
[10] Il faut dire, à l’honneur du roi Jean, que des mesures avaient été prises, dès les premiers mois de 1356, pour mettre Tours en état de défense. En mars de cette année, Jean mandait à son bailli de Tours de nommer, après en avoir délibéré avec le conseil de la ville, 6 élus chargés de pourvoir aux travaux des fortifications, en leur donnant pouvoir de lever des tailles, impositions et collectes sur tous les habitants de la ville et de la châtellenie, de quelque condition qu’ils soient, et de frapper les réfractaires d’une amende qui ne dépassera pas 60 sous. JJ118, no 176.