Édouard III, apprenant que le roi de France rassemble une flotte pour envahir l’Angleterre, garnit de gens d’armes les frontières d’Écosse, les côtes de son royaume dans la région de Southampton, les îles de Jersey, de Guernesey et de Wight.—Dans le midi de la France, le duc d’Anjou réunit un corps d’armée à Toulouse et s’apprête à entrer en Guyenne, tandis que le duc de Berry[145], à la tête des barons de l’Auvergne, du Berry, du Lyonnais, du Beaujolais et du Mâconnais, ouvre les hostilités en Touraine et sur les marches de Poitou[146].—Exploits de Louis de Saint-Julien[147], de Guillaume des Bordes[148] et du Breton Kerlouet[149], qui commandent les forteresses françaises sur les marches de Touraine. P. [113], [114], [335], [336].
Un écuyer, dit le Poursuivant d’amours[150], capitaine du château de Beaufort[151], en Champagne, pour le duc de Lancastre, embrasse le parti français, tandis qu’au contraire le Chanoine de Robersart[152], qui avait été jusqu’alors à la solde du roi de France, entre au service du roi d’Angleterre.—Le duc d’Anjou réussit à enrôler quelques chefs de Compagnies[153], notamment Bertucat d’Albret, le Petit Meschin, le bour de Breteuil, Amanieu d’Ortige, Perrot de Savoie, Jacques de Bray et Ernaudon de Pau.—Prise de Vire[154], en basse Normandie, et de Château-Gontier[155], dans le Maine, par les Compagnies anglaises.—Les comtes de Cambridge et de Pembroke, chargés par Édouard III d’amener des renforts au prince de Galles, débarquent en Bretagne, et profitent de leur séjour dans ce pays pour embaucher les Compagnies de Vire et de Château-Gontier qu’ils décident à repasser la Loire au pont de Nantes.—Hugh de Calverly[156], qui a quitté la marche d’Aragon pour rejoindre le prince[157] à Angoulême, à la première nouvelle de la reprise des hostilités, est mis à la tête de deux mille soudoyers de ces Compagnies d’outre-Loire, réunies à celles qu’il a ramenées d’Espagne; il fait des incursions sur les terres du comte d’Armagnac et du seigneur d’Albret. P. [114] à [118], [336], [337].
A peine arrivés à Angoulême, les comtes de Cambridge et de Pembroke[158] reçoivent du prince de Galles l’ordre de faire une chevauchée dans le comté de Périgord[159], à la tête de trois mille combattants. Ils mettent le siége devant la forteresse de Bourdeilles[160] que défendent les deux frères Ernaudon et Bernardet de Badefol[161], écuyers de Gascogne. P. [118], [119], [337], [338].
En Poitou et sur les marches d’Anjou et de Touraine, la supériorité du nombre est du côté des Français, et deux ou trois cents Anglais ont à garder la frontière contre mille combattants. Profitant de cette supériorité, sept cents Français, sous les ordres de Jean de Beuil[162], de Guillaume des Bordes, de Louis de Saint-Julien et de Jean de Kerlouet, mettent un jour en déroute, sur une chaussée rompue, entre Lusignan[163] et Mirebeau, une troupe d’Anglais commandés par Simon Burleigh[164] et d’Agorisses[165]. Ce dernier réussit à s’échapper et se jette dans le château de Lusignan, mais Simon Burleigh reste au pouvoir des vainqueurs. P. [120], [121], [338], [339].
Sur les frontières du Toulousain, Jean Chandos[166], le captal de Buch[167], le sire de Parthenay[168], Louis de Harcourt et Guichard d’Angle, qui tiennent garnison à Montauban et disposent d’un millier de combattants, s’emparent, après quinze jours de siége, de Roqueserrière[169], et peu s’en faut qu’ils ne surprennent Lavaur.—Les Français, de leur côté, ayant à leur tête les comtes de Périgord[170], de Comminges, de l’Isle, les vicomtes de Caraman, de Bruniquel[171], de Talar, de Montredon et de Lautrec, ainsi que Bertucat d’Albret et les autres chefs des Compagnies, détachés du parti anglais par les soins du duc d’Anjou, les Français, dis-je, entrent en campagne avec un effectif d’environ dix mille hommes et mettent le siége devant Réalville[172], en Quercy, dont ils font battre les remparts par quatre grands engins qu’on leur expédie de Toulouse. P. [121] à [124], [339] à [341].
Pendant ce temps, Jean, duc de Berry, Jean d’Armagnac[173] son beau-frère, Jean de Villemur, Roger de Beaufort[174], les seigneurs de Beaujeu, de Villars et de Chalançon, font la guerre aux Anglais sur les frontières du Limousin, de l’Auvergne et du Quercy. L’archevêque de Toulouse[175], envoyé en mission par Louis, duc d’Anjou, réussit avec le concours de Jean d’Armagnac et des hommes d’armes du duc de Berry, à rallier à la cause française Cahors[176], Figeac, Gramat, Rocamadour, Capdenac[177] et plus de soixante[178] cités, villes, châteaux et forteresses.—Le rôle que joue en Languedoc l’archevêque de Toulouse, Guillaume de Dormans[179] le remplit dans le Pontieu où il va de cité en cité et de bonne ville en bonne ville faire de la propagande en faveur du roi de France.—Charles V institue à Paris des processions où il assiste lui-même pieds nus, ainsi que la reine, et il ordonne des mortifications et des prières publiques par tout son royaume[180]. Les choses se passent de la même manière en Angleterre où l’évêque de Londres fait des sermons contre la France et les Français[181].—Sollicité par son gendre Édouard de Gueldre et par le seigneur de Gommegnies de prendre parti pour Édouard III, le duc Aubert de Bavière, qui tient alors en bail le comté de Hainaut, est détourné d’une telle résolution par Jean de Werchin[182], sénéchal de Hainaut, le comte de Blois[183], Jean de Blois[184], frère du comte, les seigneurs de Barbençon[185] et de Ligne[186], très-attachés à la cause française. Il garde donc la neutralité, et cet exemple est suivi par Jeanne, duchesse de Brabant[187]. En revanche, les ducs de Gueldre et de Juliers défient le roi de France. P. [124] à [129], [341] à [345].
Le pape Urbain V refuse pendant cinq ans d’accorder les dispenses nécessaires pour le mariage d’Aymon, comte de Cambridge, l’un des fils d’Édouard III, avec Marguerite de Flandre[188]. Louis, comte de Flandre, père de Marguerite, cédant aux sollicitations de la comtesse d’Artois sa mère, prend le parti de donner la main de sa fille à Philippe, duc de Bourgogne, frère cadet du roi de France[189]. Charles V engage Lille et Douai[190] entre les mains de son jeune frère, en considération de ce mariage qui se célèbre à Gand[191]. Un tel événement a pour effet de refroidir Édouard III à l’endroit des Flamands ses anciens alliés, mais les communes de Flandre n’en continuent pas moins d’être plus favorables au roi d’Angleterre qu’au roi de France. P. [129] à [131], [346].
Par l’entremise d’Eustache d’Auberchicourt, capitaine de Carentan, Charles, roi de Navarre, qui se tient alors à Cherbourg[192], se rend en Angleterre où il conclut un traité d’alliance offensive et défensive avec Édouard III. Les nefs anglaises, qui ont ramené le Navarrais à Cherbourg, sont capturées au retour par des marins normands, et les chevaliers ou écuyers de distinction, embarqués sur ces navires, faits prisonniers. Eustache d’Auberchicourt prend congé du roi de Navarre pour répondre à l’appel du prince de Galles. Arrivé à Angoulême, il se met aux ordres du prince qui l’envoie à Montauban rejoindre Jean Chandos et le captal de Buch. P. [131] à [133], [346], [347].
Les chevaliers et écuyers de Picardie, au nombre de mille lances, vont, sous les ordres de Moreau de Fiennes, connétable de France, et de Jean de Werchin, sénéchal de Hainaut, faire une démonstration devant la bastide d’Ardres[193] occupée par les Anglais. P. [133], [134], [347], [348].
La forteresse de Réalville, en Quercy, abandonnée par Jean Chandos et le captal de Buch qui font frontière à Montauban ainsi que par les comtes de Cambridge et de Pembroke qui assiégent Bourdeilles, se rend aux Français[194]. Après la reddition de Réalville, les chefs des Compagnies à la solde du duc d’Anjou vont tenir garnison à Cahors, tandis que le comte de Périgord et les autres seigneurs regagnent leurs terres pour les défendre contre les incursions des Compagnies anglaises.—Exploits de Thomas de Wetenhale[195], capitaine anglais de Millau[196] et de la Roque-Valsergue[197], en Rouergue, contre les Français. P. [134] à [136], [348], [349].