Siques, si tost que messires Jehans Camdos peut venir jusques à lui, il li dist: «Sire de Biaumanoir, sire de Biaumanoir, je vous avisse que vous ne venés meshui plus avant; car nos gens dient qu’il voellent combattre et qu’il vous ochiront, s’il vous puevent enclore entre yaulx. Et dittes à monsigneur Carle de Blois que messires se voelt combattre et qu’il ne voelt oyr ne entendre à nul tretiet, s’il n’est plainement dus de Bretagne.» Quant li sires de Biaumanoir entendi Camdos enssi parler, si fu mout courouchiez et dist: «Camdos, Camdos, ce n’est mie li entente de monseigneur qu’il n’ait plus grant desir de combattre, et touttez ses gens, que vous n’aiiés, et ont toudis eu. Et che que je m’en sui ensonniiés jusc’à ores, je l’ay fait en espèce de bien et pour tant que je voy, d’un lez et de l’autre, grant fuison de bonne chevalerie de ce pais qui ne se poront combattre que grans meschief n’en viegne; et puisqu’il faut qu’il aviegne, Dieus voeille aidier le droit, car li ungs des deux chiés demourra hui dus de Bretaigne.»
Adonc s’en retourna il vistement deviers monsigneur Carlon de Blois, et Camdos deviers le comte de Montfort, qui li demanda tantost quel cose li sires de Biaumanoir disoit. Et Camdos respondi tout au contraire, pour li enflammer et courouchier: «Quel cose? Sire, je le vous diray. Messires Carlez de Blois vous mande que sans raison on tretie ne parolle de nulle pès; car il demourra ducs de Bretaingne, et n’y arés riens: ossi nul droit n’y avés de riens avoir, et tout ce vous remoustr[er]a il tantost par force d’armes. Or en regardez que vous en voullés faire, se vous vous voullés combattre.»—«Par me foy, dist li comtes de Montfort, Camdos, oil. Faittez passer avant nos bannières, ou nom de Dieu et de saint Gorge.» Depuis n’y eut riens tretiet ne parlementet entre les deux hos; car li sirez de Biaumanoir revint tantost deviers monseigneur de Blois, et li dist le responce de Camdos telle que vous avez oye. Dont messires Carles tendi ses mains vers le chiel, en regraciant Dieu de le belle gent et de le grande chevalerie qu’il veoit dallés lui, et puis dist: «Passés avant, bannierrez, ou nom de Dieu et de monsigneur saint Yve.» Fº 135 vº.
P. [160], l. 1: se acumenia... veult.—Ms. A 8: se commenièrent ceulx qui vouldrent. Fº 257.—Ms. A 15: s’accommunièrent ceulx qui vouldrent. Fº 281 vº.—Ms. A 17: se acommissèrent tous ceuls qui vouldrent.—Le ms. B 6 ajoute: et puis burent un cop et s’armèrent. Et se tirèrent tout sur les camps au devant de leurs ennemis ossy serreement comme on povoit, les lanches contremont et grandes haches forgies à Paris et ailleurs pendant à leur costé. Et s’en vinrent ensy tout à piet en une plache au trait de trois arbalestres près de leurs ennemis. Fº 641.
P. [160], l. 8: à.—Mss. A: en.
P. [160], l. 10: vei.—Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent: venir.
P. [160], l. 21: pri.—Ms. A 15: avise.
P. [160], l. 29: le painne.—Mss. A: la place.
P. [161], l. 2: s’enfelleni.—Mss. A 8, 15: s’enfelonni.—Ms. A 17: s’afelonnit.
P. [161], l. 2: courouciés.—Le ms. A 17 ajoute: et tant que, se il eust esté armé comme monseigneur Chandos estoit, pour certain ilz eussent commencé la bataille. Fº 322 vº.
P. [161], l. 3: monsigneur.—Les mss. A 15 à 17 ajoutent: Charles de Blois.