Or avint, apriès chou, que ces Compaignes eurent rués jus ces gens d’armes, si comme vous advés oy, et qu’il eurent departi leur butin et leur conquest et ranchonnet leurs prisonniers, il s’espardirent et s’avallèrent deviers le chité d’Auvignon, ardant et essillant le pays partout là où il passoient, pour yaux faire plus cremir, et prendoient villes et fors et les assailloient et les ranchonnoient as vivres et as pourveanches, quant il leur besongnoit, ou à grant somme de florins, quant il avoient pourveanches assés. Si entendirent que, au Pont Saint Esperit, à sept lieuwez d’Auvignon, il y avoit grant avoir et grant tresor dou pays d’environ qui là estoit rassamblés et mis sus le fianche de le fortrèche. Si regardèrent entre yaux, se il pooient prendre le Pont Saint Esperit, il leur vauroit trop, car il seroient mestre et signeur dou Rosne et de ciaux d’Auvignon.

Si estudiièrent tant et jettèrent leur advis que, à chou que j’ay depuis oy recorder, Batillier, Guiot dou Pin, Lamit, Petit Meschin, le bourch Cammus, Espiote et le bourc de l’Espare, chevauchièrent et leur routes une nuit toutte nuit bien quinze lieuwez, et vinrent sus le point du jour à le ville dou Pont Saint Esperit, et l’esciellèrent et le prissent et tous ceux et touttes celles qui dedens estoient: dont che fu grans pités, car il y ochirent tamaint preudomme et violèrent tamainte damme et dammoiselle. Et y concquisent si grant avoir que sans nombre et grandes pourveanches pour vivre ung an ou deux, et pooient courir, s’il leur plaisoit et ensi qu’il faisoient, ung jour en l’Empire, l’autre en Franche, car li ville dou Pont Saint Esperit siert à deus royaummes. Si se ravalèrent et rassamblèrent là tout li compaignon, et couroient tous les jours jusquez as portez d’Auvignon, de quoy li pappes et tout li cardinal estoient en grant angouisse et en grant paour. Et avoient ces Compaingnes dou Pont Saint Esperit fait un cappitainne souverain entre lez autres, c’estoit messires Seghins de Batefol, et s’escripsoit en ses lettres et se faisoit adonc coummunement appeler: amis à Dieu et ennemis à tout le monde. Fº 126 rº et vº.

P. [69], l. 29: fremesist.—Mss. A 8, 15: fremist. Fº 234.

P. [70], l. 2: moult.—Le ms. A 8 ajoute: esbahis et.

P. [70], l. 2: effraé.—Mss. A 1 à 6, 17: esbahis.

P. [70], l. 6: et destourbé de le navrure.—Ms. A 8: de la destourbe.

P. [70], l. 8: bellement.—Ms. A 8: doucement.

P. [70], l. 9: estoit.—Ms. A 8: estoient.

P. [70], l. 10: siècle.—Le ms. A 6 ajoute: en l’autre.

P. [70], l. 12: nient.—Ms. A 6: mye.—Mss. A 8, 15 à 17: guerres.