Le duc d’Anjou entre en campagne à la tête de deux mille hommes et de six mille soudoyers à pied, commandés par Bertrand du Guesclin[291], auxquels viennent bientôt s’ajouter un millier de combattants des Compagnies françaises cantonnées en Quercy; il s’avance dans la direction d’Agen. Les Français, après s’être fait rendre successivement Moissac[292], Agen[293], le Port-Sainte-Marie[294], Aiguillon[295], Tonneins[296] et Montpazier[297], mettent le siége devant Bergerac[298] défendu par une garnison de cent lances dont Thomas Felton et le captal de Buch sont capitaines.—Le duc de Berry, de son côté, ayant sous ses ordres douze cents lances et trois mille brigands, envahit le Limousin et assiége Limoges[299], ville soumise à l’influence toute-puissante de son évêque[300], malgré la garnison anglaise qui l’occupe[301]. Noms des principaux seigneurs qui prennent part à l’expédition du duc de Berry. P. [226] à [229], [409] à [412].

Le prince de Galles se prépare à marcher à la rencontre du duc d’Anjou; il quitte Angoulême et établit son quartier général à Cognac où il donne rendez-vous à tous ses gens d’armes.—Pendant le siége de Bergerac[302], les Français traitent de la reddition de Lalinde[303], moyennant une certaine somme de florins, avec Tonnet[304] de Badefol, capitaine de cette dernière place; mais le captal de Buch, informé à temps de ce projet, accourt avec cent lances de Bergerac et tue Tonnet au moment où celui-ci s’apprête à exécuter le marché et à ouvrir les portes de Lalinde aux assiégeants. P. [229] à [232], [412] à [415].

Le roi d’Angleterre conclut avec l’Écosse une trêve de neuf ans[305]. Robert Knolles débarque à Calais à la tête de quinze cents[306] hommes d’armes, dont cent Écossais, et de quatre mille archers, qu’il a enrôlés pour envahir la France. Les Anglais passent à Fiennes[307], à Thérouanne[308], au Mont-Saint-Éloi[309], mettent le feu aux faubourgs d’Arras, poursuivent leur marche par Bapaume[310], Roye[311] et Ham[312] en Vermandois. Ils ne chevauchent que deux ou trois lieues par jour, car ils vivent sur le pays et, comme on vient de faire la moisson, ils trouvent partout les granges pleines de blés[313]. Partout aussi, les habitants du plat pays se sont mis en sûreté dans les forteresses. Loin de s’attarder à faire le siége de ces forteresses, Robert Knolles se contente d’exiger de grosses rançons, à titre de rachat du pays environnant, de ceux qui y sont enfermés et gagne ainsi cent mille francs; il n’épargne que les possessions du seigneur de Coucy[314]. P. [232] à [235], [415] à [418].

Robert Knolles, logé à l’abbaye d’Ourscamps[315], offre en vain la bataille aux habitants de Noyon[316] qui ont remis les remparts de leur ville en bon état de défense. Un chevalier écossais, nommé Jean Asneton, vient seul avec son page devant les barrières jouter pendant une heure contre Lancelot de Lorris[317], Jean de Roye, Dreux de Roye[318] et dix ou douze autres gentilshommes en garnison à Noyon. P. [235] à [237], [418], [419].

Robert Knolles, à son départ de la marche de Noyon, brûle Pont-l’Évêque[319], sur l’Oise. Soixante lances de la garnison de Noyon font une sortie et mettent en déroute l’arrière-garde anglaise qui a allumé cet incendie. Knolles se dirige vers le Laonnois, traverse l’Oise, l’Aisne et épargne le comté de Soissons qui appartient au seigneur de Coucy. Poursuivi par le comte de Saint-Pol, le vicomte de Meaux, le seigneur de Canny, Raoul de Coucy, Jean de Melun et autres chevaliers de France, il passe la Marne, entre en Champagne[320], franchit l’Aube[321] et gagne la marche de Provins[322]. Après avoir passé et repassé plusieurs fois la Seine, il se dirige vers Paris dans l’espoir que le comte de Saint-Pol et le seigneur de Clisson, mis à la tête des forces françaises, lui offriront la bataille. Charles V invite Bertrand du Guesclin, qui se tient en Guyenne avec le duc d’Anjou, à se rendre en toute hâte à Paris.—Urbain V, qui depuis quatre ans a reporté le saint-siége à Rome, revient à Avignon[323] pour s’employer de tout son pouvoir à faire la paix entre les deux rois de France et d’Angleterre. P. [237] à [239], [419], [420].

Jean, duc de Lancastre, débarque à Bordeaux et vient, après avoir fait sa jonction en route avec le comte de Pembroke, rejoindre à Cognac le prince d’Aquitaine et le comte de Cambridge ses frères.—A cette nouvelle, le duc d’Anjou, qui a conquis plus de quarante forteresses et s’est avancé jusqu’à cinq lieues de Bordeaux, voyant que Bertrand du Guesclin est mandé à la fois à Paris par le roi de France et devant Limoges par le duc de Berry, prend le parti d’interrompre sa chevauchée et de licencier ses gens. Tandis que les comtes d’Armagnac, de Périgord et le seigneur d’Albret vont pourvoir à la sûreté de leurs possessions et que le duc d’Anjou établit son quartier général à Cahors[324], du Guesclin accourt[325] au siége de Limoges auprès des ducs de Berry et de Bourbon. P. [239] à [241], [420], [421].

L’entremise de Bertrand[326] fait aboutir les négociations entamées entre l’évêque de Limoges et le duc de Berry. Ce dernier, accompagné du duc de Bourbon et de Gui de Blois, fait son entrée dans la ville assiégée; il en confie la garde à une garnison de cent lances commandée par Jean de Villemur, Hugues de la Roche et Roger de Beaufort et s’y repose trois jours[327]. Après la reddition de Limoges, les deux ducs de Berry et de Bourbon licencient leurs gens et retournent dans leurs duchés menacés par la chevauchée de Robert Knolles. Resté en Limousin avec deux cents lances, Bertrand du Guesclin s’enferme dans les châteaux du seigneur de Malval. P. [241], [242], [421], [422].

A la nouvelle de la reddition de Limoges, le prince d’Aquitaine jure sur l’âme de son père de se venger de cette trahison[328]; il est d’autant plus irrité contre l’évêque, qui a livré la ville aux Français, que cet évêque est son compère[329]. Il part de Cognac avec douze cents lances, mille archers, trois mille hommes de pied, et vient mettre le siége devant Limoges. Noms des principaux seigneurs anglais et poitevins, qui prennent part à cette expédition. La garnison de Limoges oppose aux Anglais la résistance la plus opiniâtre. Le prince, n’espérant pas emporter de vive force une ville si bien défendue, prend le parti de faire miner les remparts. P. [243] à [245], [422] à [424].

Robert Knolles, s’avançant à travers la Brie, vient camper devant Paris[330] un jour et deux nuits. De son hôtel de Saint-Pol, Charles V peut apercevoir la fumée des incendies allumés par les Anglais du côté du Gâtinais. Le roi est entouré de l’élite de ses chevaliers; mais, par le conseil du sire de Clisson, il leur a fait défense de s’aventurer en rase campagne contre l’ennemi. A la porte Saint-Jacque notamment, se tiennent le comte de Saint-Pol, le vicomte de Rohan, les principaux seigneurs de la Picardie et de l’Artois. Le mardi, jour où les Anglais lèvent leur camp après avoir mis le feu aux villages où ils étaient logés, un de leurs chevaliers, qui a voulu par bravade frapper du fer de sa lance les barrières de cette porte Saint-Jacque, est tué au retour par un boucher de Paris. P. [245] à [248], [424], [425].

Pendant le siége de Limoges par le prince de Galles, Bertrand du Guesclin, prenant pour base d’opérations les forteresses françaises de Louis de Malval et de Raymond de Mareuil, fait la guerre aux Anglais en Limousin au nom de la veuve de Charles de Blois[331] à qui ce pays a jadis appartenu; il se fait rendre Saint-Yrieix[332] et met dans cette place une garnison bretonne[333]. P. [248], [249], [425], [426].