Quant il vinrent devant le porte, il le trouvèrent toute ouverte et trois hommes qui le gardoient, qui trop bien leur demandèrent dont il estoient et dont il venoient si matin. Il trouvèrent tantost une bourde et une escuzanche, et dissent que il estoient de Moulins en Auviergne, et qu’il venoient là ou marchiet. Les gardes les laissièrent ens entrer tout paisiulement. Si tost qu’il furent ens, il se saisierent de le porte et de celi dou fort et ochirent les gardes, et sounnèrent un cor; auquel son, chil qui estoient en l’embusque, vinrent tantost avant et entrèrent en le ville, et trouvèrent leurs compaignons qui estoient maistre dou castiel. Enssi fu prise et emblée la forterèce de Belleperche, et la mère de la roynne de Franche dedens. Si le trouvèrent bien pourvueuwe de tous vivres et de grant fuisson de vins. Si s’avisèrent qu’il le tenroient et garderoient bien contre tout homme. Ces nouvelles vinrent au ducq de Bourbon, qui estoit à Paris, que on avoit pris et emblet Belleperche, son dit castiel, et le tenoient les Compaignes, et madamme sa mère dedens. Si en fu li dis dus mout courouchiez, che fu bien raison, mès amender ne le peut, tant c’adonc. Touteffois, il s’en complaindi au roy, son serourge, qui li proummist que hasteement il y pourveroit de remède.
En ce meysme jour que li dessus dit cappittainne des Compaignes englesces prissent Belleperche, il esploitièrent encorres plus avant et prissent une autre fortrèche que on appelle Saint Sivière; et le fortefiièrent tantost et le dounnèrent à monsigneur Jehan d’Ewrues, cappittainne et gouverneur de Limozin, pour tant que ses gens y avoient estet. Et se tenoit li dis messires Jehans d’Ewrues en une autre garnison que on appelle le Soteresne, et avoec lui grant fuisson de bonnes gens d’armes. Fo 161 vo.
P. [156], l. 8: ens.—Ms. A 8: y. Fo 313 vo.
P. [156], l. 11: asseulée.—Ms. A 8: seule.
P. [156], l. 14: songneus.—Le ms. A 8 ajoute: de le garder.
P. [156], l. 20: France.—Le ms. A 8 ajoute: qui estoit.
P. [157], l. 2 et 3: Sanssoirre.—Mss. A 7, 8: Sancerre. Fo 306 vo.
P. [157], l. 7: ensonniier.—Ms. A 8: embesoignier. Fo 314.
P. [157], l. 8 à 12: Or vous.... Tournehen.—Cette phrase manque dans le ms. A 22, t. II, fo 258.
§ [629]. Li rois de France.—Ms. d’Amiens: En ce tamps, faisoit li roys de Franche le plus bel et le plus grant aupareil de navie que on ewist oncques mès veu sus le rivierre de Sainne, mouvant de Roem jusques à Harfluez. Et avoit li dis rois entention et desir très grant que d’envoiier son frère le ducq de Bourgoingne en Engleterre gaster et essillier le pays. Si retenoit li roys chevaliers, escuiers et gens d’armes de tous costés, et faisoit si grandes et si grosses pourveanches que merveilles seroit à croire et à pensser. Si devoient y estre patron de toute ceste navie li viscomtes de Nerbonne, messires Oliviers de Clichon et messires Jehans de Vianne. Et meysmement li roys de Franche s’en vint tous quois demourer et sejourner en le chité de Roem, pour mieux entendre à ses besoingnes et à ceste navie. Si chargoit on tous les jours le ditte navie de bisquit, de vins, de chars, d’aige douce et de touttes pourveanches qui fallent et qui appertiennent sus mer, ossi grossement que ce fust pour aller em Prusse ou en Jerusalem. Et cousta chilz arrois si grandement au roy de Franche, que merveilles seroit à recompter; mais il le faisoit de si grant vollenté, que il ne plaindoit cose qu’il y mesist.... Fo 162.