Don Enrique prend congé du roi d’Aragon à Valence[91] et entre en campagne contre don Pèdre à la tête de trois mille cavaliers et de six mille fantassins. Il occupe successivement Burgos[92], Valladolid, où le roi de Majorque est fait prisonnier[93], Léon[94]. P. [70], [71], [311] et [312].

Après la reddition de Léon, don Enrique voit la Galice[95] tout entière se déclarer pour lui ainsi que plusieurs hauts barons que don Pèdre s’est aliénés par sa cruauté. Il met le siége devant Tolède, au moment où Bertrand du Guesclin, qui est déjà entré en Aragon après sa campagne en Provence et devant Tarascon au service du duc d’Anjou, s’avance à marches forcées pour le venir rejoindre.—Don Pèdre, de son côté, qui se tient en la marche de Séville et de Portugal, à la première nouvelle du retour offensif de son adversaire, fait alliance avec les rois de Grenade, des Béni-Mérin et de Tlemcen, qui lui envoient vingt mille hommes[96], et parvient à réunir sous ses ordres quarante mille combattants, tant Chrétiens que Juifs et Sarrasins.—Sur ces entrefaites[97], Bertrand du Guesclin arrive sous les murs de Tolède et apporte à l’armée assiégeante un renfort de deux mille soudoyers[98]. P. [71] à [73], [312] et [313].

Don Pèdre, après avoir concentré ses forces, quitte Séville et entre en campagne pour faire lever le siége de Tolède[99]. Par le conseil de Bertrand du Guesclin, don Enrique, laissant devant la ville assiégée une partie de ses troupes sous les ordres de don Tello, l’un de ses frères, marche avec don Sanche, son autre frère, et six mille combattants, l’élite de son armée, à la rencontre du roi de Castille. Il lance en avant des espions pour éclairer sa marche, et, grâce à cette précaution, il tombe à l’improviste, dans les environs de Montiel, sur l’ennemi qui chemine en désordre; il l’attaque malgré une supériorité numérique de six contre un et donne l’ordre de ne prendre personne à rançon. P. [73] à [76], [313] et [314].

Bertrand du Guesclin et ses Bretons, ainsi que plusieurs chevaliers de l’Aragon, font des prodiges de valeur. Du côté de don Pèdre, les Juifs tournent le dos dès le début de l’action; mais le trait des Sarrasins de Grenade et des Béni-Mérin, armés d’arcs et d’archigaies, produit de grands ravages. Don Pèdre brandit une hache avec laquelle il donne de tels coups que nul ne l’ose approcher. Don Enrique, précédé de sa bannière, va droit à la bannière de don Pèdre. Les hommes d’armes qui entourent le roi de Castille commencent alors à lâcher pied. Par le conseil de don Fernand de Castro, don Pèdre lui-même court s’enfermer avec douze des siens dans le château de Montiel[100]. Ce château n’est accessible que par un défilé dont le Bègue de Villaines se hâte de garder l’entrée. Vingt-quatre mille hommes restent sur le champ de bataille[101], et don Enrique et Bertrand du Guesclin font plus de trois grandes lieues à la poursuite des fuyards. Cette bataille se livre sous Montiel le [14 mars 1369[102]]. P. [76] à [78], [314].

Don Enrique et Bertrand soumettent le château de Montiel au plus étroit blocus. Ce château est très-fort et pourrait faire une longue résistance, mais il n’est pourvu de vivres que pour quatre jours. Vers minuit, don Pèdre essaye de s’échapper[103] en compagnie de don Fernand de Castro et des gens de sa suite, mais il est fait prisonnier par le Bègue de Villaines, qui garde le passage à la tête de trois cents compagnons. Il est conduit dans la tente d’Yvon de Lakouet[104], où don Enrique se rend aussitôt, et, après un échange de paroles injurieuses, une lutte corps à corps s’engage entre les deux frères. Don Pèdre a d’abord le dessus; il terrasse son compétiteur et le tient sous lui; mais le vicomte de Rocaberti[105], chevalier aragonais présent à cette scène, dégage don Enrique qui tue d’un coup de dague le roi de Castille. P. [78] à [82], [314] à [316].

Le lendemain de la mort de don Pèdre, le seigneur de Montiel vient rendre son château à don Enrique. A la nouvelle de cette mort, Tolède ouvre aussitôt ses portes au vainqueur, et le roi de Portugal, après avoir d’abord défié le meurtrier de son cousin et envahi la marche de Séville, ne tarde pas à faire la paix. Une fois redevenu maître et paisible possesseur du royaume dont il a déjà été investi, don Enrique récompense magnifiquement les chevaliers de France et de Bretagne, qui ont tant contribué à le remettre sur le trône. Bertrand du Guesclin est créé connétable de Castille et gratifié de la terre de Soria[106] qui vaut par an vingt mille florins. Olivier de Mauny, neveu de Bertrand, est investi de la seigneurie d’Agreda[107], d’un revenu annuel de dix mille florins. Don Enrique vient tenir sa cour à Burgos où les rois de France, d’Aragon et le duc d’Anjou lui font parvenir leurs félicitations.—Mort tragique[108] de Lion d’Angleterre marié à la fille de Galeas Visconti, seigneur de Milan; guerre entre Galeas et Édouard Spencer, apaisée par l’entremise du comte de Savoie. P. [81] à [84], [317] à [319].

CHAPITRE XCIV.

RUPTURE DU TRAITÉ DE BRÉTIGNY.—1368, 26 janvier. LEVÉE D’UN FOUAGE EN AQUITAINE.—Mai et juin. APPEL PORTÉ DEVANT LE ROI DE FRANCE PAR LES BARONS DE GASCOGNE.—3 décembre. NAISSANCE DU DAUPHIN CHARLES, DEPUIS CHARLES VI.—1368, fin de décembre, et 1369, janvier. RÉCEPTION DE L’APPEL DES BARONS DE GASCOGNE ET CITATION ADRESSÉE AU PRINCE DE GALLES.—1369, premiers mois. DÉFAITE DE THOMAS DE WETENHALE, SÉNÉCHAL ANGLAIS DU ROUERGUE, PRÈS DE MONTAUBAN.—RETOUR DE JEAN CHANDOS EN GUYENNE; SON ARRIVÉE A MONTAUBAN.—RUPTURE DES NÉGOCIATIONS ET DÉCLARATION DE GUERRE.—29 avril. REDDITION D’ABBEVILLE ET DU PONTIEU AU ROI DE FRANCE (§§ [601] à [610]).

Le prince de Galles lève un fouage[109] dans sa principauté d’Aquitaine et convoque à cet effet des parlements à Niort, à Angoulême, à Poitiers, à Bordeaux et à Bergerac. Les seigneurs de Gascogne, notamment les comtes d’Armagnac[110], de Périgord, de Comminges et le seigneur d’Albret, s’insurgent contre cette prétention et en appellent au roi de France[111]. Les personnages les plus influents de l’entourage de Charles V, notamment Gui de Ligny, comte de Saint-Pol[112], qui vient de rentrer en France, après avoir été pendant plusieurs années otage en Angleterre, conseillent de faire droit à la requête des barons de Gascogne, en s’appuyant sur certaines stipulations du traité de Brétigny. P. [84] à [87], [319] à [321].

Texte de l’une de ces stipulations, dite charte des soumissions, datée de Calais le 24 octobre 1360[113]. P. [87] à [91], [321], [322].