Quant messires Perdukas de Labret entendi chou, si n’en fu de noient effraés, mès requeilla ses compaignons de tous lés et s’en vint bouter par dedens Montalben, où il fu rechups à grant joie; et encorres l’enfourmèrent il plus plainnement dou fait, si comme vous avés oy chy dessus. Lors eurent il d’acort que l’endemain il s’armeroient tout à cheval, et se metteroient hors de la ville et s’adrecheroient vers l’ost des Franchois, et leur prieroient que paisieulement les laisseroient passer; et, s’il ne voulloient chou faire et que combattre les couvenist, il saventu[re]roient et venderoient chierement. Tout enssi qu’il ordonnèrent, il fissent. A l’endemain, il s’armèrent et sonnèrent leurs trompettes, et montèrent tout à cheval et wuidièrent hors de Montalben. Ja estoient armé li Franchois pour l’effroy qu’il avoient veu et oy, et tous rengiés et mis devant le ville, et ne pooient passer les Compaignes fors parmy yaux. Adonc se missent tout devant messires Perducas de Labreth et messires Robers Cheni, et veurent parlementer as Franchois et priier que on les laissast passer paisieulement; mès il respondirent qu’il n’avoient cure de leurs parlemens, et qu’il ne passeroient fors parmy les pointez de leurs glaives et de leurs espées, et escriièrent tantost leurs cris, et dissent: «Avant! Avant à ces pilleurs qui pillent et robent le monde et vivent sans raison!»
Quant les Compaignes virent que c’estoit à certes, et que combattre les couvenoit ou mourir à honte, si descendirent tantost jus de leurs chevaux, et se rengièrent et ordonnèrent tout à piet moult faiticement, et atendirent les Franchois, qui vinrent sus yaux moult hardiement, et se missent ossi devant yaux tout à piet. Là commencièrent à traire, à lanchier et à estechier li ung à l’autre grans cops et appers, et en y eut pluisseurs abatus des uns et des autres, de premières venues. Là eut grant bataille, forte et dure et bien combatue, et tamaintes appertises d’armes faittes, tamaint chevalier et tamaint escuier reverssé et jetté par terre. Touttesfois, li Franchois estoient trop plus que les Compaignes, bien troy contre ung: si n’en avoient mie le pieur parchon. Et reboutèrent à ce coummenchement les Compaignes bien avant jusques dedens le fort de Montalben, où, au rentrer dedens, eut maint homme mis à meschief. Et ewissent eu là les Compaignes, ce c’adonc en y avoit, trop fort temps; mès messires Jehans Trivés, qui cappitainnes estoit de le ville, fist armer touttes mannierres de gens, et coummanda sus le hart que chacuns, à son loyal pooir, aidast les compaignons et qu’il estoient homme au prinche. Dont s’armèrent tout chil de le ville, et missent en conroy avoecques les Compaignes, et se boutèrent en l’escarmuche. Et meysmement les femmes de le ville montèrent en leurs logez et en leurs solliers, pourveuwes de pièrez et de caillaux, et coummenchièrent à jetter sus ces Franchois si fort et si royt, qu’il estoient tout ensonniiet d’iaux targier pour le get dez pièrez, et en blechièrent pluisseurs et reculèrent par forche. Dont se resvigurèrent li compaignon qui furent ung grant temps en grant peril, et envaïrent fierement les François. Si vous di qu’il y eut là fait otant de belles appertises d’armes, de prisses et de rescousses, que on n’avoit veu en grant temps, car les Compaignes n’estoient c’un petit. Si se prendoient si priès de bien faire que c’estoit merveillez, et reboutèrent leurs ennemis, par force d’armes, tous hors de le ville.
Et avint, entroes que on se combatoit, que une routte de Compaingnes, que li bours de Breteul et Naudon de Bagerant menoient, où il avoit bien quatre cens combatans, se boutèrent par derière en le ville; et avoient cevauchiet toutte le nuit en grant haste pour là estre, car on leur avoit donnet à sentir que li Franchois avoient assegiet leurs compaignons dedens Montalben. Si vinrent tout à point à le bataille. Là eut de rechief grant hustin et dur, et furent li Franchois, par ces nouvelles gens, fierement assailli et combatu. Si dura chils puigneis et chils estours, de l’eure de tierce jusques à basse nonne. Finalement, li Franchois furent desconfi et mis en cache, et chil tout euwireux, qui peurent partir, monter à cheval et aller leur voie. Là furent pris li comtes de Nerbonne, messires Guis d’Azay, li sires de Montmorillon, messire Renaus des Huttez, messires Guillaumes Brandins, messires Jehans Rollans, li senescaus de Carcasonne, li senescaux de Biauquaire et plus de cent chevaliers, que de Franche, que de Prouvenche, que des marches là environ, et mains bons escuiers et mains riches bourgois de Toulouse, de Montpellier, de Nerbonne et de Carcasonne. Et encorres en ewissent il plus pris, se il ewissent cachiet, mès il n’estoient q’un peu de gens ens ou regart dez Franchois, et tout mal monté et foiblement. Si ne s’osèrent aventurer plus avant, mès se tinrent à chou qu’il eurent. Celle bataille de Montalben fu le vegille Nostre Damme, en le moiienné d’aoust, l’an de grasce mil trois cens soissante six. Fº 141.
P. [223], l. 4: li compagnon.—Ms. A 8: les Compaignes. Fº 272 vº.
P. [223], l. 5: asseguret.—Mss. A: asseurez.
P. [223], l. 10: parmi.—Ms. A 8: par.
P. [223], l. 25: eurent.—Mss. A 6, 8, 15: furent.
P. [224], l. 8 et 9: les Compagnes.—Ms. A 8: ces compaignons.
P. [224], l. 19: les Compagnes.—Ms. A 8: ces compaignons.
P. [224], l. 26: estechier.—Mss. A 8, 15: chacier.