Ce siége de Limoges dure environ un mois[334]. Les mineurs du prince de Galles parviennent à faire tomber un pan du mur d’enceinte dans les fossés, et les Anglais entrent aussitôt dans la ville par cette brèche. Ils passent au fil de l’épée plus de trois mille habitants de Limoges; ils saisissent l’évêque lui-même dans son palais et l’emmènent devant le prince qui le menace de lui faire trancher la tête. Seuls, les hommes d’armes de la garnison, au nombre de quatre-vingts, s’adossant contre une muraille, déploient au vent leurs bannières et refusent de se rendre. Des combats corps à corps s’engagent entre le duc de Lancastre et Jean de Villemur, entre le comte de Cambridge et Hugues de la Roche[335], entre le comte de Pembroke et Roger de Beaufort[336]; les trois chevaliers français sont réduits à rendre leurs épées. P. [249] à [252], [426] à [428].

Les Anglais brûlent la ville de Limoges[337], la mettent au pillage et retournent chargés de butin[338] à Cognac. Le duc de Lancastre prie le prince son frère de lui livrer l’évêque auquel il fait grâce[339], à la prière du pape Urbain V. P. [252], [253], [428], [429].

La nouvelle de la reprise de Limoges, du massacre des habitants et de la destruction de la ville, porte un coup sensible à Charles[340] V. Sur ces entrefaites, Moreau de Fiennes ayant voulu se démettre de l’office de connétable de France, la voix publique désigne Bertrand du Guesclin pour le remplacer. Le chevalier breton est mandé à Paris par messages, et les courriers porteurs de ces messages le trouvent dans la vicomté de Limoges où il vient de s’emparer de Brantôme. Bertrand confie la garde des places conquises à son neveu Olivier de Mauny et se rend aussitôt auprès du roi de France. Il est investi, malgré ses objections, de l’office de connétable; le roi le fait asseoir à sa table et lui assigne quatre mille francs de revenu par an[341]. P. [253] à [255], [429], [430].


CHRONIQUES
DE J. FROISSART.


LIVRE PREMIER.

§ [560] Tant fu demenés li temps, en faisant les

pourveances dou prince et en attendant la venue dou

duch de Lancastre, que madame la princesse travilla