[112] Ces collines sont probablement celles des Barolles, situées à peu près à égale distance de Saint-Genis et de Brignais, à droite du chemin par où l’on va de la première de ces localités à la seconde.

[113] D’après l’historiographe Sauvage (Chronique de Froissart, Lyon, 1559, 4 vol. in-fol., note 88), ce mamelon est le lieu dit encore aujourd’hui le bois Goyet, où cet érudit, dans une excursion faite à Brignais le 27 juillet 1558, constata des tranchées de trois pieds de profondeur et de cinq à six pieds de largeur, «parmi monceaux de caillous au dedans du fort.» Le plan incliné des collines des Barolles se prolongeait autrefois jusqu’au pied de ce mamelon dont il n’était séparé que par l’ancienne route de Saint-Genis à Brignais. Quoi qu’il en soit, c’est sur les dépendances d’une petite ferme nommée les Saignes, située entre le pied de la colline des Barolles et le bourg de Brignais, à droite du chemin qui va de Saint-Genis à ce bourg, que l’on a trouvé autrefois, en labourant, des fers de lance et des débris d’armures. Allut, les Routiers, p. 228.

[114] Le P. Menestrier prétend que les deux mille charrettées de pierres dont parle Froissart provenaient de l’aqueduc de Brignais (restes d’un aqueduc romain destiné à amener du Mont-Pila à Lyon les eaux du Gier); les gens des Compagnies auraient ruiné cet aqueduc pour avoir de quoi lapider les hommes d’armes du comte de Tancarville. Il faut plutôt, à l’exemple de M. Allut, attribuer la présence de ces amas de cailloux à la nature pierreuse du terrain des Barolles, où les travaux de la culture ont nécessité de tout temps l’extraction de ces cailloux. Les paysans en font encore aujourd’hui, lorsqu’ils défrichent leurs terres, des tas considérables qu’ils appellent chirats (Les Routiers, p. 212).

[115] D’après Mathieu Villani, et un chroniqueur de Montpellier contemporain de la bataille, dont la version est plus vraisemblable que celle de Froissart, les gens des Compagnies attaquèrent les premiers et surprirent les Français, selon le chroniqueur florentin, plusieurs heures avant le jour, selon l’annaliste roman, à l’heure de none (3 heures du soir). Les routiers qui venaient de rendre, le 25 mars précédent, le château de Saugues (Haute-Loire, arr. le Puy) à Arnoul, sire d’Audrehem, maréchal de France, lieutenant du roi en Languedoc, avaient fait leur jonction avec ceux de Brignais pour écraser les hommes d’armes du comte de Tancarville et de Jacques de Bourbon.

[116] Arnaud de Cervolle ou de Servolle, surnommé l’Archiprêtre de Vélines, fut fait prisonnier par un Périgourdin son compatriote, le bour ou le bâtard de Monsac (Dordogne, arr. Bergerac, c. Beaumont). Le roi Jean paya une grande partie, sinon la totalité de la rançon de cet habile spéculateur en aventures guerrières: «Domino Arnaldo de Servola, militi, dicto l’Arceprestre, pro denariis mandato domini nostri regis et Petri Scatisse, thesaurarii Francie, traditis domino d’Audeneham, marescallo Francie, tanquam fidejussori suo erga spurium de Monsaco, cujus spurii idem dominus Arnaudus fuit prisonarius..., pro financia ipsius domini Amaudi: Vm floreni valentes IIIIm franci.» Bibl. Nat., ms. lat. nº 5957, fº 15 (fin de 1362).—Par acte daté de Royalieu près Compiègne en juin 1362, le roi Jean se reconnut redevable de 35 000 florins envers l’avide partisan qui en réclamait 100 000 et lui donna en gage son château de Cuisery en la comté de Bourgogne (Saône-et-Loire, arr. Louhans). Arch. Nat., JJ91, nº 447.

[117] Froissart oublie de mentionner Jean de Melun, comte de Tancarville, Jean, comte de Saarbruck (Grandes Chroniques, VI, 226), qui furent aussi faits prisonniers à Brignais, ainsi que Guillaume de Melun, chevalier, chambellan du duc de Normandie, à qui ledit duc, par acte daté de Conflans le 8 mai 1362, donna 1000 francs d’or «pour paier sa rançon aus ennemis desquelz il a esté pris en la besongne qui derrain a esté vers Lion sur le Rosne.» JJ92, nº 87.—Jean de Melun, comte de Tancarville, lieutenant du roi en Bourgogne, avait payé sa rançon ou avait été mis en liberté sous caution peu de jours après la bataille; car, par acte daté de Lyon sur le Rhône en avril 1362, il accorda des lettres de rémission à un certain Jean Doublet, «comme il avoit esté avecques les Grans Compaingnes en la bataille devant Brinays en laquelle il prist nostre très chier et bon ami messire Gerart de Toury (maréchal du duché de Bourgogne), par l’induccion duquel il est retournez à l’obeissance du roi nostre sire, et ledit messire Gerart a delivré à plein de sa prison sans raençon et s’est departis des dites Compaingnes...» JJ93, nº 34.

[118] Robert et Louis de Beaujeu étaient les fils de Guichard, seigneur de Beaujeu, et de sa troisième femme, Jeanne de Châteauvillain (Anselme, VI, 732 et 733). D’après la chronique romane de Montpellier, le jeune seigneur de Beaujeu, Antoine, né le 12 août 1343, et fils d’Edouard, sire de Beaujeu, tué au combat d’Ardres en 1351, assistait aussi à la bataille de Brignais, non, comme le dit cette chronique, avec ses frères, mais avec ses deux oncles, frères consanguins de son père, Louis et Robert.

[119] D’après le dernier historien des seigneurs de Noyers (Petit, Monographie des sires de Noyers, Auxerre, 1874, in-8), Jean de Noyers, comte de Joigny, aurait été tué aussi à la bataille de Brignais. Le rédacteur des Grandes Chroniques et le père Anselme auraient confondu, selon M. Petit, Jean de Noyers, comte de Joigny, avec son neveu Miles de Noyers IX, ou, d’après cet érudit, XII du nom, fait prisonnier à Poitiers en 1356, à Brion en 1359, et mort dans son lit en 1369.

[120] Voici le texte de l’inscription gravée sur la pierre sépulcrale de ces deux princes. Ce marbre, autrefois placé dans l’église des Dominicains de Confort à Lyon, a été découvert en 1856 dans la cuisine d’un maçon, et on le conserve aujourd’hui dans le musée lapidaire de cette ville: «Cy gist messire Jacques de Bourbon, conte de la Marche, qui morut à Lyon à la bataille de Brignecz, qui fut l’an mil CCCLXXII (pour 1362), le mercredy devant les Rameaulx.—Iten (sic), cy gist messire Pierre de Bourbon, conte de la Marche, son filz, qui morut à Lyon de cette mesme bataille l’an dessus dict. Priés pour eulz.» Dans cette inscription refaite en 1472, selon la conjecture ingénieuse et vraisemblable de M. Allut, le graveur a mis par mégarde 1372 au lieu de 1362. Les Routiers, p. 231 à 249.

[121] Les deux dates données par Froissart sont fausses. La bataille de Brignais se livra le mercredi avant les Rameaux, 6 avril 1362. Le rédacteur des Grandes Chroniques (VI, 225) et l’annaliste roman du Thalamus parvus (p. 360) sont d’accord sur ce point avec l’inscription gravée sur la pierre tombale des deux princes; et l’on a peine à comprendre que dom Vaissète, si exact d’ordinaire, ait rapporté cet événement à l’année 1361 (Hist. du Languedoc, IV, 312). L’erreur des Bénédictins a entraîné celle de presque tous les historiens modernes.