Encorres se combatoient moult vaillamment li sires de Biaugeu, messires Loeys de Chalon et li Bourgignon au bascle de Maruel et as autres Navarrois, et eut en celle bataille fait moult de belles appertisses d’armes.

Touttes fois, quant li Pickart eurent romput et mis en cache chiaux de le bataille monsigneur Jehan Jeuiel, il se radrechièrent celle part en escriant: «Nostre Damme! Claiequin!» et se boutèrent avoecq leurs gens sus les dessus dis Navarois et les reculèrent par forche d’armes.

Or se quidièrent retraire chil chevalier de Navarre et de Normendie deviers le penon dou captal, et riens ne savoient de se prise. Si commencièrent petit à petit à reculler, en escriant: «Nostre Damme! Navarre!», et moult bien se combatoient. Mès quant il virent qu’il en avoient perdu le veue et le ressort et que leurs gens se desroutoient et fuioient et n’ooient mès crier leur cri, mès: «Nostre Damme! Claiequin!», et veoient les bannierres des Franchois venteler sour les camps et tout premierement celle de monsigneur Bertran Claiekin, si se coummenchièrent à esbahir et à desconfire et à retraire vers le bois pour venir à leurs chevaux. Mès li plus des garchons qui les gardoient, quant il virent le desconfiture sus leurs mestres, il se partirent et sauvèrent et en menèrent plentet de leurs males et de leurs harnas, et se retraissent deviers une fortrèce que on nomme d’Akegni, qui estoit navaroise.

Quant li bascles de Maruel vit le desconfiture sus ses gens, il ne daigna fuir, mès s’aresta et requeilla ce de gens qu’il peult avoir, chevaliers et escuiers, qui ne le veurent mies laissier. Là se combatirent moult longement et moult vaillamment, et y fissent, au voir dire, merveilles d’armes; mès finablement il furent desconfit, et li bascles de Maruel, chils hardis chevaliers, mors sus le place, et pris messires Pières de Saquenville, messires Joffrois de Roussellon, messires Bertrans dou Franc, et tout li autre; petit s’en sauvèrent qu’il ne fuissent tout mort ou pris. Ceste bataille fu assés priès de Coceriel en Normendie, le quatorzime jour de may l’an mil trois cens soissante quatre. Fos 131 vº et 132.

P. [127], l. 15: toueil.—Mss. A 8, 15 à 17: touillis, toulleis.

P. [127], l. 16: sievir.—Mss. A 8, 15 à 17: suir.

P. [128], l. 14: besongnoit.—Mss. A 8, 15 à 17: estoit besoing.

P. [128], l. 20: ensus.—Mss. A 8, 15: arrière. Fº 249.

P. [129], l. 2 et 3: commença.—Le ms. A 17 ajoute: mourut ce jour des coups que monseigneur Olivier de Mauny lui donna, lui estant prisonnier d’un sien escuier breton dessoubz monseigneur Bertran du Guesclin. Fº 315 vº.

P. [129], l. 6: se embati si avant.—Ms. A 8: se combaty si vaillanment. Fº 249.—Ms. A 17: ala tousjours avant comme vaillant chevalier que il estoit.